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Michel Bongrand : le pape du marketing politique

21584livorLe 19 août dernier Michel Bongrand s’est éteint. Il avait 93 ans. Celui que l’on appelait le « pape du marketing politique » était un grand résistant et gaulliste. En 1987 il avait accompagné les premières assises de l’apprentissage à Périgueux. Récit d’une rencontre avec un homme remarquable.

En ce début de soirée de l’automne 1987 je me retrouvais avec Bernard Guinot (1), l’assistant de Alain Bournazel, à l’époque Vice-président du Conseil régional en charge des questions de formation, devant le célèbre restaurant « Chez Maxim’s », rue Royale, à Paris. Nous avions rendez-vous avec Michel Bongrand qui avait ses bureaux dans l’élégante bâtisse. Il s’agissait de présenter la campagne de communication qui accompagnerait, à Périgueux, les premières assises de l’apprentissage qui se déroulerait fin novembre.

Le cigare vissé entre ses lèvres, Michel Bongrand nous accueillait avec une faconde joyeuse dans un bureau dont les murs étaient décorés d’affiches publicitaires qui faisaient le tour des grandes épopées électorales de la Vème République. Il y avait pêle-mêle Jean Lecanuet, Charles de Gaulle et Jacques Chaban-Delmas. Il demandait des nouvelles de Yves Guéna et glissait quelques saillies sur la vie politique avec un humour décapant et généreux.

« Alain m’a demandé de regarder votre travail mais avant on va prendre un whisky »

michel bongrandUne secrétaire déposait sur la grande table de travail une carafe et trois verres. Michel Bongrand officiait généreusement à la cérémonie. Il se lançait dans des commentaires sur sa passion pour cet ensemble d’eaux-de-vie fabriquées par distillation de céréales maltées ou non maltées. De toute évidence l’homme était fin connaisseur et épicurien jusque sur le bout de ses ongles. Le whisky dont je ne me rappelle pas le nom était fantastique et nous devions durant deux heures y revenir à trois fois.

Quelques jours auparavant, préparant cette rencontre, je m’étais renseigné sur Michel Bongrand qui m’apparaissait comme une inaccessible icône. Il s’était engagé dés novembre 1940 dans la résistance puis dans les parachutistes de la France libre. En 1945 il se lançait dans le journalisme puis dans la vente d’espaces publicitaires avant de créer l’agence Bossard Consultant qui deviendra Cap Gémini, la société où officie aujourd’hui Antoine Audi, le maire de Périgueux.

Michel Bongrand était un gaulliste pur et dur. De droite. Mais peu importait. Après avoir suivi la campagne de John Fitzgerald Kennedy en 1960 il décide d’appliquer les méthodes en France dés 1965 lors de la campagne de l’élection présidentielle, avec Jean Lecanuet et avec succès. La suite sera celle d’un homme qui est un battant, un novateur, un bateleur aussi.

« Séguéla ? La Force tranquille ? C’est moi qui ai trouvé le slogan, avant lui » 

Ce soir-là, Michel Bongrand comme vraisemblablement à son accoutumée se pliait à ces délices plus ou moins empoisonnés qui entretiennent une célébrité. Que n’a-t-on entendu sur l’ineffable Jacques Séguéla qui n’avait pas encore sa Rolex !

- Séguéla ? La Force tranquille ? C’est moi qui ai trouvé le slogan, avant lui. Je l’ai proposé à Giscard et il ne l’a pas pris. Pfut… C’est un récupérateur et c’est tout.

Bernard Guinot et moi, nous avions le sentiment d’entrer dans l’histoire et la confidence.

- De Gaulle ? Il n’aimait pas la publicité. Mais de Gaulle ne pouvait pas être une savonnette… Et Chaban, ils me l’ont torpillé. C’était un bon candidat. Lui élu Mitterrand ne serait jamais passé.

Michel Bongrand refaisait le service de whisky tout en distillant ces petites phrases. Il était comme du champagne, pétillant dans les yeux et les gestes. Avec le temps, peut-être masquait-il ainsi quelque ressentiment.

Nous devions regarder la campagne qu’il qualifiait de « parfaite » et il n’apportait aucune correction. Le « Apprentissons-nous » lui plaisait car il correspondait aux jeunes dont il disait : « il faut parler aux jeunes avec leurs mots et vous l’avez compris. » Et de reprendre : « vos commanditaires politiques sont d’accord ? » Nous répondions que oui. 

- « Il faut pas louper votre train. Vous saluerez Guéna quand vous le verrez ».

 Il était déjà tard et nous devions prendre le train pour rejoindre Périgueux.

- C’est toujours aussi facile d’aller à Périgueux ? Vous avez toujours un avion ?

Visiblement Michel Bongrand connaissait sa carte de France.

455120545-photo1350081980-1967--michel-bongrand--avec-de-gaulle-pour-la-france--lggislatives-de-1967e-postChaban-1974

« Il faut pas louper votre train. Vous saluerez Guéna quand vous le verrez » 

La pièce était envahie par l’odeur de cigare et  Le petit homme, trapu et élégamment vêtu, la pochette bleue en avant se redressait : « Il faut pas louper votre train. Vous saluerez Guéna quand vous le verrez. » Il nous raccompagnait avec une joviale courtoisie qui nous laissait penser que nous nous connaissions depuis toujours. L'homme était charismatique et en jouait avec discernement car je ne pouvais pas oublier qu'il était génétiquement un homme de réseau, comme dans la Résistance.

Nous retrouvions la rue Royale. Il pleuvait et les éclairages de la ville étaient allumés ; les clients nécessairement fortunés se pressaient devant l’entrée de « Chez Maxim’s » où les accueillait le portier avec sa redingote et son haut-de-forme. Nous convenions que ce n'est pas ici que nous finirions la soirée. Plus tard, peut-être...

Le métro était bondé. Bernard Guinot et moi, autant éméchés par le whisky que l’exubérant mandarin de la communication politique, nous échangions sur cette rencontre détonante.

Alors, ce 19 aout dernier quand Michel Bongrand a tiré sa révérence j’ai visité mes notes passées pour le saluer, à ma façon. Ironie de la vie, après quinze ans sans nous voir, je devais retrouver quelques jours auparavant Bernard Guinot qui venait partager une soirée, chez moi. Nous évoquions ensemble, une nouvelle fois, le merveilleux whisky de Michel Bongrand.

Photos : droits réservés. Texte : Pascal Serre

(1) Bernard Guinot est actuellement à l’Ecole supérieure internationale de Savignac.


  

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