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La mort viendra et elle aura tes yeux

jean francois torelli ancien mandataire liquidateur en charente et dordogne est decede ce vendredi a la prison de gradignanCondamné à trois ans de prison ferme, placé sous mandat de dépôt à l’issue de l’audience, l’ex-mandataire judiciaire Périgordin, Jean-François Torelli, est mort d’un arrêt cardiaque lors de son arrivée à la maison d’arrêt Gradignan. Ce qui pourrait être un fait divers, met un terme dramatique à la vie d’un homme qui régna sur le monde économique de la Dordogne mettant un point final à nombre d’entreprises et, parfois, d’entrepreneurs étranglés par une justice commerciale en forme de roulette russe.

On ne reprendra pas la terrible litanie des affaires (1) qui rythmèrent les Tribunaux de commerce de la Dordogne dont un, celui de Sarlat, fut même… liquidé. Une vague histoire entre le Président, François Carrier, qui reprenait la télévision Aqui TV. Celui que l’on désignait comme « le Tapie Sarladais » aurait confondu les rôles. Dans le même temps, une mandataire judiciaire de Périgueux, Jacqueline Martin, était incarcérée pour des détournements. Plus près, en janvier 2019, Pascal Pimouguet, mandataire judiciaire à Périgueux et Bergerac encourait une suspension qui s’est transformée en blâme pour avoir cogéré une société civile immobilière avec l’ex-président du tribunal de commerce de Bergerac, lequel avait démissionné en janvier 2018. Si l’enquête préliminaire et les contrôles du Conseil National des administateurs judiciaires et mandataires judiciaires au sein de l’étude de Maître Pimouguet n’ont pas révélé d’irrégularité, l’association du mandataire et du président prêtait le flanc aux critiques de partialité.

A Périgueux, le tribunal de commerce surveille de prés le mandataire

jean francois torelli en 2015 a angoulemeEtonnament, alors que Jean-François Torelli se trouvait face à des soupçons puis des procédures en Charente où il possèdait une « étude », à Périgueux, le président du tribunal de commerce de l’époque clamait la main sur le coeur « ne pas se sentir concerné : «  A Périgueux, le tribunal de commerce surveille de prés le mandataire. Des problèmes mineurs ont été constatés, mais pas aussi graves que ceux qu’on lui reproche à Angoulême ». On aurait aimé connaître ces « reproches mineurs ». Mais on sait trop bien que la justice a aussi son omerta. Et puis, combien on voudrait le croire. En 2011, alors que Jean-François Torelli traitait 162 dossiers sur Angoulême, la juridiction commerciale de Périgueux lui confiait pas moins de… 600 dossiers. La machine à laver était plus efficace sur les terres de Montaigne que sur celles de Jacques Chardonne. Combien de liquidations auraient-on pu éviter ? De là à surnommer Jean-François Torelli de « liquidator » le grand public, entre deux portes, y allait de ses humeurs et rumeurs qui n’atteignaient jamais le membre de l’association gastronomique et fraternelle de la Confrérie de la tête de veau et de divers officines caritatives. On évoquait même que des petites mains de la Franc-maçonnerie lui assurait une totale impunité.

Pour toucher le pactole, il avait actionné un mystérieux article, l’article 84 du code de commerce

L’affaire Torelli » avait démarré en 2011, quand la justice avait découvert qu’il avait empoché indûment près d’un million d’euros dans les dossiers de liquidations de dix-huit entreprises. Des dossiers des années 70 et 80 repris à un ancien administrateur judiciaire, et dans lesquels il avait été désigné par le tribunal de commerce. Pour toucher le pactole, il avait actionné un mystérieux article, l’article 84 du code de commerce, réservé aux syndics et qu’il n’avait pas le droit d’utiliser. Pour utiliser cet article, il devait avoir l’accord des débiteurs. Et là, surprise : sur certains documents avait été découvert la signature de débiteurs décédés. D’autres, bien vivants et dont le paraphe a été retrouvé, assurant n’avoir jamais rien signé. 

Quelle que soit le personnage, il a payé le prix le plus extrème, celui de la mort

C’est tout le petit monde de la justice commerciale Périgordine qui pouvait se voir éclabousser par les soupçons et les procédures de celui dont on prétendait qu’il « faisait la pluie et le beau temps ». Il n’en fut rien. La main sur le coeur, l’omerta en bandoulière, une étonnante probité exaltée par d’exceptionnels sages qu’étaient les juges consulaires et le greffier, aujourd’hui maire-adjoint chargé du commerce à la Ville de Périgueux, continuaient à « soutenir » notre « liquidator » périgordin.

Pendant ce temps, la mine généralement renfrognée, Jean-François Torelli faisait tranquillement ses commissions sur les marchés de la ville, occultant les bruissements qui suivaient sa trajectoire sans faille et sans reproche. Dans l’arène du tribunal de commerce on a peut-être tremblé, et la mort de Jean-François Torelli met un terme aux éventuels dégats collatéraux qui auraient pu l’atteindre. La fin dramatique d’un homme qui se croyait intouchable et savait entretenir les réseaux locaux ne doit pas nous faire oublier que ce sont les juges qui signent les ordonnances guidées par les actions des mandataires judiciaires. Quelle que soit le personnage, l’ancien mandataire judiciaire a payé le prix le plus extrème, celui de la mort.

Ces milieux plus proches du funérarium que de la maternité

michel verneuil au centre veut desormais que leon epaule les chefs dentreprise en difficulteAyant subi la violence d’une liquidation arrangée par Jean-François Torelli et contre signée par les juges du tribunal de commerce de Périgueux, je suis ému par cette fin qui redonne une épaisseur humaine qui fait tant défaut dans ces milieux plus proches du funérarium que de la maternité.

Davantage qu’un mandataire judiciaire, Jean-François Torelli était un liquidateur âpre au gain, hautain auprès des faibles et miséricordieux avec les puissants. Depuis de nombreuses années celui-ci ferraillait durement avec l’association angoumoisine de Michel Verneuil Léon 16 qui avait jeté l’éponge en 2014 disant : « Si on peut tourner la page, c’est que 2013 a été charnière avec la radiation de Jean-François Torelli. Aujourd’hui, enfin, on peut travailler en confiance avec tous les mandataires judiciaires de Charente ainsi que le président du tribunal de commerce. » Michel Verneuil qui n’imaginait nullement une fin aussi dramatique pour sa cible préférée.

J’aurais toujours en mémoire mon face à face, en cette fin d’automne 2006, avec Jean-François Torelli tapotant de sa main droite sous la table qui nous séparait et tout en prenant du recul me lâchant : « vous me donnez dix mille euros et votre affaire est conclue. » Je répondais par la négative ce qui entrainait une saillie dont je ne mesurais pas la conclusion : « Je vous ferais tout bouffer ; il ne vous restera rien si ce ne sont les yeux pour pleurer. Je vous donne jusqu’au 9 novembre. »

Une parodie de justice, un déni de justice

Je résisterais trois ans avant de m’effondrer sous les coups de Jean-François Torelli, d’un procureur bien préparé, et des juges qui courbaient la tête dans les papiers fournis par leur thuriféraire du moment. Mon avocat s’insurgea et clama que « c’était une parodie de justice, un déni de justice. » La morgue de Jean-François Torelli était palpable, visible, comme un homme qui connaît déjà la fin. Le Président demanda à mon avocat de se taire où il faisait appel à la force publique. Dès lors, Jean-François Torelli pouvait faire valoir une liquidation qui mettrait au final 11 personnes au chômage. Lui, selon ce que j’ai pu savoir, il aurait empoché cent mille euros… En toute légalité faut-il préciser par le blanc-seing des juges.

Mais, finalement, avec sa mort, c’est l’essentiel qui a repris ses marques, celles d’un homme qui, comme l’a écris Cesare Pavese dans son livre posthume Le métier de vivre : « Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer tes faiblesses sans que l’autre s’en serve pour affirmer sa force. »

Pavese se suicida, le 27 août 1950, dans une chambre d’hôtel de Turin, laissant sur sa table un dernier texte : « La mort viendra et elle aura tes yeux », lequel s’achève par cette interpellation : « Assez de mots. Un acte ! »

Dois-je penser que c’est ainsi qu’il me faut imaginer le dernier acte de Jean-François Torelli ? Si c’était le cas, la sortie serait honorable et respectable.

 

Photos : Sud-Ouest / Texte : Pascal SERRE

(1) Faits divers, la parabole du publiciste et du hamster, Pascal Serre, éditions Guillemets, 2013.


 

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