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Ma cabane au Chanada : le songe du Pétrocore surréaliste

Il est midi plein. De la minuscule route qui serpente entre les deux coteaux qui la bordent on se laisse guider par la traînée d’une fumée qui s’élève paresseusement vers le ciel. C’est là, entre le plateau de Escornebœuf qui abrita le sanctuaire de la déesse tutélaire des Pétrocores et le plateau de la Boissière, ancien camp fortifié de ces intrépides gaulois, que les comploteurs de l’archéologie moderne se sont réunis. Chez le « Mitch » comme l’appelle Jean-Jacques Dallemand. Le « Mitch » ? Un bourlingueur qui a posé son baluchon dans un espace où l’alchimie de la bonne chère et des vins les plus fous soumettent le profane à l’art de la convivialité. Il y a là du Robinson Crusoé et du Vatel, du Voltaire et du Gavroche.

Jean-Jacques est déjà là entouré de ses complices, Christian Chevillot, archéologue Protohistorien et Jacques Teulet, peintre de son état. Ils sont, tous trois, à l’origine de cet essai à l’alchimie joyeuse : Ma cabane au Chanada. Jean-Jacques est un esthète surréaliste qui a déjà quelques essais en librairie. Des essais qui déconcertent car ils associent mythes et symboles dans une fresque poétique presque invraisemblable.

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L’encre éclaboussée 

DSC 1018Jean-Jacques Dallemand est à lui seul un univers fait d’alchimistes à l’image de Cheng Rong de la dynastie Rong et maître de la technique chinoise de « l’encre éclaboussée ». Devenant dragon lui-même, le Maître peignit son œuvre en crachant de l’eau, en trempant son bonnet dans le l’encre et en le traînant sur un long rouleau de quinze mètres de long pour figurer le bouillonnement des nuages de pluie.

Il y a des sans ses écrits des projections inconscientes, oniriques et donc si proches d’un monde que le profane affublerait d’imaginaires mais que, le lecteur assidu, exercé à l’effort, cherchant l’Esprit humide ardent et froid, brillant des étoiles, transformera en révélation. Jean-Jacques Dallemand se refuse à la règle, à la norme. Sa psyché est fuyante, comme le clair de lune et l’aube projettent dans un sens symétrique et contraire, des visions qui font de son voyage une sorte de Nouvelle Héloïse. Les philosophes du voyage pensent à partir de l’homme, selon l’homme et pour l‘homme. Et le voyage de ce poète incommode se promène entre deux questions, deux sermons et beaucoup de leçons. Même si, dans ses textes il masque cette fragilité par ses expressions de béotien qui peuvent irriter mais jamais laisser indolore. Même si je ne partage pas son sens de l’ironie, blessante au plébéien que je suis, je viole son regard translucide et je pense à Victor Hugo qui dit :  « Ô voyage, départ quand on avait vingt ans, Clefs des champs, sacs de nuit faits à la hâte, Ô temps où l’on voyageait à deux ». 

Et Ma Cabane au Chanada confirme cette posture. Impétueux, présomptueux volontaire, parfois sombrement reptilien, Jean-Jacques Dallemand est plus qu’un poète, davantage qu’un éclaireur, une sorte de visionnaire qui esquisse des mondes nécessairement imprécis.

Un questionnement sur la société

DSC 1008Comme l’écrit son préfacier du moment, Christian Chevillot : « Jean-Jacques Dallemand, écrivain surréaliste nous force ici à un questionnement sur la société. » A sa façon et avec sa gouaille de citoyen agitateur d’idées il interpelle le petit monde des élites Périgordines autour de ses étoiles qu’il voudrait tant partager. Chaque sujet est traité comme un sketch tout droit sorti de ces films italiens des années d’après-guerre. Une unité de lieu et de temps s’accordant aux jeux de mots et de lettres d’un fou chantant qui ne succombe jamais à la grisaille. 

Jean-Jacques Dallemand brouillonne sa vie et ses expressions. Dans cet enchevêtrement de connaissances aux apparences trompeuses et aux lectures multiples je revois encore Henri Nhi Barte, psychiatre et ses conversations avec la folie intime. L’Eloge du pays Vésunien plonge dans cette folie poétique qui devient la norme du génie.  Alors, je retrouve Raymond Queneau lui aussi aspiré par ces espaces infinies et indispensables que sont les poètes et dont il tira Les enfants du Limon. Est-ce là que le candidat à la bouche cousue que l’auteur m’invite à être va s’immerger dans cette première partie dédiée à la divinité grecque Mania ? « La folie du mystère est la folie de l’absence » dit l’auteur… Le comédien aux précieuses vanités sait mieux que quiconque que nul éloge n’est éternel, que le superlatif masque la fragilité, que la dithyrambe distrait de la vacuité des choses et des gens. Est-ce ainsi que l’on doit affronter la seconde partie de ce conte philosophique appelé Les scènes vides ?

Classer le site au Patrimoine mondial de l’Unesco

Esthète de la dissertation, Jean-Jacques Dallemand se lance avec sa Cabane au Chanada dans un combat homérique : faire classer les deux collines tutélaires que sont La Boissière et Escornebœuf mais aussi le petit vallon qui les relie au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est ici que s’explique la présence du Protohistorien Christian Chevillot, caution indiscutable qui travaille sur le site depuis plus de trente ans et qui a mis au jour les traces du camp retranché et du temple des Pétrocores, aïeux des Périgourdins d’aujourd’hui. Et les deux compères, pourtant si différents dans leur approche, se complètent pour aiguiller cet ambitieux chantier.

Déjà, Jean-Jacques Dallemand avait commis un précédent ouvrage – Éloge du Pays Vésunien – où déjà il dévoilait sa passion pour cet espace feutré, presque oublié. C’est ainsi que les deux hommes se sont approchés. Tous deux, à leur façon, sont des chercheurs et des créateurs de sens. Il y a le poète et l’ingénieur.

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Vésunien plus que Périgourdin

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Jean-Jacques Dallemand, Vésunien plus que Périgourdin, que l’on jugerait prétentieux par inculture, maladresse ou plus simplement par paresse, culbute les mots, jongle avec le temps et les grands auteurs, dérègle et farfouille les belles lettres, trouble les mythes assoupis par les dogmes conventionnels et leur donne des destins tout aussi imaginaires, supposés que véritables. Et dans son monde à la fois imaginaire et palpable se retrouvent les personnages qu’il aime ou qu’il courtise sans pour autant être attaché à un autre prince que lui-même. 

En parcourant les mots et leur assemblage  de cette Cabane au Chanada on peut retrouver une influence Célinienne, le pessimisme et le reste en moins. Il faut dire que Jean-Jacques, comme le solitaire de Meudon, a une passion pour les chats et leur à consacrer son premier travail –Carina & ses chats. D’ailleurs chez le « Mitch » - on y revient – il y a pas moins de vingt-six matous bien engraissés et totalement affranchis ; comme les compagnons de table qui s’y retrouvent.

Il est quinze heures trente et le Limoncello – maison – de Christian emplit les verres à vin presque immodérément. Jean-Jacques ouvre une nouvelle fois son livre ; cette fois, sur le dernier comice. Ah c’est que le bougre trouve l’idée du maire de Périgueux extraordinaire. Il a écrit dessus et dedans. D’ailleurs, à la fin on peut lire : « Dernier comice agricole du siècle. A ton âge tu ne sais donc pas lire. »

Oulala ! Mais où nous amènent-ils ?  Peut être faut-il tout simplement sa laisser aller à la facilité et partager cette créativité débordante. Oui, Jean-Jacques déroute et oblige son lecteur à faire du sablier du temps un compagnon indispensable. Dans une société en implosion, après Éloge en pays Vésunien, Ma Cabane au Chanada nous ouvre une récréation ou, peut être, une re-création. Entre le gris et le noir du moment c’est peut-être une façon de dessiner un espace blanc. 

Texte et photos Pascal SERRE

Ma cabane au Chanada, Jean-Jacques Dallemand,  Editions Lazarillo, 48 pages, 10 euros.


 

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