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Françoise Caillé : sculpteur de bonheur

 Pénétrer dans l’atelier d’un artiste c’est, quelque part, entrer dans un paysage intime, donc aux langages secrets et multiples. Il faut à la fois se hisser et contourner les apparences, ne pas contrarier les silences et les vides mais, au contraire, mesurer combien ils sont complices de cette rencontre toujours improbable entre l’artiste et soi-même. En ouvrant ainsi son atelier en cour d’aménagement et dans lequel, déjà, elle peint et sculpte, Françoise Caillé aussi impénétrable que pétillante ne cède pas à la facilité même si cette posture est avant tout une courtoise bienveillance, aussi naturelle que ses mots, ses sourires, ses gestes.

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L’aventure créatrice est un travail sacré

DSC 0069Il y a dans ce face à face du Voltaire et du Rousseau mais point de Proust. Françoise Caillé ne veut pas être à la recherche du temps perdu. Tout comme, chez elle, les noirs virages de la vie cèdent devant la ligne blanche et droite du bonheur toujours fragile et incertain. Sa peinture ? Elle en sourit sans trop la dévoiler. Elle préfère ses sculptures, sa façon de modeler la vie en plusieurs dimensions. Comme elle est, comme elle dessine, peint et sculpte sa toujours improbable rencontre avec la vie et le destin.

Il n’y a chez François Caillé une élégante féminité faite de points virgules et de petits points en suspension ; jamais un point final. L’aventure créatrice est un cabinet de réflexion intime qui se livre qu’à lui-même ; parfois mais rarement en dehors du travail sacré de l’artiste.

Présidente de la Société des Beaux-Arts de la Dordogne

Pline l’Ancien faisait remarquer dans son Histoire de l’Art, « pinxere et mulieres » - les femmes aussi ont peint. En France, Catherine Girardon fut la première femme admise à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, 15 ans après sa création. Les anciens attribuent la première idée de la peinture à une femme : la fille du potier Dibutades aurait dessiné sur un mur le profil de son amant en suivant l'ombre projetée par la lumière d'une torche. Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir les femmes se dédier à la peinture sans que cela fasse scandale.

Alors, bien sur, lorsque l’on vient demander à Françoise Caillé de présider la vénérable Société des Beaux-Arts de la Dordogne, elle ne voit que le visage de ses copains, ceux de hier et d’aujourd’hui. Les honneurs ne sont pas dans son dictionnaire. La Société des beaux-Arts du Périgord a été fondée en 1885 ; c’est l’une des plus anciennes sociétés d’artistes de France ; elle ne compte pas moins de 120 sociétaires ; elle ne voit là qu’un signe pour, comme elle a bâti sa vie, donner un coup de main.

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Une voluptueuse et secrète passion

DSC 0074Durant l’été 1990, déjà, elle ouvre une galerie d’exposition, rue de la sagesse, à Périgueux. Trois ans plus tôt elle entre à la Société des Beaux-Arts du Périgord pour apprendre, découvrir et surtout échanger. Elle est comblée par le face à face avec elle-même et ses amitiés entretenues. La jeune femme qui rêvait à Auguste Rodin alors qu’elle était gardienne au Musée de l’Échevinage de Saintes traverse le présent avec fougue, passion et une étonnante délicatesse.

Avec son mari, Gérard, l’homme de sa vie, elle a succombé de nombreuses années à sa folle énergie qui les a amenés, tous deux, à entretenir sur Périgueux, des tables qui sont entrées dans la légende de cette ville de province qui est devenue la complice de leurs esprits entreprenants. Aujourd’hui, c’est le « Jaune poussin ». Elle n’a jamais lâché sa voluptueuse et secrète passion pour l’expression artistique. Son jardin secret. 

A l’automne dernier, la Société des Beaux-Arts du Périgord lui décerne son prix de sculpture. La voici étonnée et elle reçoit la chose avec une nécessaire précaution.

Ancienne disquaire elle chante et créée des mélodies et sort, en 2006, un CD de 12 chansons intitulé « Oui, j’ai craqué ». Il y a chez elle un voile pudique et raffiné qui pose un style de vie qui est fort éloigné des apparences pour celui qui se fait discret dans le dialogue. Elle aime le son de l’orgue de barbarie. On ne lui demandera pas pourquoi car, déjà, on sait qu’il évoque une douce mélancolie qu’elle écarte toute agile à se dresser pour sourire, rire d’un rien et comme on dit aussi, de tout. Une pédagogie du bonheur qui passe par les sentiments épelés, trait après trait, couleur après couleur, forme après forme. Chaque œuvre ne peut être que la mémoire d’une vie.

L’art est aussi une technique, une rude et longue épreuve entre l’esprit et la matière. Françoise Caillé a une prédestination pour le modelage car elle avoue "aimer transformer". Elle travaille le fer, le papier mâché, le plâtre et élabore une composition aussi hermétique que peut l’être un destin et entame un nouveau voyage : son aventure du bout du monde. Henri de Monfreid, le grand voyageur écrivait : « N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. » Le regard, donc l’œuvre de Françoise Caillé s’inscrit dans cette lignée. L’inexplicable est au centre de ce voyage et c’est lui qui donne ce surcroît qui s’appelle aussi le supplément d’âme.

Texte et photos : Pascal Serre


 

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