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Le déclin de l’artisanat en Dordogne : fatalité ou effet domino ?

ARTISANAT-GILLESA l’initiative du journal Sud-Ouest, la rencontre débat sur le thème « mieux associer les artisans au développement des territoires » a posé la question de la mutation de la Dordogne de sa dominante rurale à celle d’une géographie urbaine. Si le constat est unanime sur le déclin actuel du département, l’avenir reste à construire et les intérêts particuliers difficiles à s’ordonner.

 Le débat animé par Jean-Bernard Gilles, journaliste à Sud-Ouest avait attiré les institutionnels et les politiques ; peu pour ne pas dire aucun acteur des lointaines vallées du Périgord. Ceux-ci, vraisemblablement, étaient à la tâche. Il y avait une brochette de décideurs comme on dit. Rien d’exceptionnel.

ARTISANAT-TRIBUNE

Un artisanat qui s’est maintenu dans son identité

Au delà de l’artisanat, encore important dans le département avec ses 10 000 entreprises et 28 000 salariés, il a été question avant tout d’aménagement du territoire. Un territoire encore marqué par une ruralité en déclin et qui cherche son devenir. Un département qui a, on l’a oublié, connu une crise industrielle dans les années quatre-vingt avec la fermeture de pans entiers tel que les articles chaussants et la confection partis vers les pays émergents.  Mais aussi, l’agriculture qui est passée dans le même temps de quelques 20 000 exploitations à moins de 7 000 aujourd’hui. Le commerce s’est replié et restructuré, abandonnant sa proximité pour se recentrer sur les unités urbanisées à partir des enseignes nationales. Le chômage, de son côté, a doublé.

Dans ces années quatre-vingt et jusqu’à il y a peu on chantait les vertus du tourisme et du tertiaire. L’artisanat, quant à lui se maintenait. Désormais, celui-ci a pris conscience des enjeux d’un monde qui n’est pas tout à fait le sien.

La globalisation de l’économie n’est pas une vue de l’esprit et réservée aux autres. Nous sommes dans une mutation planétaire, donc une crise, longue et qui voit la civilisation rurale céder devant celle des villes. La Dordogne, avec sa géographie et son histoire, ne peut que souffrir de ce lent mais inéluctable mouvement.

Les politiques locales semblent bien démunies et risquent de l’être encore plus après le grand chambardement des régions et la disparition des départements. Tout comme dans la sphère économique, la notion de proximité sera sérieusement diminuée. Ce qui ne signifie pas pour autant que des actions ne soient engagées mais elles semblent se situer à la marge et accompagnent seulement le mouvement sans en modifier le sens.

ARTISANAT-SALLE

Jacques Auzou : « Marier trois pauvres n’a jamais fait un riche… »

ARTISANAT-AUZOUJacques Auzou, président du Grand Périgueux a parfaitement lancé à cette occasion : « Marier trois pauvres n’a jamais fait un riche… » Patrick Meynier, président de la Chambre de métiers de Dordogne-Périgord a, lui aussi, résumer sa situation ainsi : « Il ne s’agit pas que l’artisan en arrive à manger que sa soupe et dorme dans de la paille. » Une institution qui a déjà choisi de se régionaliser. On a du mal à imaginer un monde artisanal vieillissant et individualiste s’adapter, en l’état, à une situation qui contrarie ses morphologies sociologiques et psychologiques. En même temps, c’est par l’arrivée d’une nouvelle génération d’entrepreneurs que l’avenir se dessine. Le fait que certains artisans ne trouvent pas de successeur, par exemple, peut signifier que le critère économique n’est pas simplement avéré ; que le prétendant a une vue plus conforme à la réalité et que l’attachement géographique n’est plus un élément de vie quand ce n’est pas de survie ; que les exigences de la vie moderne ne sont pas remplies.

Quand Jean-Jacques Gendreau, Conseiller général et maire de Parcoul raconte qu’il a fallu que les collectivités investissent 200 000 euros pour répondre au maintien d’une boucherie sur sa commune et que les repreneurs n’ont pas voulu habiter au-dessus de celle-ci, ont est dans la réalité.

Isabelle Bettini-Aymard, ambulancière à La Coquille, dans le nord du département est aussi dans la réalité quand elle dit : « Je gagne ma vie mais plus comme avant. » Et de reprendre un peu plus tard : « si un jour il y a de la part des organismes sociaux des appels d’offres globaux je ne pourrais pas répondre… »

Tout ceci n’est bien, ni mal, mais ne repose que sur le passé, au mieux dans le présent, et ne s’inscrit pas assez dans le futur. Pas assez turbulent et attractif quand un nouveau monde s’est éveillé.

L’artisanat, une exception culturelle française ?

PATRICK-MEYNIERLes marchés de collectivités représentent, en Dordogne, une part importante de l’activité de beaucoup d’artisans ; que ce soit dans le tertiaire ou encore dans le bâtiments et les travaux publics. Patrick Meynier s’en inquiète : « Avec la réforme des collectivités locales qu’en sera-t-il des appels d’offres qui, regroupés, ne correspondront plus aux possibilités des artisans et qui iront aux groupements nationaux voir européens ? »

Déjà, la plupart des entreprises familiales de travaux publics ont disparu ou ont été reprises par d’autres de taille plus importante mais sans attache sur le territoire.

Jacques Auzou n’a pas caché son inquiétude quant à ce risque de déséquilibre entre les pays pauvres et les pays plus riches : « La péréquation sera plus difficile… A terme, avec le seuil des 10 000 habitants, il y aura 14 ou 15 communautés de communes en Dordogne ; ceci changera complètement la donne des appels d’offres. » C’est le moins que l’on puisse dire et ceci ne peut pas rassurer les artisans.

L’exception culturelle française, celle de la civilisation née d’une géographie si chère à Fernand Braudel, est soumise à une globalisation des échanges qui dessine une économie évolue donc nouvelle. Il y a désormais une vision mondiale à laquelle l’artisanat, par définition et essence ancré dans un territoire, ultime vestige d’une civilisation rurale condamnée à conserver la traces des blessures anciennes ne peut échapper. 

Une Révolution culturelle à la française

A cette rencontre il y avait peu de jeunes. Ce sont pourtant eux qui vont construire le monde de demain. Les décideurs présents ne sont que les passeurs d’un monde à un autre. Certes, on a évoqué l’apprentissage, comme il y a déjà trente ans, donc comme toujours. Mais, cette filière demeure encore et pour longtemps celle de ceux qui n’ont pas réussi et les entreprises d’accueil conservent peu d’attractivité puisqu’elles sont sur la défensive et inadaptées au futur. Dans un monde où la jeunesse, celle qui demain fera la France, rêve d’exotisme et de découvertes, force est d’avouer que l’artisanat n’est pas enchanteur. Il peut le devenir au travers d’une plus grande ouverture vers le monde et une évolution de sa sociologie. Celle-ci se fera, par la force des choses. Mais ce sera au prix de douloureuses désillusions ; notamment celle d’une entropie passant par le passage d’une génération à l’autre. Il y a là un goût de « Révolution culturelle » à la française.

L’artisanat n’est pas un sanctuaire, paysage de notre géographie et de notre histoire, qui se transmet de génération en génération. Il ne faut pas plus croire qu’il n’a pas, par le passé, était contraint à de multiples adaptations et qu’il n’en ait pas ressorti grandi. Les défis d’aujourd’hui sont ceux d’un effet de dominos. Après l’agriculture et la petite industrie, l’artisanat est à la croisée des chemins. Et ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui ont, en ce domaine, leur mot à dire ; grands absents de ce débat, ils ne sont attachés qu’à leur devenir et déclinent l’héritage porté par les anciens. Ils sont, aussi, la continuité d’une longue tradition faite d’une crise permanente d’adolescence. C’est le perpétuel choc entre les anciens et les modernes qui donne le sens au caractère immuable de l’humanité en marche, en mouvement.

Il n’y a finalement de fatalité que dans la tête des plus anciens qui y trouve une explication à leur refus de s’affronter dans leur propre situation et qui n’écoute qu’eux-mêmes.

L’artisanat avec ses spécificités profondément ancrées dans le paysage et dans l’esprit de notre territoire gaulois est ainsi un fantastique label de qualité de vie et de promotion personnelle. Quelle qualité de vie et quelle promotion personnelle attend la jeunesse ? Posons lui la question.

En attendant, cette jeunesse éprise de découverte et d’horizons généreux est aussi un effet domino, réaction en chaine qui peut se produire lorsqu’un changement mineur provoque par son énergie emmagasinée un véritable séisme. Oui, qu’on se le dise, l’artisanat, par la riche diversité de ses métiers, par son esprit de progression dans la recherche, par son étroite proximité entre l’artisan et son « œuvre » autant que celle qui le lie à la finalité de celle-ci peut répondre aux pas si nouvelles attentes des jeunes. Faut-il leur laisser la parole.

Texte et photos : Pascal Serre


 

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