1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

Georgette Gayet : le parfum de l’éternel printemps

DSC 2615Venus de Marsaneix, c’est en 1924 que les parents de Georgette Gayet ont acquis la maison où elle habite aujourd’hui. A Boulazac, dans le quartier de la Cité Bel Air. A l’angle des rues du Canada et de Vauquois. C’était le temps des « Péotards », des hommes frappés par la crise du monde rural et qui tentaient de s’adapter en se faisant embaucher aux ateliers de la compagnie de chemin de fer du Paris-Orléans situés à Périgueux. Georgette Gayet est une figure emblématique du quartier, au charme et à la personnalité joyeuse et ferme. Elle incarne aussi une réussite sociale dans cette province du Périgord qu’elle n’a jamais quittée.

DSC 2605Georgette est une belle octogénaire qui a gardé une fraicheur et une distinction presque bourgeoises dues à sa carrière professionnelle vouée à Thémis, déesse grecque de la Justice. L’élégance discrète, l’écoute prudente, la parole mesurée, elle ne se livre pas sans repères. Mais, on comprend, peu à peu, qu’elle soit invitée par ses « copines » du quartier de la Cité Bel Air. Elle en connaît les grands petits recoins sans pour autant les dévoiler. Par nature et par métier.

Georgette Gayet est née dans le quartier, a fait l’école maternelle et puis l’école de Saint-Georges.  Elle a gambadé dans les rues encore recouvertes de castine blanche et peu éclairées le soir. Elle a connu la destruction ou l’aménagement du camp américain et a appris à nager à Barnabé. Puis, elle s’est faite embauchée dans une étude de huissier, derrière le Palais de Justice, à Périgueux ; elle a traversé la petite place pour devenir l’assistante d’un avocat réputé de la ville ; elle y est restée trente-six années. Elle aimait son métier et, dans les « milieux » elle était appréciée. Toujours disponible et attentive à la dimension humaine de la justice elle se rappelle combien, dans l’après-guerre, il était difficile de saisir les agriculteurs acculés et qui ne possédaient parfois que leur chemise et quelques vagues meubles. « J’ai vu de véritables drames où nous tentions tout en respectant le droit de préserver la dignité de ces pauvres gens que frappait une crise sans autre fin que le désespoir » dit-elle actuellement.

Après la guerre, on a pu dire…

Georgette Gayet a donc vécu toute l’évolution de ce quartier qui est ainsi passé en cinquante ans de son statut agricole à celui de petite ville. « Jusqu’à la fin de la guerre c’était la campagne » explique Georgette Gayet qui poursuit : « Tous ceux qui étaient arrivés tentaient avant tout de rebondir comme on dit aujourd’hui. Il y avait une véritable communauté qui partageait les mêmes espérances. Celles d’un monde un peu meilleur. Il y avait les employés du chemin de fer, les maraîchers et, aussi, des petites entreprises artisanales ou commerciales qui sont disparues dans les années soixante. » Et Georgette de faire surgir de sa mémoire un artisan qui fabriquait des malles de voyage et qui était réputé pour la qualité de son travail.

Le regard de Georgette semble être le même que celui de ce temps : il brille et s’illumine, sans nostalgie, avec même une ferme volonté de continuer à exister. C’est en 1953 qu’elle se marie avec Robert, un électricien ; naîtra une fille. Toujours dans le quartier de son enfance. Même si Georgette parle avec délice de toute cette mémoire c’est toujours avec la prudence de préserver l’intime. Ainsi : « Je n’ai pas connu la guerre et l’occupation si ce n’est comme enfant. Ce dont je me rappelle c’est que nous ne parlions pas des évènements. Il y avait une crainte dans tout le quartier, on était soupçonneux sur certains. Si il y a eu des juifs cachés, par exemple, on ne s’en vantait pas autrement on risquait être dénoncé. Il faut plonger dans le contexte de l’époque pour bien comprendre. Après la guerre, on a pu dire… Fallait-il encore que ce soit vrai.  Ce qui est sûr c’est la présence des réfugiés alsaciens arrivés dés l’automne 1939. Les relations étaient plutôt bonnes même si avions deux modes de vie très différents. La grande majorité d’entre eux est partie dés l’hiver 1940-1941 et  les autres progressivement jusqu’à la fin de la guerre. Au sujet de la Guinguette, à la noël 1939, la famille Foussard et la municipalité avaient organisé une manifestation pour les enfants et familles alsaciennes. »

Georgette se remémore aussi quand, le dimanche, entre treize et dix-neuf heures elle se rendait pieds nus par la rue des bains se baigner à Barnabé ; les cueillettes de champignons et le ramassage des châtaignes dans le parc du château d’Ailhaud Castelet, le " quartier nègre " - entre les rues du Luxembourg, des Hollandais et des alsaciens -  tout proche  où d’ailleurs séjournèrent des aviateurs français durant l’automne 1940, là où, encore, il y avait des baraques en bois montées à la hâte pour accueillir des soldats démobilisés du gouvernement de Vichy : « Cela améliorait l’ordinaire » dit-elle.

31

Les bagarres entre cathos et cocos

DSC 2614Justement, sur cette époque trouble, Georgette a toutefois une anecdote : « Quand les aviateurs installés en haut du quartier suite à l’armistice s’en allèrent ils laissèrent des dizaines de capotes que nous avons récupéré afin de confectionner des vêtements. Vous savez, on avait des préoccupations simples qui étaient celles de survivre. » Georgette Gayet, pas particulièrement bigote mais qui allait de temps en temps à la chapelle de la Cité Bel Air s’amuse encore des " bagarres entre cathos et cocos " et raconte : « C’est un quartier où les communistes étaient très implantés et les catholiques n’étaient pas toujours biens vus. Entre 1940 et 1944, en revanche, pour répondre à l’idéologie de l’État de Vichy, beaucoup faisaient baptiser leur enfant et fréquentaient la chapelle qui était bondée. Après, ce fut un peu l’inverse… »

Après ?  C’est le temps de la libération et la reconstruction. Georgette : « Il y avait du travail pour tout le monde ; mais le travail était dur et on ne comptait pas les heures. Il n’y a avait ni riche, ni pauvre ; seulement des gens qui travaillaient.  Tout au plus les gens se rendaient le samedi soir ou le dimanche à la guinguette ; ayant peu d’argent ils achetaient une bouteille de vin qu’ils partageaient ; le temps n’était pas encore au cocktail. » Et Georgette Gayet baissant les yeux tout en riant : « Les hommes buvaient peut être un peu trop… » Des hommes qui, l’été venu et le soir, jouaient aux boules dans la rue de Vauquois exempte de voiture. 

Les plus belles années sont celles qui vont de 1968 à 1980

Georgette se rappelle bien entendu de l’ancien maire et député, Lucien Dutard : « C’était quelqu’un d’extraordinairement humain. Quand j’étais à l’école et que je l’avais comme instituteur, parfois il nous envoyait chez lui pour chercher quelque chose et on revenait toujours avec un bonbon ou une sucrerie que nous donnait son épouse. Quand il faisait trop chaud il enlevait ses chaussettes qu’il déposait sur la fenêtre afin qu’elles sèchent et s’aèrent. Nous l’aimions et le respections. » Alors, naturellement, aujourd’hui, Georgette Gayet regarde la vie avec une belle sérénité mais aussi une certaine modernité : « Oui, c’est la roue de l’histoire, le quartier a changé. Certains sont partis ailleurs, beaucoup plus sont décédés dans leur maison. Vous savez j’ai internet… Comme dans tout, il y a du bien et du moins bien. J’ai connu l’arrivée des ordinateurs qui ont mis les machines à écrire au rebut. Alors, je vois les rues goudronnées, bien éclairées, le tout à l’égout et tout ce qui fait le monde moderne. Dans ma jeunesse c’était quand même très dur. Les plus belles années sont celles qui vont de 1968 à 1980. »

DSC 2619

Georgette Gayet apparaît peu à peu comme une sorte d’Arletty couplée d’une Catherine Deneuve. De la première elle aurait la liberté gouailleuse et de la seconde elle aurait la liberté feutrée. Une assez belle et originale onction. Elle a encore beaucoup de choses à dire, à raconter mais, ce sera pour demain, pour un peu plus tard, au printemps, une saison qui lui va si bien.

Texte et photos : Pascal SERRE

Avec le soutien de la Ville de Boulazac
E
n savoir plus : Les amis de Barnabé


 

Ajouter un Commentaire

Charte des commentaires de lespritperigord.fr

lespritperigord.fr vous ouvre ses pages pour échanger avec la rédaction et les membres de sa communauté. C’est un espace de réaction, de discussion, d'information ouvert aux internautes inscrits. Les intervenants doivent donc répondre aux principes élémentaires du débat :

lespritperigord.fr est seul juge des messages qu’il met en ligne, ou non – y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessous. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant les adresses de contact du site, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

Gardez à l’esprit qu’une attitude posée, polie et respectueuse envers les autres intervenants est toujours préférable pour un échange d’idées.

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n’y ont pas leur place.

Tout contenu contraire à la loi est proscrit : par exemple, l’incitation à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation tout comme la négation des crimes contre l’humanité, ou la justification des actes violents et des attentats. Par ailleurs, les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

Les propos discriminatoires, sous toutes les formes, sont proscrits.

Évitez-le hors-sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations : ils n’apportent rien et peuvent induire en erreur.

Les plaisanteries de mauvais goût et les comparaisons douteuses sont souvent blessantes ou insultantes. Merci de les éviter.

Pour être compris de tous, rédigez des messages lisibles et compréhensibles : pas de langage SMS, de commentaires en majuscules ou en langue étrangère sauf exception.

La répétition d’un même commentaire, assimilée à du spam, n’est pas la bienvenue.

La publicité est également interdite sur lespritperigord.fr. Ne soumettez pas de liens commerciaux.

Il n'est intéressant de proposer aux autres lecteurs des liens que si un commentaire explicite leur contenu. Un lien seul est stérile et peut être assimilé à du spam.

Vous vous engagez à respecter les droits des tiers pour les textes et les images que vous soumettez. Avant de publier un contenu, posez-vous la question: "Ai-je les droits nécessaires pour le proposer ?"

Vous pouvez ne pas être d'accord avec un article de lespritperigord.fr. Expliquez ce qui motive votre commentaire, sans vous montrer agressif. La critique constructive oui ; les insultes non.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, ne lui répondez pas. Utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat. De plus, si le commentaire auquel vous répondez a été modéré, le vôtre peut devenir sans objet et être modéré à son tour.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de lespritperigord.fr moderation@lespritperigord.fr

Toute attitude contrevenant à cette charte peut être passible de bannissement du site.

Vous pouvez poser des questions aux journalistes de la rédaction dans les commentaires. Dans la mesure du possible, la rédaction répond aux interrogations des internautes de lespritperigord.fr

Enfin, souvenez-vous que vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de lespritperigord.fr se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue du débat. Nous sommes seuls juges des messages que nous mettons en ligne ou non.


Code de sécurité
Rafraîchir

Les gazouilladesde Pascal Serre

Good by Lascaux !

DSC 0056On disait le Périgord terre d’élections depuis l’Homme de Cro-Magnon. Avec les échéances de cette année, après le Good by Lénine de 1989 en Europe de l’Est, assisterons-nous, en Dordogne, à un Good by Yalta hérité de l’après-guerre, entre Robert Lacoste, Lucien Dutard et Yves Guéna ? La multiplication des copies de la grotte de Lascaux témoigne-t-elle d’un règne des gérontes qui ne connaissent pas la grotte de Platon ?

Lire la suite...

IMPRIMERIE-FANLAC

Le feu rouge

feu rouge de la semaine

BOIDÉLA SEMAINE DE THIERRY BOIDÉ

Battu à la présidence de Les Républicains en Dordogne le week-end dernier, le bouillant Thierry Boidé a du essuyer la difficile prestation de son mentor Nicolas Sarkozy durant l'émission de David Pujadas, Des Paroles et des Actes avant de s'entendre comparer au candidat à l'investiture du Parti Républicain pour les présidentielles américaines, Donald Trump lors de la dernière session de l'Assemblée départementale. Répondant à Germinal Peiro le taclant sur sa verve il déclarera en fin de semaine : "Là ce n'est rien. le jour où vous me verrez énervé, vous allez avoir peur !" Personne n'en doute.

DELMON-INDUSTRIE

Le feu vert

feu vert de la semaine

BOUSQUET LR

Dominique Bousquet, le nouveau Boss et manager de Les Républicains de Dordogne

Même si dans la coulisse on s'y attendait, le nouveau "patron" des anciens gaullistes devenus Les Républicains est désormais Dominique Bousquet. Le Conseiller départemental et maire de Thenon qui rempile depuis trente ans dans son fief et bataille avec un diabolique radicalisme franchit un barreau de l'échelle qui lui redonne une dimension départementale un temps trouvée quand il fut député en lieu et place de Jean-Jacques De Peretti. il incarne une Droite héritée des années de gloire portées par Yves Guéna que celle de son concurrent du moment Thierry Boidé accroché à Nicolas Sarkozy. Les réseaux gaullistes pur sucre et de son mentor Jean-jacques De Peretti on été déterminants dans ce challenge. Un revers pour Antoine Audi mais aussi une victoire pour les soutiens d'Alain Juppé pour les prochaines échéances.