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Micheline Perrier : une romance française

PERRIER MICHELINE01Dans une de ces maisons cubes gloires des années cinquante, rue John Kennedy, à Boulazac, masquant l’ancien baraquement bâti par les américains en 1917 et où elle a vécu son enfance, Micheline Perrier claironne son âge : 95 ans. Elle le sait trop bien, on peine à la croire. Il y a chez cette femme une pointe d’élégance dans ce regard qu’elle annonce brouillardeux mais qui pétille dans la pièce où sont amoncelées toutes les choses du quotidien. Oui, il y a l’empreinte d’une époque où les stars françaises se nommaient Michèle Morgan, Micheline Presle, ou Viviane Romance.

Née en 1921, à Périgueux, Micheline arrivera cinq ans plus tard dans un de ces baraquements laissés par les américains et que ses parents « Péotards » ont décidé d’acquérir. Elle apprendra la sténodactylographie et sera embauchée au Crédit Lyonnais, à Périgueux.

DSC 3487A l’été 1940 c’est l’effondrement de toute une nation. Micheline est sans travail. Elle va sur ses dix-neuf ans et ses parents, Émile et Marguerite, s’inquiètent pour son avenir. Un ami de la famille démobilisé et affecté au Service national des statistiques à Vichy lui propose de l’amener et de lui trouver un travail dans la nouvelle administration qui s’installe sur les rives de l’Allier. Nous sommes en septembre et Micheline arrive dans la ville d’eau où on lui propose d’entrer au Commissariat général de l’éducation physique que préside le joueur de tennis Jean Borotra ; la voici chargée de la revue quotidienne de presse et de la revue Héraclès qui est l’outil d’information de son administration.

Elle s’installe vaille que vaille dans un logement, à l’écart des grands hôtels où sont disposés les ministères. Ce sera une chambre réquisitionnée sans eau et sans chauffage ; mais, l’insouciance de la jeunesse la protège et, désormais, elle se rappelle avant tout de la vie culturelle qui était très dense et riche à cette époque.

L’hôtel Le Plaza était dévolu au Secrétariat aux sports où elle travaillait ; elle était à deux cents mètres de l’Hôtel du Parc où résidait un maréchal dont les objectifs étaient encore inconnus : Philippe Pétain. Elle le croisera parfois dans les promenades journalières qu’il effectuait avec une grande simplicité.

Plus de soixante-dix ans plus tard, Micheline Perrier avoue que ce fut, pour elle, une belle période. « On était entre jeunes, tous sortis de notre province et sans aucune formation politique, on ne se posait guère de question et Vichy était à l’écart de la guerre. On voyait très peu d’allemands. Ceux-ci devaient se promener en civil. Quelquefois, le dimanche, en vélo nous allions à la campagne cherchait de quoi manger mais jamais très loin. » Elle raconte, amusée, que bénéficiant de boites de pastilles Vichy, elle les revendait ou les troquait pour améliorer l’ordinaire de la cantine du ministère.

Elle s’était inscrite à la Croix-Rouge-Française située aux Bains Callou où elle avait suivi une formation afin de répondre aux besoins qui pouvaient surgir suite à des bombardements sur Clermont-Ferrand, ville industrielle toute proche.

03Durant ces quatre années, de Jean Borotra à Joseph Pascot, Micheline Perrier s’est attachée à son travail sans s’interroger. Aujourd’hui, elle avoue avoir été choqué sur ce qui était fait aux juifs et souligne : « vous savez, il n’y avait pas beaucoup de juifs à Vichy… On était dans un autre monde.»

Micheline Perrier continue : « les plus durs étaient ceux de la Milice de Darnand. C’étaient des peaux de vache. Un de notre bande avait été arrêté pour avoir un peu traficoté et il est revenu dans un état lamentable… »

Le 20 août 1944 alors que le maréchal a été arrêté la veille par les allemands et transféré dans l’est de la France et que sonne l’heure de la libération, Micheline Perrier se rappelle : « On était heureux. J’allais pouvoir rentrer chez moi. Mais, une voiture munie d’un haut-parleur nous a demandé de ne pas sortir car une colonne allemande arrivait sur Vichy. On ne l’a jamais vue et les résistants ont libérés la ville. Moi, après un passage à Boulazac, chez mes parents, je suis remonté quelques semaines plus tard sur Paris.»

Mannequin chez Callot Sœurs 

Micheline PERRIERMicheline Perrier est une grande et belle jeune femme en cette année de la libération. Le rédacteur en chef de la revue du ministère – Héraclès – lui avait dit de rentrer chez elle et qu’on la rappellerai dés que les services seraient installés à Paris. En janvier 1945 elle se retrouvait rue de la Bourdonnaye avec ses anciens collègues. 

Profitant de sa présence à Paris, elle tentait de faire du mannequinat. Elle débutera dans la maison de haute couture  Callot Sœurs – aujourd’hui Vionnet -  qui tient le haut du pavé dans la capitale et dans le monde. Puis, ce sera Nina Ricci. Malheureusement, Micheline Perrier n’étant pas du sérail et, peut-être trop fragile, elle est mise sur la touche. « Il y avait du monde à la porte et je n’avais pas assez de relations » précise-t-elle.

Au début des années cinquante, remarquée pour son élégance et sa prestance, elle fera du mannequinat, pour une maison Périgourdine, installée sur les boulevards, chez Madame Montagut. « Une maison de luxe pour les familles fortunées de la région » précise Micheline Perrier. Elle sera photographiée par les photographes de l’époque notamment les « Gauthier » et un certain Ralph Finkler connu aujourd’hui pour ses activités de résistance durant l’occupation.

Mettre Rastignac au féminin

Mais, en 1947, la roue du destin lui impose une maladie comme il y en avait beaucoup à la sortie de cinq années de privations ; elle revient à Boulazac, toujours chez ses parents ; elle a vingt-six ans. Pour Micheline, éclatante de beauté, contrariée dans son élan par une personnalité pas assez people, petite provinciale cherchant une raison à mettre Rastignac au féminin, la voici revenue à la case départ, celle d’un été effroyable et foudroyant que seuls peuvent juger ceux qui l’ont vécu. 

Une année plus tard, elle se marie avec un agent de la SNCF avec lequel elle restera jusqu’au décès de ce dernier à la fin des années quatre-vingt. Ils n’auront pas d’enfant mais adopteront une fille. Pour faire bouillir la marmite, Micheline Perrier travaillera jusqu’à sa retraite, comme comptable, dans différentes entreprises de Périgueux.

Micheline ne fréquentait guère les lieux de détente de Périgueux et elle a peu de souvenirs sur la guinguette de Barnabé : « Ce que je peux vous dire c’est que c’était une institution et ça fonctionnait très bien. »

Alors que la lumière décline au-dessus du 18 rue John Kennedy, Micheline veut évoquer sa maman, Marguerite Chastenet : « Elle était, à l’époque, une des femmes élues à la municipalité de Boulazac. C’étaient à la sortie de la guerre que Jean Lajoinie puis Lucien Dutard, communistes, le lui avaient demandé. Elle a même été adjointe. On s’en rappelle encore. Quand on m’en parle, je suis heureuse. »  

Des histoires qui font l’Histoire 

C’est l’hiver et le printemps arrive. Micheline est là, avec ses pages d’histoires et d’Histoire. Se mélangent dans ses yeux si mousseux les « boys » de 1917, la France éclatée de 1940, les espérances d’une jeunesse hissée au dessus de la défaite par un général et qui va se reconstruire, et même ce nouveau millénaire qui s’apprête à affronter de nouveaux défis qu’elle écoute sur sa radio tout au long de la journée. Presque espiègle, Micheline offre un café pour prolonger notre visite et, peut-être, nous dire de revenir.

Lorsque nous lui annonçons que son ancien patron à Vichy, Joseph Pascot – condamné au bannissement puis relaxé pour faits de résistance - était décédé en 1974, à Ribérac, tout prés de chez elle, elle était surprise ; elle ne savait pas car, comme beaucoup de ses contemporains, ceux de son temps, il fallait regarder la vie de face et ne plus s’attarder. En fait, une romance bien française qui se prolonge doucement et assurément dans ce quartier de la Cité Bel Air., 

Texte et photos : Pascal SERRE
Avec le soutien de la Ville de Boulazac
E
n savoir plus : Les amis de Barnabé


 

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