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Le Périgord des Trente Glorieuses vu par Gérard Fayolle

Si Gérard Fayolle évoque les Périgordins de l’après-guerre par « ils partaient à la conquête du monde » et «  se récitaient les verbes irréguliers ou la tirade du Cid » c’est parce qu’il entend rendre hommage à une civilisation, celle du monde rural, de l’Occitanie aussi, ces « cent fleurs en héritage » que nous avons bien du mal à entretenir aujourd’hui. Pour comprendre et partager cette plongée dans le Périgord des Trente Glorieuses il faut tout d’abord approcher l’auteur.

Une sagesse tranquille, qui se refuse aux trop grandes lumières

1ere de couv trente glorieusesGérard Fayolle est un contemplatif. Patient, silencieux aussi, équilibré, méthodique, c’est un solitaire. Il y a, chez lui, une jouissance terrienne qui autant d’importance à l’indépendance qu’à la passion. C’est indéniablement un conservateur, cultivant une sagesse tranquille, qui se refuse aux trop grandes lumières de la société. Gérard Fayolle est l’anti « Bling-bling ».

Ce n’est pas un meneur d’hommes mais une sorte de totem à disposition de ses contemporains pour réduire les épreuves sans pour autant prétendre à les résoudre. Sa lucidité, sa clairvoyance sont celles du cœur et de l’âme, et ne s’imposent pas. L’aventure, il laisse aux autres le soin de la dessiner ; il se réservera le soin de l’adopter, ou pas. Son sens du consensus est une élégante et prudente courtoisie envers les autres, leurs idées autant que leurs émotions. Ce souci d’accord entre les esprits et les cœurs ouate un caractère assurément ferme dans ses convictions qu’il préfère voir partager plutôt qu’imposer.  Convictions ? Oui, celle de l’immuabilité et de l’universalité alliance de l’Homme et de la nature. Pour le reste, tout ne pourrait être que vaine et médiocre  ambition.

Gérard Fayolle n’a pas choisi l’étude des belles lettres comme d’autres entrent à Sciences-Po ou dans une école de commerce. Non, l’homme a pu concevoir ce choix que guidé par ses racines paysannes et la proximité de quelque hussard noir de la République, comme nommait Charles Péguy les instituteurs de jadis. Chez Gérard Fayolle, on recherchera en vain un Talleyrand ; on lui préfèrera même Montaigne à Voltaire. Il y a chez lui un fonds immaculé de radicalisme où se mêlent la défense de l’identité locale, le patrimoine et l’écologie d’antan, les bonheurs des places de foirails et du cantou.

delperier fayolle

Ce n’est pas un homme d’épée ; l’encre lui convient mieux que le verbe

30 RLCe n’est pas un homme d’épée ; l’encre lui convient mieux que le verbe. L’épée le placerait trop près de la réalité ; la plume consent à se marier avec l’imaginaire.

Son entrée en politique, à la fin des années soixante ne pouvait être animée que par des valeurs éternelles, universelles telles que l’indépendance, la France, l’union des contraires qui ne se conçoivent, chez lui, que comme des complémentaires. Ce fut le gaullisme. Parce que, aussi, ce mouvement de pensée, répondait à son souci d’ordre et de légitimité républicaine ; et puis, vraisemblablement, son inclination à laisser les évènements et les hommes se glisser dans son destin. La traduction d’un taoïsme confucéen à la sauce Périgord. 

Son mentor, mais aussi son Faust, fut Yves Guéna. Il ne se trompa sur son « poulain » quand il lui confia la rédaction de son journal et de quelques analyses politiques. Il en fut différemment par la suite. Yves Guéna, succombant aux charmes littéraires de Gérard Fayolle mais, voyant vraisemblablement un homme dénué d’ambition qui pourrait le contrarier, le pilota dans le monde cruel de la politique. Gérard Fayolle accepta, par souci de l’ordre, de la légitimité incarnés par Yves Guéna mais ce fut, aussi, sa façon de bâtir son destin en fonction des évènements et des hommes du moment. Ceux que Yves Guéna avait écartés savaient rappeler que « Gérard Fayolle était un parapluie qui ne faisait pas d’ombre… » Ce qui faisait sourire le sage du Bugue, son village natal.

On le sait, mais par élégance pour Gérard Fayolle on n’appuie pas dessus, la politique n’est pas le lieu où il brilla. Même si, devenir le premier président de droite du département de la Dordogne, après plus d’un demi-siècle de règne « socialo-radicalo-communiste », devenir sénateur du même département, dans la foulée d’une démission du titulaire, Yves Guéna, illustre figure emblématique et tutélaire du gaulliste, respectabilité sans partage de toute une classe politique, ne sont pas sans prouver quelques capacités.

Déjà, en 1996, après la parenthèse du Conseil général, il me disait : « Durant ces deux années, à la présidence du Conseil général, j’étais un cavalier de rodéo, je sentais l’immense fragilité, la gravité des situations et des hommes. J’acceptais la critique et, à un tel niveau, il faut la laisser aux autres.»

Il y a, chez Gérard Fayolle, un côté Pompidolien 

Gérard Fayolle 30Gérard Fayolle n’est pas un animal politique ; tant mieux pour lui, tant mieux, aussi, pour le Périgord. Dés qu’il retrouva sa liberté, l’ancien Président du Conseil général devait faire une conclusion en forme de retour aux sources, façon encore de travailler l’introspection, en rédigeant un mémorable ouvrage : « cinquante ans de vie politique en Périgord ». Il prenait soin de s’arrêter en 1994, au moment où il accédait à la Présidence de l’Assemblée départementale. Histoire de ne pas retourner dans la polémique.

Il y a, chez Gérard Fayolle, un côté Pompidolien dans le sens où l’ancien président de la République laissa cette phrase :  « Les peuples heureux n’ayant pas d’histoire, je souhaiterais que les historiens n’aient pas trop de choses à dire sur mon mandat. Pas de guerre, pas de révolution, notamment. Je souhaiterais en revanche que l’on lise dans les manuels d’histoire que de 1969 à 1976, la France a connu une période d’expansion, de modernisation, d’élévation du niveau de vie ; que grâce au progrès économique et social elle a connu la paix intérieure, que l’étranger l’a respectée parce qu’il voyait en elle un pays transformé, économiquement fort, politiquement stable et dont l’action extérieure était entièrement tournée vers la paix et le rapprochement des peuples. En un mot que notre pays soit resté fidèle à ses meilleures traditions tout en se tournant résolument vers l’avenir et vers la jeunesse. Que mon nom soit mentionné ou ne le soit pas n’est pas très important. Ce qui compte, c’est que mon mandat soit pour la France une période de sécurité et de rénovation, de bonheur et de dignité. » Tout est écrit ; ou presque.

Gardien du Temple de sa « Gare de Perpignan »

30 YGLorsque l’on fait appel à lui pour présider la docte Société d’Histoire et d’Archéologie du Périgord, on exprime un choix éclairé, en totale conjonction avec cette communauté, ses desseins les plus contradictoires, mais qui assemblent culture et conservatisme avec un vernis bourgeois chic et pas choc.

Voici Gérard Fayolle enfin Gardien du Temple de sa « Gare de Perpignan »; académicien dans son fief ; entourés d’esprits qui chantent le monde avec des accents Maurassiens en attendant quelque hommage en vert ou rouge, selon les mérites ou les accointances. Parfois les deux.

Dés lors, on pourrait tout autant plonger dans l’univers de François Mauriac – que Gérard Fayolle connaît bien  – que celui de Jacques Chardonne et ses incontournables Dames de Barbezieux car, avec toutes nuances établies, mais incontestablement, Gérard Fayolle est un produit aussi pur que presque parfait de la province française. Une province en voie de disparition et dont le déclin accompagne l’éclatement de toute la société française.

Est-ce à penser que Gérard Fayolle est un réactionnaire ?

Ce serait réducteur et nécessairement faux. Légitimiste, assurément, par tranquillité d’esprit. Mais sa légitimité s’éprouve dans une modernité vécue pour être digérée par l’ordre universel, presque déifié, de la nature et des hommes.

C’est, il ne faut pas l’oublier, à la lecture des troubadours, que le jeune Gérard a établi les bases de sa condition. C’est un homme du Midi, plus précisément du Sud-Ouest, du Périgord ; ce dernier, passage obligé de toutes les invasions et sans que, pour autant, ses habitants n’abandonnent leur identité.

Oui, Gérard Fayolle est un compositeur, un poète et musicien des temps modernes. Mais il ne cède rien de ses origines, de sa famille, de son clan, le « clan des Ferral ». Voyageur de l’intérieur, il a appris que rien ne sert de s’opposer à l’ordre des choses mais que, celui-ci, ne nous demande pas de nous mentir, de nous vautrer dans une résignation fatale à notre condition d’Homme.

Après une « Histoire du Périgord » « Cinquante d’histoire Politique en Dordogne », après « Le Clan des Ferral », avec « Le Périgord des Trente Glorieuses » qu’il sous-titre « Chronique du temps des changements, Gérard Fayolle exprime une nouvelle fois une ethnie, celle du Périgord, mais aussi exalte son âme de voyageur des profondeurs de la géographie des mondes qui s’entrelacent dans des mystères que chacun doit visiter sans se soumettre à la fatalité du disciple.

Les choses n’ont pas lieu tant qu’elles ne sont pas racontées

Un ouvrage comme « Le Périgord des Trente Glorieuses » ne se lit pas, il se partage.  C’est parce que l’auteur a croisé le fer avec la difficulté de l’historien et celle de l’écrivain que l’ouvrage est un brillant outil qui conjugue la rigueur des faits à l'émotion de celui qui les a vécu avec âpreté mais aussi gourmandise. Gérard Fayolle qui se fait narrateur – journaliste et écrivain – nous raconte la Dordogne des années 1953 à 1980. Ce n’est donc pas sans raison qu’il pose en exergue cette citation de Yasmina Reza : « Les choses n’ont pas lieu tant qu’elles ne sont pas racontées. » Le travail ainsi proposé par Gérard Fayolle semble marqué par des auteurs comme Simon et Pierre Nora ou encore Fernand Braudel et nous élève au-dessus du Périgord pour nous transporter vers une plus grande histoire, celle de la France, celle de l'Europe.

Pour les générations de l’après-guerre cet ouvrage est une bouffée d’air pur à la condition que l’on admette qu’il n’y a là aucune nostalgie mais tout simplement une série de pastel qui donne de la couleur et du sens au caractère bicéphale – Périgord et Dordogne – d’une géographie et d’une histoire qui en font un pays de cocagne.

Chaque page fourmille de personnages, d ‘évènements, de lieux qui se marient parfois, se frôlent souvent et se détestent jamais pour l’éternité. Tout cela avec la finesse et le spectre des émotions, de l’exaltation à l’inquiétude, du frisson attendri de la découverte à la volupté momentanée de la nostalgie.

Pour les plus jeunes qui se demandent ce que l’avenir leur réserve sur ce petit bout de la planète qu’est la Dordogne c’est aussi une de ses « leçons de choses » de l’instituteur en blouse grise qui veut avant tout que « ses enfants » puissent affronter leur vie avec une solide connaissance de leur terroir et, ainsi, bâtissent un destin qui s’appuie sur ses fameuses « Cent fleurs en héritage » que nous offre Gérard Fayolle.

Le Périgord des Trente Glorieuses, chroniques du temps des changements - Gérard Fayolle, édition Fanlac -239 pages -19 euros.

Texte et photos : Pascal SERRE


  

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