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Paulette Preguimbeau : un florilège du paradis

DSC 2579Durant toute la première moitié du vingtième siècle le quartier de la Cité Bel Air, à Boulazac, a vécu au rythme des maraîchers et horticulteurs qui approvisionnaient les marchés de Périgueux. Aujourd’hui, au bas de la rue des bains,  la famille Preguimbeau est la dernière représentante d’une activité qui a eu son heure de gloire. Trois générations se sont succédées entre Barnabé et le camp américain. Rencontre avec Paulette Preguimbeau aux yeux pétillants, à l’esprit solide et au cœur naturellement fleuri.

 

On l’aurait presque oublié mais le maraichage, à partir du dix-huitième siècle, fut une activité importante qui se développait en périphérie des villes, sur des terrains généralement humides ce qu’offrait la proximité de la rivière l’Isle au bas du quartier de la Cité Bel Air, à Boulazac, et à une distance raisonnable de Périgueux qui concentrait déjà une population importante. Tout au long du dix-neuvième siècle et jusqu’au milieu du vingtième siècle on dénombrait sur la Cité Bel Air une dizaine de familles qui vivait de cette agriculture maraîchère visant à produire des légumes, des fruits et des fleurs. Le maraîchage était distingué du jardinage par le fait qu’il était destiné à approvisionner les particuliers et les revendeurs d’une ville, en l’occurrence, pour la Cité Bel Air, c’est Périgueux avec ses marchés de la Clautre, du Coderc, de Saint-Silain et de l’ancienne mairie. Le maraîchage fut une des premières mutations rurales qui vit des paysans se rapprocher de la ville, louer puis souvent acheter des terrains. C’est notamment le cas de la famille Preguimbeau venue  en 1944 de Cornille, commune au nord de Périgueux. Paulette, constituant la seconde génération s’est installée avec son mari en 1961 et tous deux ont fait construire leur maison d’habitation qui ouvre sur la rue Branly. Claude, le mari de Paulette était employé des Postes ; deux enfants sont nés de cette union : un garçon et une fille.

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Les autres maraîchers ont choisi de cesser leur activité et ont vendu leurs terrains 

Aujourd’hui, c’est leur fils, Lionel, qui assure l’activité presque essentiellement horticole sur les trois mille six cents mètres carrés de l’exploitation. Après une formation il a procédé à la restructuration et au développement de l’entreprise et a installé dés 1985 les premières serres maintenues à température par cinq chaudières et permettent une production de qualité. On retrouve Lionel et Paulette sur le marché de la place Saint-Silain où la famille a le même emplacement depuis soixante ans. « Nous sommes les plus anciens » souligne fièrement Paulette qui rajoute : « nous avons une clientèle fidèle mais avec l’arrivée des grandes surfaces dans les années soixante-dix nous avons presque abandonné les légumes et les fruits pour nous consacrer à la production de plantes et fleurs. C’est l’époque où les autres maraîchers ont choisi de cesser leur activité et ont vendu leurs terrains afin de répondre à la demande de logements qui était importante. Nous, on continue… »

Sous les serres, bien alignées, les fleurs prennent leur essor en douceur et avec l’attention nécessairement bienveillante de Paulette et de Lionel. Il y a là des milliers de fleurs, des couleurs merveilleuses et des senteurs discrètes qui attentent le grand jour où elles vont émerveiller un jardin ou un intérieur de maison. Nous sommes dans un véritable et immense jardin qui mérite la visite ; une promenade joyeuse où le silence est presque religieux ; une religion qui serait celle de la nature. On se surprend presque à entendre l’eau de la rivière qui s’écoule toute proche. Comment concevoir que cet ultime espace, refuge presque d’un ancien monde, disparaisse ? Le patrimoine de ce quartier est aussi dans cette mémoire d’un temps qui a cédé progressivement face à un autre monde que l’on qualifie de moderne.

Le camp américain et le boulevard du Petit-Change c’était un autre monde

Paulette Preguimbeau, avec ses soixante-dix printemps, reflète toute l’énergie et le sens de la vie de ce ces femmes et de ces hommes qui ont travaillé la terre en priant le ciel qu’il leur soit bénéfique.  Quand on lui parle de la Guinguette de Barnabé, elle sourit : « Le quartier, j’y venais pour les vacances car mes parents habitaient à Bassillac. Nous allions plutôt rarement à la Guinguette pour danser. Par contre, on utilisait le bac pour nous rendre de l’autre côté de la rivière, aux Maurilloux pour aller chez le boucher ou à la boulangerie. Pour nous, le camp américain et le boulevard du Petit-Change c’était le haut du quartier, déjà un autre monde. Là, c’était Barnabé. On travaillait beaucoup car on produisait, on distribuait aussi. Chez les particuliers, des revendeurs et les marchés. J’avais mes enfants et la maison à tenir. Il n’y avait pas beaucoup de temps pour se reposer. »

C’est une condition qui revient presque toujours chez les anciens du quartier. Cheminots, ouvriers, petits entrepreneurs, ils étaient tous attachés au labeur et à leur famille. Il y avait aussi une solidarité bien difficile à retrouver aujourd’hui.  Ainsi Paulette se remémore la famille Bonnefond qui ravitaillait en poisson frais retiré de la rivière les voisins ou encore le Père Lautrec qui assurait la traversée du bac, ou même, encore « Monsieur Léopold » le fondateur de la guinguette et qui revient toujours à l’esprit avec sa noblesse roturière.

« Le métier n’était pas comme aujourd’hui, poursuit Paulette, par exemple les cantonniers de Périgueux venaient déverser les ordures ménagères près de chez nous où se situait un dépôt.  Il n’y avait pas de plastique, quasiment pas de boites de conserves, très peu de papier ; on triait et on utilisait les ordures pour faire du compost. Ce qui a donné une terre exceptionnelle au fil des années. Maintenant on peut plus faire comme cela et on achète des granulats de crottes de poules comme compost. »

Le paysage poétique des maraîchers

Si, comme l’a joliment laissé Anne Scott-James, « Il y a plus de plaisir à faire un jardin qu’à contempler le paradis », en regardant les yeux pétillants, l’allure perçante et les mots ardents de Paulette on se soumet. Ce paysage poétique des maraîchers nous est revenu le temps d’une rencontre. Un dessin aux couleurs jaunies qui se fraye toujours une existence dans un monde que l’on voudrait entretenir afin que seule la mémoire ne puisse nous le rappeler car, nous le savons bien, pour faire un beau jardin il faut un morceau de terre et d’éternité.

Photos et texte : Pascal SERRE

Avec le soutien de la Ville de Boulazac
E
n savoir plus : Les amis de Barnabé


 

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