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Les amants de Barnabé

BEYSSAC-03C’était le temps de la Guinguette, celle de Jean Renoir et celle de Barnabé, près de Périgueux. Claudette et Jacques Beyssac se sont aimés et s’aiment encore. Soixante-dix ans après les yeux sont toujours illuminés par la vie. Un conte où le prince et sa princesse dansent sans se soucier de l’horloger du temps.

Ils sont magnifiques. Lui, Jacques, quatre-vingt-dix printemps, elle, Claudette, un peu moins. Lui, ancien pâtissier de la rue Taillefer, à Périgueux ; elle, ancienne coiffeuse, dans le quartier Saint-Georges, à Périgueux. Les yeux pétillent, se croisent, s’accompagnent dans les mots échangés, les pensées aussi singulières que communes. Tous deux savent que les saisons se suivent et peuvent se ressembler ; que l’horloger du temps ne veux plus troubler leur amour préservé.

Ah la guinguette ! Un mythe pour les amoureux

BEYSSAC02Lui, il est arrivé, il s’en rappelle, en 1930, avec ses parents qui ont créé une usine de Javel dans le quartier de la Cité Bel Air, rue de la Somme, là où en 1917 les américains avaient implanté un camp et un hôpital. Jacqueline habitait juste en face. L’amour sillonnait dans leurs corps et dans leur cœur de jeunes d’une époque troublée par l’occupant allemand qui venait à la guinguette de Barnabé pour se détendre. Ah la guinguette ! Un mythe pour les amoureux. Les visages de Claudette et Jacques s’illuminent davantage et les yeux se mâtinent comme si un secret merveilleux allait sourdre, les privant de leur intimité. Oui, ils sont beaux et donnent envie de vieillir, de prendre le répit nécessaire pour aimer l’apparition des premières rides, replis d’une vie bien remplie.

Il y eut le mariage, en 1945, l’année de la Libération. Toujours dans ce champ presque clos de leur quartier, de leur rue. En ce temps là, il y avait la fête avec ses forains, sa retraite aux flambeaux, les trompettes et tambours parfois désaccordés. Il y avait « Le Moulin rouge » un dancing où se produisaient les artistes du moment et où les barrières sociales se brisaient. Et puis, la guinguette, celle tenue par la famille Foussard que venaient visiter d’autres américains, ceux de l’après-guerre, grands gaillards mastiquant le chewing-gum et amenant le « Picon Bière ».

L’accordéon, le tango et la valse résonnent dans leurs oreilles toujours enchantées

L’usine de javel passée, en 1955, Jacques s’installe comme pâtissier à Périgueux, dans la rue Taillefer, entre les boulevards et la cathédrale. Claudette travaille un temps comme coiffeuse puis vient aider son mari.  Jacques, un tantinet artiste, créé de magnifiques gâteaux, à l’image de leur amour discret et réservé. Tous deux se remémorent leur « œuvre » : une cathédrale Saint-Front faite de tous les ingrédients de la pâtisserie.

Ils s’arrêteront en 1968 pour entamer une nouvelle vie, toujours dans le quartier qui a vu poindre leur destin d’amoureux. Jacques aime le cinéma et tourne des films amateurs qui l’amèneront à avoir un prix. La vie de province est faite de petites choses aussi insignifiantes pour un monde qui s’échappe mais qui marquent une douce existence.

BARNABE

La guinguette ? Elle est toujours là, le dimanche après-midi, parfois le soir, l’été venu ; ils s’y rendent  comme hier, comme aujourd’hui. Ils s’installent presque avec leurs habitudes inconnues d’une jeunesse turbulente qu’ils observent tout amusés qu’ils sont de se retrouver encore ensemble. L’accordéon, le tango et la valse résonnent dans leurs oreilles toujours enchantées. Les lieux sont miraculeusement immaculés ; leurs cœurs aussi. L’absolue ingénuité de leurs présences est ainsi faite d’une pudeur bienveillante qui fait que les pas de l’un se soutiennent dans ceux de l’autre sans que la dépendance ne soit une chaîne.

Encore aujourd’hui, Claudette et Jacques conserve cette poésie de l’amour qui ne dévore pas l’Autre mais le place au centre d’un chemin qui écarte les soupirs, l’amertume, le reproche. Le poète Lautréamont posait ainsi : « La poésie doit être faite par tous. Non par un. » Il y a dans cette complice existence une certaine vérité bien ordonnée. Claudette et Jacques ont la distinction de taire les revers, la malchance aussi. Et il ne viendrait pas à l’idée de les chiffonner. Ils sont si beaux ainsi et les amants de Barnabé sont ainsi les enfants du paradis.

Texte et photos : Pascal Serre
Remerciements à Claudette et Jacques Beyssac et l'Association Les Amis de Barnabé

 


 

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