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Lysiane Labrot : à l’école de la vie

LL 02 02 Issue d’une famille de résistants et militants communistes, Lysiane Labrot, ancienne élue à la mairie de Boulazac, est une femme engagée, pétillante et volontaire. Du club des jeunes qu’elle a créé à celui des aînés qu’elle anime. Toute une existence qui s'enracine dans une époque où le Parti communiste français se voulait l'avant-garde du progrès.

En se promenant dans le quartier de la Cité Bel Air on ne peut pas manquer la place Marcel Labrot. C’est le grand-père de Lysiane. Il est né à Périgueux, en 1901, et décédé à Boulazac en 1956. Ce fut un militant syndical et politique, en un temps où le sens de l’histoire s’inscrivait dans l’engagement pour des valeurs, pour des idées et une certaine conception du monde. Une véritable école de la vie.

Une famille résistante

LABROT PORTRAITMarcel Labrot, employé à la Compagnie de chemins de fer du Paris-Orléans, quittera Périgueux pour travailler au Maroc puis dans le Nord de la France, quand le Front populaire fit les nationalisations et créa la Société Nationale des Chemins de Fer français où il sera roulant. 

Dans la nuit du 20 au 21 novembre 1943, alors qu’il conduit un train, il est victime d’un attentat par la Résistance et ses deux jambes sont sectionnées. Il achèvera sa carrière à Périgueux. Il entra au Parti communiste français au début des années trente. Proche de Jean Lajoinie et Lucien Dutard il deviendra conseiller municipal, puis maire-adjoint de Boulazac de 1947 à 1956.

Lysiane est aussi liée, du côté de sa grand-mère, une « Lacueille »,  à un autre résistant : Gabriel Lacueille. Ce dernier, membre du groupe de l’Armée secrète Roland, fut arrêté par les allemands dans un bar de Périgueux au printemps 1944 alors qu’il avait pris part à une tentative d’enlèvement du chef de la police allemande en Dordogne. Il fait partie des « 24 suppliciés » du 12 août 1944, une semaine avant la libération, dans les casernes du 35ème Régiment d’artillerie. Une rue porte son nom à Périgueux.

De même, la famille Labrot hébergea, naturellement, des familles d’alsaciens, réfugiés durant la guerre. On avait le sens des responsabilités et de la solidarité. On avait traversé le temps des grandes grèves, le Front Populaire,  la défaite de l’été 40, et les convictions mises à rudes épreuves ne faillirent jamais.

LABROT TRAIN 03

La forge de la Cité Bel Air

pifgadgetC’est dans cette forge que nait Lysiane, en 1951 sous le signe du poisson. Un 21, comme le chiffre de l’adresse familiale située rue des Belges, dans le haut du quartier, à la lisière de l’ancien camp américain. Si la mère était employée de banque à Périgueux, le père était secrétaire de la mairie, établie en annexe dans le quartier, là où actuellement se trouve la maison des associations. Le quartier de la Cité Bel Air était de loin le lieu le plus peuplé de la commune et ceci était naturel qu’il en soit ainsi. Lysiane se rappelle la ruche qu’était cette annexe composée de deux bureaux, d’un accueil et d’une salle de réunion. « C’était là que battait le cœur de Boulazac » dit-elle.

Alors, aujourd’hui installée à Château-L’Evêque, à quelques dizaines de kilomètres de la Cité Bel Air, l’ancienne Maire-adjointe de Boulazac, entre 1983 et 1989, de Lucien Dutard à Jacques Auzou, conserve toutes ses attaches et vient chaque semaine dans le quartier, au Club Sourire, qui réunit les anciens.

« Ma famille est arrivée dans les années trente à la Cité Bel Air. Je sais que dans la famille Lacueille on travaille durement pour acquérir quelques parcelles de maraîchage. Chez les Labrot, il en fut de même pour acquérir le terrain et construire la petite maison familiale. L’état physique de mon père, au lendemain de la guerre, ne lui permit pas, peut-être, de réaliser tous ses rêves. Mais, sincèrement, je fus une enfant heureuse. Le quartier était un gros village et nous y vivions entre nous au rythme des évènements familiaux. J’ai, bien entendu, fait toute ma scolarité dans les écoles de la Cité Bel Air. A l’âge de quinze ans j’avais créé un club de jeunes qui permettait de se retrouver autour d’activités. Maintenant, ce ne serait pas possible. Chacun vit replié sur soi. »

Alors, aussi, Lysiane se rappelle des lieux magiques qui constituent aujourd’hui un imaginaire, une identité propre au quartier. Si elle avoue ne pas avoir vraiment usé ses fonds de jupes à la Guinguette – « c’était plutôt pour les parents » dit-elle – si le Moulin Rouge est tout aussi nébuleux, Lysiane se rappelle l’intense vie qui régnait autour des nombreux bars, épiceries et autres commerces : « Tout cela a disparu à partir du début des années soixante-dix » semble-t-elle regretter. Elle se rattrape quand elle raconte les fêtes du quartier avec les forains, les bals, les retraites aux flambeaux, les courses cyclistes organisées par les riverains et toujours avec le soutien de la municipalité.

Un boulot dans le monde bancaire à Périgueux, un mariage, un enfant et puis la vie façon Jean Ferrat : « Pouvoir encore partager, ma jeunesse, mes idées… » Venu, le toujours embusqué temps des épreuves qui s’accompagne de solitudes, elle quittera son quartier pour la campagne. Mais, elle restera très présente dans la vie associative et assure aujourd’hui le secrétariat du club Sourire qui réunit les anciens de la commune.

L’ambiance enfumée et enfiévrée de la « Cellule »

vaillant01Enfant, Lysiane a lu le journal tutélaire du PCF, « Vaillant », pendant que ses parents lisaient  « l’Humanité ». Elle se rappelle les réunions de « cellule », celle du « Parti », celle de Boulazac, celle de la Cité Bel Air dans les faits, puisque l’ambiance enfumée et enfiévrée des rassemblements s’enflammait dans la salle de réunion de la mairie annexe. C’est un des ADN du quartier que cette filiation entre le monde ouvrier et celui qui fut le premier parti de France. « C’était, explique Lysiane, la cellule la plus importante du département, la puissante figure de Lucien Dutard amenait là, tous les caciques du département et même de Paris, quand le temps des élections se profilait. »  Le parti, à cette époque, ne pouvait être qu’une affaire de famille, une lutte aux avants postes du progrès et la plupart des militants, la main sur le cœur, ne se souciait guère des enjeux politiciens. C’est aussi l’époque du Secours Populaire français qui œuvrait sur le terrain à l’amélioration matérielle des familles. C’était, encore, le temps des Amitiés France-URSS, avec ses conférences et ses voyages, dont, au final, peu bénéficiaient. Il y a dans le propos de Lysiane les mots de Jean Ferrat : « C’est un joli nom camarade… » C’est aussi, dans ce champ clos de la Cité Bel Air, le récit de Michel Buenzod – Le temps des camarades – récit d’un itinéraire communiste de l’antifascisme au titisme.

La dernière fête

Mais, c’est en 1983, à trente-trois ans, que Lysiane prend sa carte, pour se lancer dans la bataille des élections municipales sur Boulazac : « C’est Lucien Dutard et Jacques Auzou qui m’ont convaincue. Ce fut une belle victoire et un travail harassant, mais exaltant. J’avais la charge des affaires sociales et j’ai pu aussi suivre la gestation du quartier de l’Agora qui, de mon point de vue, est une réussite exemplaire. » Lysiane reconnaît que cette révolution urbanistique et historique a été un choc pour le quartier de la Cité Bel Air qui perdait sa prépondérance et s’est assoupi durant deux décennies. La dernière fête date de 1984 ; cette année-là, elle a été déplacée au nouveau centre-ville Agora. Lysiane reprend : « lorsque je vois tous les travaux actuellement engagés je crois pouvoir dire que c’est une façon de rééquilibrer les choses ; c’est, je crois, la première fois que je vois autant d’intérêt porté à ce quartier qui a su, aussi, conserver une grande partie de son identité. »

Radio Front populaire

Il y a de la nostalgie, lorsque Lysiane évoque Lucien Dutard, maire tutélaire, le patriarche, qui selon elle, écrivait des chansons pour Brel et Brassens. Il y a aussi de la mélancolie  lorsqu’elle se rappelle qu’elle « connaissait tous les gens et tous les… chiens de la Cité Bel Air », lorsque, encore, elle se remémore les « ranchs » de la rue des Belges aujourd’hui disparus, lorsque aussi, surgit l’image de cette femme, une voisine un peu trop portée sur le vin blanc et que l’on ramenait fraternellement chez elle. Enfin, les gens du voyage, très croyants qui passaient pour leur commerce et faisaient à chaque passage un don et des prières pour l’enfant trisomique d’une famille du quartier. La couleur sépia se détache, mais sans éteindre la couleur de braise qui scintille dans les yeux de Lysiane.

fete parti communiste lalinde 1945

Cette femme vaillante, les cheveux en bataille et le cœur assez joyeux pour s’affranchir des doutes sans lendemain, passionnée par les animaux,  se rappelle-t-elle la figure ineffable et pleine d’humour du chien Pif ? Mais aussi  de Jean-Pierre Gavroche – "Grêle 7/13" - un héros reconnaissable à ses taches de rousseur  7 sur la joue droite, 13 sur la Joue gauche – figure emblématique d’une résistance bien ordonnée en noir et…rouge qui fit les heures de gloire de la presse enfantine entre 1952 et 1969 ? Tout autant, reste-t-elle guidée par le Feu de joie d’Aragon ? Assurément ! On aimerait glisser à Lysiane les derniers mots du poète à l’attention d’Elsa : « Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent ; moi, je voyais briller au-dessus de la mer les yeux d’Elsa, les yeux d’Elsa, les yeux d’Elsa. » Poussière d’une éternelle étoile de ce quartier de la Cité Bel Air décidément si solidement ancrée dans son histoire qui ne peut être que celle d’une humanité toujours en errance.

Texte et photos : Pascal SERRE


 

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