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Robert Poudérou ou le pavé dans les nuages

EP-SOC-IPOUDEROU-05C’est avec « la Mémoire des humbles », à Mensignac en Dordogne, que chaque été depuis 1993 Robert Poudérou enseignant et animateur déploie ses talents de scénariste et de metteur en scène. Auteur de plus de cinquante pièces de théâtre jouées aussi bien à Paris qu’en province ou à l’étranger, Robert Poudérou écrit ses passions et ses révoltes. Une vingtaine de ses œuvres a été diffusé sur radio France et la Radio Suisse romande. Robert Poudérou nous entraine dans son peuplé de doutes, de naïveté et, paradoxalement, d’une grande lucidité. Robert Poudérou prend les tripes et donne son cœur.

 

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Quand on demande à Robert Poudérou quel est son meilleur souvenir celui répond : « J’en ai beaucoup et pas encore assez ». L’homme est ainsi fait d’une appétence joyeuse pour la vie et, en même temps, il affiche son engagement presque libertaire contre la misère, « sous les portes cochères », précise-t-il. Le voici truculent dans le geste, dans la voix ; le voici aussi, poète romantique et le sourcil broussailleux, presque ombrageux quand la douleur de l’autre, qui est un autre soi-même, frappe sur sa feuille toujours blanche et prête à recevoir l’enchevêtrement ordonné des lettres et des mots. Cette page, c’est sa vie, son destin.

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Ses roulades en font une sorte de Comencini et de Benigni

Robert Poudérou est né à Mensignac, près de Périgueux en Dordogne. C’était une année après le bel été de 1936. On pourrait même penser qu’il est le fruit de cette époque qui ne pouvait concevoir le monde qu’associé au progrès, celui de l’humanité. Son livre préféré est « Les misérables », son poète Jacques Prévert et sa fleur la rose. Rouge de préférence. Sa date fétiche ? Le 10 mai 1981 et la boucle n’est pas bouclée on l’aura compris.

Dans le bourg de Mensignac qu’il n’a jamais véritablement quitté, Robert Poudérou est un personnage qui a su voyager ailleurs. Il a toujours pris le temps des vacances, comme hier et comme demain. Ses humanités faites à l’école publique du village puis au lycée de Périgueux il témoigne d’un intérêt pour la littérature. Il est lecteur puis devient écrivain. Tout ceci ne permet pas de faire bouillir la marmite et il entame une carrière d’enseignant durant six belles années et puis, durant trente années, il sera animateur en formation permanente.

Il y  chez cet homme qui admire le courage et exècre la délation, des accents latins, presque italiens. Ses roulades en font une sorte de Comencini et de Benigni version mensignacoise, Périgorde dirons-nous. Robert Poudérou est enjoué, expansif ; mais, derrière ce rideau à la fois opaque et transparent, sur fond de néoréalisme bat une immense sensibilité aux regards proches de ceux du scénariste Cesare Zavattini qui livra le « voleur de bicyclette » mis en scène par Vittorio de Sica. Robert Poudérou a arpenté le monde où la poésie et la cruauté de la vie ferraillent, il exprime ainsi une auto-ethnologie de la société, de l’histoire et des rapport humains.

Ainsi, comme dans la commedia dell arte explique-t-il : « Je ne connais pas l’escalier qui mène au paradis. La naissance, la mort demandent un lever de rideau particulier, ils se nourrissent de silences et de mots. Le théâtre et le cinéma transcendent ces deux rencontres pour offrir la vie sous la forme d’un paradis. »

Un magicien des mots

EP-SOC-IPOUDEROU-02Robert Poudérou vient au théâtre par l’écriture de sketches ; il en écrit une trentaine qui sont tous joués, notamment aux Trois baudets entre 1970 et 1973. En 1975, ça y est il monte sa première pièce, La Petite Mécanique. Il ne cessera plus d’écrire pour le théâtre, la radio, le cinéma et la télévision.

D’importantes rencontres jalonnent son parcours d’homme de théâtre. Celles des metteurs en scène Gilles Atlan et Etienne Bierry. Puis, ce sera Lucien Attoun avec son Théâtre Ouvert et son Nouveau Répertoire Dramatique et, aussi, la comédienne Eléonore Hirt et Jean-Michel Rouzière, directeur de théâtre.

Aujourd’hui, ce sont pas moins d’une cinquantaine de pièces qui ont été éditées en France mais aussi en Suisse, en Allemagne et même au Japon. Certaines ont été diffusées sur France Culture et Radio Suisse Romande. Il est également me créateur de deux pièces en un acte programmées sur TF 1 : « Tu entends la mer » et « La Femme au foyer ». Trois pièces pour enfants suivront.

Celui qui se délecte de la chanson écrite par Jacques Prévert « Les feuilles mortes », de préférence interprétée par Yves Montand, se fait dialoguiste avec Georges Clair pour le film « Clodo » et celui de J.R. Saurel « Julie était belle », en 1977. En 1985 il est coscénariste du court métrage « Jardin secret » de Pierre Pommier.

Robert Poudérou est devenu un magicien des mots, du verbe. Il y psychanalyse sa frustration de culture développée dans son milieu familial. Il cultive un travail d’écriture claire et élaborée ; il aborde l’expression avec une volonté de simplicité et, comme le ferait un cuisinier qui privilégie ses produits. Il ne veut pas dénaturer le sens profond des mots car il trahirait aussi la pensée qu’ils expriment. «  Je fais en sorte de ne pas trahir la transmission de l’imaginaire de l’auteur mais aussi du spectateur, réceptacle sacré d’une émotion unique et invisible » dit-il en agitant sa carcasse méridionale.

Robert Poudérou a des convictions, celles qui ne s’imposent pas, celles qui brisent els dogmes profanes et même spirituels ; ceux qui divisent, séparent et génèrent de la douleur. Il aime les femmes au point de leur donner une place toujours mystérieuse telle cette rencontre de Montaigne aux prises avec les deux femmes de sa vie : Françoise, son épouse, et Marie de Gourmay, sa fille d’alliance.

La quête agnostique

EP-SOC-IPOUDEROU-03Sur France Culture, dans son interprétation de Barrabas, Robert Poudérou veut que celui-ci ayant assisté à la mort de Jésus sur la croix soit peu à peu persuadé qu’il a été libéré à la place et par la volonté du Seigneur. Mais, malgré ses démarches et ses interrogations, il reste réfractaire à la croyance aux miracles et fermé à la foi chrétienne. C’est un homme qui est « l’hôte sauvage de la réalité », luttant âprement pour la vie et il ne trouvera sa façon de servir le Seigneur que dans la violence.

Heiner Müller disait : « Pour se débarrasser du cauchemar de l’histoire, il faut commencer par reconnaître l’existence de l’histoire. Sinon, elle pourrait faire retour sur le mode ancien, sous forme de cauchemar ». Cette phrase illustre parfaitement la thématique des spectacles sur lesquels travaille Robert Poudérou. Beaucoup de ses textes prennent la mémoire comme sujet. Une plongée dans les méandres complexes que sont les mécanismes du racisme, l’antisémitisme, la guerre, celle de 1914 à 1918 puis celle que l’on nomme encore la dernière, celle qui va de 1939 à 1945. Et les autres, aussi.

L’immersion de Robert Poudérou dans ces destins d’enfants cachés durant l’occupation, en France, ravive l’enfant qu’il fut et qu’il reste, celui qui a vu un juif dénoncé et bastonné devant lui ; le terrible secret ainsi ouvert dans son imaginaire et qu’une grand-mère désemparée ne put lui expliquer. « Aujourd’hui, je mesure combien il n’y a aucune explication si ce n’est l’abîme d’une douleur sans mot » reprend aujourd’hui Robert Poudérou. Oui, celui qui glisse ses mains et son cœur entre les dictionnaires sait que les mots, parfois, ne sont plus suffisants. 

La Tranchée. Un livre qui plonge d’abord l’auteur puis, ensuite, le lecteur encore dans l’univers social. Un matin, à la périphérie d’une ville de province, à la prise du travail des ouvriers sur un grand chantier, l’un d’eux révèle à ses camarades que la tranchée qu’ils sont en train de creuser risque de d’écrouler. Le récit est un réquisitoire contre l’indifférence des patrons devant les risques d’accident du travail et leur obsession du rendement. La Tranchée est aussi la peinture d’un petit groupe d’ouvrier dans leur vie personnelle et, mêlant comédie et drame, elle échappe aux « sujets à thèse ».

Robert Poudérou recherche la morale laïque, celle d’Eugène Le Roy est trop réduite, pas assez actuelle. L’ennemi de la mort, son roman le plus achevé pour lui, est un vrai combat pour les autres, « il n’y a pas de vengeance dans Jacquou, ce n’est pas une affaire personnelle. Le docteur Charbonnières est un saint laïque, le vrai ennemi de la mort ce sont les éléments naturels ».

Faire parler les exclus

EP-SOC-IPOUDEROU-01Robert Poudérou n’a de cesse de parler, de faire parler ceux qui n’ont pas la parole, le peuple des exclus. C’est Le Ciel dans les bras qui se déroule, se déploie dans un pays imaginaire, entre le sud de l’europe et confins du Proche Orient, dans les années 2000 et vingt-cinq années plus tard. Les « Jésus » - une génération sans repères, fils exilés d’une société mercantiliste – quittent les villes. Micalina, femme nomade, recueille les « Jésus » et affirme avec fougue qu’il n’y a rien de plus urgent en ce monde que de résister à tous ceux qui, arrogants, ennemis du genre humain, rejettent avec violence une cité sans exclusion. C’est encore la condition des femmes avec La Brise-l’âme. Deux femmes, travaillent ensemble à une machine qu’elles appellent « La Brise l’âme » ; deux femmes venues d’ailleurs, en quête d’un homme, fils de l’une, mari de l’autre. Depuis départ qui peut être une fuite, il ne leur a jamais fait un signe. Elles vivent une double aliénation : celles de l’immigration et du travail dans une usine, sorte de goulag et de creuset du fascisme ordinaire. Ensemble, elles se battent contre les servitudes, les brimades ; attelées à leur machine, elles communiquent par le langage des gestes accordés.

Avec sa « Mémoire des humbles », chaque année, depuis 1993, Robert Poudérou propose un oratorio des oubliés. Avec les amis de son village, Mensignac avec lequel il entretient une relation fusionnelle même si sa truculence peut parfois bousculer les toujours bien-pensants. Un vrai succès que le temps n’a jamais démenti.

La comédie c’est soi, les autres et les rencontres. Au fond, je garde mes illusions

Voici, l’enfant sage et rebelle à la fois qui lance les pavés dans les nuages et qui cherche toujours l’escalier qui le mènerait au paradis. Pour l’instant, il le dit, son paradis est sur scène, celle de sa vie. Traversée lumineuse comme celle du film de Nanni Moretti, Je suis un autarcique, dans lequel le cinéaste met en scène une troupe de théâtre avant-gardiste dont il se sert pour porter un regard ironique sur la société. Il y a tellement de façon de faire la révolution, de se révolter contre l’injustice et l’imposture. Il faut entendre Robert Poudérou, les mains levées au ciel et déclamer : « Ecoute, c’est la vie. Si tu n’as pas de plaisir tu ne réussiras rien. La comédie c’est soi, les autres et les rencontres. Au fond, je garde mes illusions. On peut rester à un fleur même si le jardinier n’est pas non. » Robert Poudérou qui aime les chansons de Brassens a dut retenir cet extrait : « O vous les boutefeux, â vous les bons apôtres, mourez donc les premiers, nous cédons le pas, mais de grâce, morbleu ! Laissez vivre les autres ! » C’est vrai qu’il y a toujours une page blanche à remplir et un pavé à lancer dans les nuages.

Textes et photos : Pascal SERRE


 

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