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Christophe Habas : « Vos âneries suffisent ! »

DSC 5131Le Grand Maître du Grand Orient de France, Christophe Habas, était l'invité du campus Périgord de Périgueux, pour une conférence publique sur la radicalisation et la laïcité. A l’opposé des meetings spectacles et des éléments de langage, il a cherché à éclairer sur une société atomisée. Ambiance et décryptage en marge des populismes et de l'information en continue.

 

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La salle du Campus Périgord de Périgueux n’avait rien d’un meeting électoral avec des militants survoltés, des bannières enflammées, des chants martiaux et des éléments de langage étudiés. Avec ses 120 auditeurs face au conférencier, on était plus proche du café littéraire, avec une parole qui circule dans le cœur et dans la tête faute d’irriter les tripes révolutionnaires.

Ne croyez pas Christophe Habas, le Grand Maître de la principale obédience maçonnique – le Grand Orient de France – sans convictions et talents pour les partager avec son public. Ce serait même le contraire. Sauf que, il fait appel à d’autres codes pour poser les questions et apporter des réponses qu’il entend enrichir par l’échange sans chercher quelque pouvoir sur les esprits. Ce n’est pas le chemin le plus simple dans un monde au bord de l’implosion et de la désagrégation.

La conférence était publique et l’on pouvait noter la présence de l’ancien maire de Périgueux, Michel Moyrand qui s’éclipsa pour retrouver Marylise Lebranchu en concert à l’autre bout de la cité ; Michel Delpon, animateur de « En Marche », macronniste bergeracois de la première heure, glissant son mentor à l’issue de l’intervention et recevant des sourires polis en réponse. Pour le reste, des jeunes, des étudiants attentifs, quelques acteurs plutôt progressistes de la vie locale et, vraisemblablement, quelques maçons en quête de sens pour leur engagement.

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Face aux attitudes nihilistes sans issues, Christophe Habbas a développé les outils qui libèrent. 

Christophe Habas, un des « pontes » de l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris, élu Grand Maître du GODF en aout dernier, 50 années soignées, cultive presque comme un bouddha la réflexion et l’action. L’hologramme n’est pas de rigueur et les mots sonnent justes et forts. A condition de faire l’effort de sortir du populisme offert par le Veau d’or sur un plateau d’argent… sale.

Radicalisation et laïcité étaient les deux thèmes retenus pour engager une réflexion face à l’atomisation de ce scrutin présidentiel qui sera suivi par celui des législatives. Face aux attitudes nihilistes sans issues, Christophe Habbas a développé les outils qui libèrent. 

«Un monde inextricable se démène sous notre crâne pour essayer de faire de nous des citoyens» explique ce médecin spécialiste en radiologie, éminent professeur d’imagerie cérébrale. L’utopiste assumé dont il se revendique n’est pas exempt, au contraire, d’une clairvoyance qui s’appuie sur les raisons géographiques, historiques, économiques, sociologiques, philosophiques et même psychanalytiques. Au cœur d’une modernité aussi universelle qu’intime, Christophe Habbas, avec une voix aussi olympienne que paisible ne plaide pas, il ouvre des champs d’action pour ses auditeurs parmi lesquels, humblement, il considère se situer.

Les « blessures narcissiques » de la société libérale

DSC 5143De la laïcité qui repose sur la liberté absolue de conscience à la radicalisation qui trouve ses origines dans les « blessures narcissiques » d’une société qui vit sur les désirs de notoriété, de puissance, de biens et de services auxquels on n’a plus accès, se refusant à ce nihilisme trop bien incarné par la jeunesse qui cherche une épopée dans le djihadisme et autres postures, Christophe Habas dénonce les dirigeants au marketing électoral dévoyé.

La radicalisation est l’expression d’une violence du désir inassouvi. Et le Grand Maître de souligner le syndrome des campus universitaires qui voient des jeunes sans aucune idéologie et but mener des actions mortelles. C’est le signe d’une atomisation d’une société libérale au sens économique et sociétal qu’il faut prendre en compte. La facilité, le populisme, c’est de réduire cette situation à une confrontation religieuse qui nourrit le système binaire développé après la chute du mur de Berlin.

Devons-nous comprendre que la radicalisation et la laïcité sont devenues des « marchandises électorales » permettant de contenir le citoyen dans une ignorance ? Cherche-t-on à nous instrumentaliser pour entretenir un  modèle de société proche de Sodome et Gomorrhe ?

Christophe Habas apporte aussi des points de vue et des analyses sur la place des femmes, sur la médiasphère et les réseaux sociaux dont il dit qu’ils contribuent à la radicalisation et donc à la désagrégation de l’humanité.

L’Homme a besoin d’une épopée, d’une éthique et d’une morale qui donnent un sens à chacune de nos existences dans un espace et une histoire universelle. Est-ce là une forme de mondialisation, celle des esprits, des cœurs, des cultures ? 

 « Il faut leur rentrer dans le lard ! » 

 « Nous avons été trop complaisant avec les politiques » lache-t-il ; et, interpellant ceux-ci par un tonitruant « Vos âneries suffisent ! » Christophe Habas s’adresse à l’auditoire : « Il faut leur rentrer dans le lard ! »

On comprendra que cette formule plus sanguine est davantage proche de la fessée donnée à un enfant qu’à une exhorte révolutionnaire à l’adresse des élites. Mais, elle n’en sera pas moins énergique et salutaire.

C’est par l’écoute fraternelle qui donne à l’intransigeance sur les valeurs républicaines toute sa légitimité que Christophe Habas engage sa démarche. Cette écoute, bienveillance naturelle, demande un travail inlassable sur soi-même. On fait le ménage chez soi avant de prétendre le faire chez les autres. Les francs-maçons disent bien d’eux qu’ils travaillent sur leur propre pierre brute et que seul l’exemple prévaut sur toute autre considération.

On le comprendra, la franc-maçonnerie n’est pas la voie la plus simple pour tenter de s’éclairer et contribuer au développement d’une société meilleure, plus juste et, pourquoi pas plus parfaite. On prétend aussi que le temps maçonnique est différent du temps profane. Véritable lampe à huile, Christophe Habas, a éclairé l’auditoire en considérant ce dernier comme l’huile nécessaire à l’éclairage d’une époque décidément bien sombre.

Texte et photos : Pascal SERRE


 

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