1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

Chez Monique les voisins sont sympas

DSC 1754Prés de Périgueux, à Boulazac, le quartier de la Cité Bel Air recèle quelques pépites aussi merveilleuses que discrètes. Entre les petites maisons laissées par les américains en 1917 s’est développée une vie faite d’entraide et de solidarité. Sous la tonnelle, protégée par ses nains de jardin, Monique Boivineau accueille Rolande, Georgette et Jean-Marie. Quatre destins qui sont comme les cinq doigts de la main.

 

Rue de Chicago. Une fin de journée de printemps où le soleil achève de se frayer un passage sans bousculer les habitudes de l’apéritif d’un petit groupe plutôt de bonne humeur. Sur la petite terrasse qui jouxte la maison et ouvre sur un petit jardin reliant à la rue, Rolande Lunaud dite « Lulu », Georgette Gayet et Jean-Marie Sauger et Monique sont confortablement installés autour d’une table qui en aurait beaucoup à raconter. De toute évidence, on refait le monde. Le plus souvent possible. Un tableau qui n’aurait pas déplu à Pagnol ou Giono. Et pourtant nous sommes en Périgord, à Boulazac.

C’est en 1970 que Monique, Claude Boivineau et leur fils, Dominique (1), s’installent dans un ancien baraquement de soldats américains construit en 1917, dans le quartier de la Cité Bel Air, à Boulazac.  Presque un demi siècle plus tard, la bâtisse est la véritable maquette d’un bonheur aussi simple que solide. Claude, l’époux, est parti pour le Grand Voyage mais Monique entretient sur cette parcelle héritée de ses beaux-parents le bon goût des amitiés qui ne se nomment pas mais qui se vivent. Ceux-ci, anciens éclusiers à Périgueux, près du canal, le temps de la retraite arrivé, avaient acheté cet ancien baraquement des soldats américains pour y vivre leurs dernières années. C’était en 1968. 

DSC 1757

« Quand les volets ne sont pas ouverts on s’inquiète »

Ici, les gens sont nécessairement bien, le coin tranquille et on peut laisser les clefs dans la voiture. Il est loin le temps où l’herbe folle poussait dans la rue, les lapins de garenne sautaient de jardin en jardin et les hérissons se frottaient les piquants dans les fossés qui accueillaient les eaux usées. Mais, il y a un petit quelque chose qui n’a pas changé et que l’on ne veut pas voir changer ; un supplément d’âme qui donne à une existence un sens particulier : l’amitié. Et cette amitié elle est faite de petites attentions instinctives pour que l’autre ne soit pas dans la peine, dans le besoin. On appelle cela aussi de la solidarité ou de l’entraide.

Jean-Marie se lance : « quand les volets ne sont pas ouverts on s’inquiète. » Georgette poursuit : « si je suis malade je sais qu’il y aura quelqu’un pour me faire mes commissions. » Rolande : « Et puis, on se retrouve, comme ce soir, pour discuter et ça fait du bien. » Monique écoute avec un sourire éclos et prend la parole : « quand mon mari revenait de la pêche il laissait toujours du poisson devant la porte des voisins. Moi, je trouvais des radis, des tomates devant ma porte… » Au premier mai, selon les compères, il y a toujours l’échange du muguet. Tout un symbole. Il y a aussi la distribution des cerises à la saison venue. Et puis tant d’autres petites choses qui rendent la vie plus aimable.

Alors dans ce petit coin fabuleux du quartier de la Cité Bel Air on comprendra que c’est toute une vie, toute une somme d’histoires qui perdurent et entretiennent un art de vivre bel et bien vivant. Oh ne croyez pas que ces braves gens soient nostalgiques ! Ce n’est pas le genre même si les souvenirs s’égrènent dans un sympathique brouhaha, des rires et des exclamations. La vie y est croquée à pleines dents, le cœur dans les yeux. N’est-ce pas joliment dit par Monique : « On a tous une raison de s’aimer. On ne va pas s’en priver. » Si, si… c’est vrai.

Une vie croquée à pleines dents, le cœur dans les yeux

DSC 1760

Jean-Marie : « La rue de Chicago ? Je disais que pour y aller je prenais l’avion à Bassillac… et cela fait encore rire. » Issu d’une vieille famille de l’île de la Réunion, Jean-Marie Sauger a été nommé à la Direction Départementale de l'Équipement à Périgueux en 1980 et il a choisi de vivre dans ce quartier parce que il le trouvait tranquille : « Je suis à la résidence Floride – encore un souvenir des américains. L’été on joue à la pétanque plutôt que de regarder la télévision. Je me rappelle la Coupe du monde de football en 1982, tout le quartier résonnait des clameurs des postes de télévision. En 1998 ce fut pareil. »

Rolande Lunaud est dans le quartier depuis 1953. Elle a travaillé dans des crêches jusqu’à sa mise en retraite, en 1993. Elle se sent en sécurité tout en reconnaissant que le quartier a bien changé en soixante ans : « quand je suis arrivée les toilettes étaient à la Turque, au fond du jardin ; il n’y avait pas d’eau chaude et les rues étaient guère éclairées et pas goudronnées. Mais nous avons été le premier quartier de la commune à bénéficier du tout à l’égout. Il y avait encore de nombreux jardins qui peu à peu ont été vendu pour accueillir des familles. Là, on a senti que les choses étaient en train de changer. Je dirai au milieu des années soixante… Quand aux maisons laissées par les américains elles sont coriaces même si on a souvent dit que les murs sont en carton pâte. »

Georgette Gayet, l’ancienne secrétaire d’une dynastie d’avocats Périgordins acquiesce discrètement : « J’habite le quartier depuis le premier jour du monde. Rue de Vauquois. C’est à la Guinguette de Barnabé, tout à côté, que j’ai connu celui qui deviendrait mon mari. Nous avons fait notre voyage de noces entre Barnabé et Trélissac… J’ai toujours vécu ici et je n’ai jamais été malheureuse. Pour moi, tout est ici, à la Cité bel Air. » On veut bien la croire. 

Un nid de douceur aux senteurs bienveillantes et intimes

Monique Boivineau, l’organisatrice et l’hôtesse de cette soirée entre dans la conversation : « Oui, quand je suis arrivée avec mon mari il a fallu transformer la maison car si les fondations étaient solides il fallait moderniser. Comme beaucoup d’autres, la bâtisse a conservé son architecture originale. Je suis bien ici et je ne voudrais pas m’en aller pour tout l’or du monde. » C’est vrai que la maison de plein pied est assoupie dans un petit jardin aux multiples recoins, un enclos en miniature avec ses nains de jardin et sa décoration presque exubérante et, en tous les cas, presque baroque. Un nid de douceur qui exhale ses senteurs bienveillantes et intimes avec une grande ingénuité mais aussi une élégance naturelle et franche. Comme Monique et ses voisins dont on imagine qu’ils sont devenus de vrais amis. 

Il y a dans cet inaliénable espace une liturgie du bonheur d’être ensemble, de ne pas concevoir la vie sans les autres. Entre eux, c’est naturel : solidarité et entraide ne se réduisent pas au dictionnaire ou aux envolées lyriques et généreuses des fantaisistes de tous poils. C’est une question de coquetterie pour contrarier l’air du temps.

Alors, bien entendu, cette allégorie est une bougie, une petite bougie toujours incertaine et fragile, lumière perpétuée avec une pudeur silencieuse par ce quatuor de voisins qui a fait la fête bien avant que l’on décide de la faire. Dans chaque lieu, dans chaque personnage d’une histoire, pour celui qui veut regarder avec le cœur, il y a une poésie jusque dans les gestes les plus élémentaires et candides d’un quotidien qui ne demande qu’à être émerveillé. On se prend à penser qu’il y a encore des instants privilégiés, des coins singuliers et des gens honnêtes pour que retrouver les chemins de la solidarité et de la générosité. Pas loin, juste à côté de nous, à la Cité bel Air, rue de Chicago.

(1) Dominique Boivineau est le correspondant du journal Sud-Ouest pour Boulazac

Texte et photos : Pascal SERRE

En savoir plus : Ville de Boulazac - Amis de Barnabé


 

Pour pouvoir commenter ce billet, vous devez vous identifier ou, si vous n'avez pas de compte en créer un en cliquant sur espace abonné en haut de page.

Les gazouilladesde Pascal Serre

Les larmes de Marianne

MARIANNE copie 2Même si l’automne frappe au carreau, entre le Pont de Beynac et la galerie Montaigne à Périgueux, les élections européennes passées et à six mois des élections municipales, je ne parviens pas à quitter mon hibernage politique. Et finalement, je m’y repose des coups bas, des trahisons et des hypocrisies. La politique, c’est toujours entre vice et vertu. Parfois les deux constituant les deux jambes de l’initié quitte à faire pleurer Marianne.

Lire la suite...

Mes bonnes adresses

IMPRIMERIE-FANLAC