1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

Daniel Boulogne : entre Ulysse et Jules Verne

DANIEL BOULOGNE 02Fondateur du Street Art, à la croisée d’une quinzaine d’entreprises au milieu des années quatre-vingt-dix, Daniel Boulogne reliera, en 2012, à bord de sa goélette, l’extrême nord, le passage du nord-ouest et le détroit de Béring à l’extrême Sud, le passage du Cap Horn, une première pour un voilier. Installé en Périgord, il se lance dans le combat contre le réchauffement climatique.

jardins 01indd

Le personnage est truculent et enflammé. Daniel Boulogne pourrait inspirer un romancier autant qu’un auteur de bande dessinée. C’est une sorte de touche-à-tout qui a la gouaille d’un Bernard Tapie et les accents de mécène d’un François Pinault. Un grand écart qui prend naissance dans le quartier des Batignolles, en 1949. Un mariage avec une périgourdine de Douzillac, entre Périgueux et Libourne, l’amène à parcourir le Périgord et à jouer l’incubateur de projets où le fantastique se mêle au sens des affaires.

Daniel Boulogne se dit volontiers entrepreneur, aventurier et humaniste. C’est en 1976 qu’il se lance dans les affaires en créant une entreprise de peintures en bâtiment ; en vingt ans, l’intuitif et ingénieux personnage construira un petit empire de quinze sociétés totalisant mille salariés et 38 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Mais, l’homme d’affaires, qui cultive ses visions originales et atypiques du monde a une passion pour le monde des artistes. Il sera un des pionniers du Street Art dans les années quatre-vingt. Notamment dans la création et le développement des murs peints, véritables fresques qui permettent à des artistes de s’exprimer dans un espace public. Ce qui amène Daniel Boulogne à dire : « j’ai remplacé les murs aux teintes sinistres par des couleurs vives ; sur mes chantiers, j’ai transformé les échafaudages en cimaises pour y accrocher des tableaux d’artistes. Les murs ont la parole. » A la chute du mur de Berlin, Daniel Boulogne n’hésitera pas à se rendre dans la future capitale pour ramener en France des fragments du mur. Une aventure comme il les aime. Le cœur et la raison rivés dans son regard de bateleur qui n’oublie jamais ses origines et les nécessités de sa réussite.

« C’est moins la planète que l’homme qui est appelé à disparaître » 

LIVRE BOULOGNE 01

En 2012, les entreprises et affaires oubliées, Daniel Boulogne entreprend une toute autre aventure : relier avec sa goélette les deux pôles par le détroit de Béring, ce qui n’a jamais été fait. Il en tire un récit qu’il vient d’éditer. Avec l’ouverture du IVe sommet de la Terre, Daniel Boulogne témoigne dans cet ouvrage de ce qu’il a vu et constaté : « c’est moins la planète que l’homme qui est appelé à disparaître. » 

Provocateur, Daniel Boulogne a titré son livre : « Vive le réchauffement climatique ! » Boulimique dans son imaginaire fébrile, toujours prêt à s’aventurer entre deux histoires, entre deux passions, comme tous les mystificateurs il ne cherche pas autre chose qu’à se convaincre de sa propre existence, de son propre destin. Si l’on en croit Homère, la première mystification est sans doute due à Ulysse qui, grâce à son célèbre cheval a pu introduire dans Troie ses guerriers. Et l’Homme nourrit la direction qu’il donne à son existence au travers de sa capacité à imaginer et concevoir des réponses au sens de sa vie. Si l’on se réfère à Jules Verne, dans ses imaginaires et contes il y a, aussi, un homme de l’avenir, un symbole de l’anticipation, un lien entre le présent et le futur. Daniel Boulogne se situe entre ses deux pôles.

coriolis14 photo chap.35 NOME

La notion impalpable du voyage intérieur

DANIEL BOULOGNEDés lors, il devient raisonnable que Daniel Boulogne poursuive sa quête intime dans les rugissants et insondables océans qui sont autant de lieux à la fois mythiques et mystiques pour approcher ces propres questionnements. Qu’il en revienne avec des témoignages et un regard très personnel sur le fameux réchauffement climatique relève de l’intuition et du bon sens d’un homme aussi complexe que généreux. Ecoutons Daniel Boulogne : « Cette notion impalpable du voyage intérieur, celle des traversées aux longs courts, sans destination définitive et par là-même révélée au fil de la houle… »

C’est ainsi que, entouré d’une équipe, Daniel Boulogne s’est lancé dans cette aventure fascinante et imprégnée des récits de grands voyageurs, de grands découvreurs, ceux de Marco Polo, de Magellan. Il y a chez Daniel Boulogne, un côté Christophe Colomb, dans le sens où le résultat n’est pas forcément l’objectif du départ. Mais, il est entré dans son histoire en attendant d’entrer dans l’Histoire. Ce qui est propre de tout explorateur.

Ce n’est que le début de la fin

Durant trois cent cinquante-cinq jours de mer, Daniel Boulogne aligne trente mille miles nautiques, soit cinquante-cinq mille kilomètres, le tout en quatorze escales. Chaque étape est l’occasion de se plonger dans la réalité de la géographie et de l’histoire, des gens qui y vivent et qui parle simplement de leur vie, de leurs bonheurs mais aussi de leurs inquiétudes. Durant cette aventure des temps modernes, Daniel Boulogne a tenu en bon capitaine un carnet de bord, de routes. C’est à partir de ce dernier qu’il a dressé son propre état des lieux de la planète.  Et, en bon communicant, il a voulu profiter du IVème Sommet de la Terre qui s’ouvre à Paris pour lancer son cri qui n’est plus celui de l’alarme mais celui de sa détresse face à une planète qui est déjà dans le coma. Un cri de citoyen du monde qui ne regarde ni les frontières politiques, ni les petits et grands intérêts d’une humanité suicidaire.

4121676884

La terre continuera de tourner, la nature saura s’adapter, mais, sans les hommes

Etonnant récit qui laisse toute sa place aux anonymes autant qu’aux acteurs locaux rencontrés. Cette fois, contrairement aux découvreurs des temps anciens qui ouvraient des horizons nouveaux, Daniel Boulogne va cerner un monde qui se referme dans un nihilisme jamais exprimé. Ainsi, il dit : « Je voulais dire que les choses n’allaient pas trop mal et, dés la première escale,  j’ai déchanté, j’ai constaté tout le contraire de que à quoi je m’attendais naïvement. » Il conclut d’ailleurs son voyage ainsi : « C’est bien la première fois qu’on menace à ce point l’équilibre de la vie de la terre… D’ailleurs, la terre continuera de tourner, la nature saura s’adapter. Mais, sans les hommes. Tout s’accélère. Ce n’est que le début de la fin. »

Il espère toutefois que son témoignage participera à la dernière chance qui est offerte aujourd’hui. Son livre sera-t-il son Cheval de Troie dans l’égoïsme planétaire actuel ? Ou bien, sera-t-il un récit prémonitoire comme ceux, à leur façon, de Jules Verne ? 

Texte et photos : Pascal Serre

Vive le réchauffement climatique ! Daniel Boulogne, 259 pages, éditions Point rouge, 20 euros
www.expeditioncoriolis.org


 

Pour pouvoir commenter ce billet, vous devez vous identifier ou, si vous n'avez pas de compte en créer un en cliquant sur espace abonné en haut de page.

Les gazouilladesde Pascal Serre

Les larmes de Marianne

MARIANNE copie 2Même si l’automne frappe au carreau, entre le Pont de Beynac et la galerie Montaigne à Périgueux, les élections européennes passées et à six mois des élections municipales, je ne parviens pas à quitter mon hibernage politique. Et finalement, je m’y repose des coups bas, des trahisons et des hypocrisies. La politique, c’est toujours entre vice et vertu. Parfois les deux constituant les deux jambes de l’initié quitte à faire pleurer Marianne.

Lire la suite...

Mes bonnes adresses

IMPRIMERIE-FANLAC