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Mimos : l’entrée en résistance

Je n’avais pas répondu aux appels des organisateurs de Mimos depuis presque sept ans. On ne s’attardera pas sur les raisons. Cette année, le climat d’horreur et la folie des hommes m’invitaient à « entrer en résistance » et donc à répondre à l’invitation des organisateurs du festival du mime qui était arrivé à sa 34ème édition. Cette fois, ne pas répondre à l’invitation eût été une capitulation citoyenne.

Au courage lucide et à la générosité des organisateurs et des comédiens qui faisaient là un acte politique majeur nous devions répondre présent. Et il le faudra tout au long de cette semaine de fête, donc de paix et d’échanges qui caractérisent Mimos et la ville de Périgueux où exerça Montaigne. Ce fut, de mon point de vue, une parenthèse ouverte exceptionnelle et que, ce lendemain parvenu, je ne souhaiterai pas se voir refermer.

Peut-être serai-je trop lyrique mais cette soirée avait un accent d’appel du 18 juin, celui de 1940. Version Daech et autres meurtriers du moment. La Compagnie Ilotopie et son spectacle Fous de bassin ne pouvaient que nous inviter en entrer en résistance. Résistance face à la folie meurtrière et ravageuse à laquelle nous sommes soumis avec ces attentats lâches qui nous frappent dans notre âme. Nous étions dix, quinze mille à être là, face à la délicate ondulation de l’eau de la rivière Isle qui attendait d’être enflammée sous la protection de la majestueuse basilique Saint-Front qui rappelait, à sa façon, celle de Sainte-Sophie, rencontre entre l’Occident et l’Orient, entre les civilisations chrétienne et musulmane ; quelle liaison extraordinaire en ces temps de divisions ; quel symbole ! Et, – que l’on me permette cet anachronisme pour évoquer le mime – bien entendu : quel spectacle !

PinkF

Voyage au centre de l’onirisme

Les ténèbres protecteurs ayant recouverts la foule massée sur les quais, les ponts, les balustres, les balcons, et les lampadaires clos, je me laissais transporter par la magie surréaliste de la quinzaine d’artistes qui évoluèrent durant la cinquantaine de minutes du spectacle. Tout et tous glissent à la surface de l’eau laissant aux profondeurs les secrets des abysses freudiennes ainsi titillées.

Déjà, de l’un des deux ponts qui délimitaient la scène aquatique, une petite voiture se profile, avance dans la nuit, et vient réveiller l’eau et éclabousser le paysage assagi. Un passager est abaissé et les gouttelettes d’eau se déplacent pour allumer les lumières de la rive. L’étonnant personnage entame la lecture du journal, du sien. Sur le chemin, il salue son voisin, qui retourne à la maison on peut imaginer avec des achats dont nous ne saurons que ce que notre imagination appelle. J’hésite entre Buñuel, Cocteau ou… peut-être, Rossellini ce dernier incarnant le néoréalisme italien d’un après-guerre déjà pas très civilisé. Le ton est donné. Mes chimères sont en éveil, fébriles, joyeuses, avides de sensations billevesées.

Voici un cycliste qui entre dans ce monde irréel, donc fragile, intime et éphémère ; arrive cette voiture, une deudeuche, avec sa caravane des années soixante, le tout version Jacques Tati ; cette femme avec sa poussette qui me renvoie les images des films d’Ettore Scola et dont je m’imagine que ce pourrait être Sophia Loren dans une Journée particulière, le balayeur de rue qui me ramène à la chanson de Dutronc, Jacques, et qui semble me dire : « Il est cinq heures, Paris s’éveille… » ; et ce lit géant avec son rameur, est-ce un clin d’œil au peintre Magritte ? L’extravagance des tableaux fait oublier un instant les terrifiants assauts de l’actualité. Même, les pandores et autres garants de ma sécurité me paraissent là où ils faut qu’ils soient, sans déranger, avec même une sorte de placidité complice de mes divagations ainsi protégées.

Là où les fous n’ont même plus leur place

fousdebassin3PinkFJe me sens porté à Venise, sur ce Bucintoro merveilleux, à la Cité interdite au temps de l’Empereur Yongle et, aussi, à Versailles avec ses jeux d’eaux, ses feux d’artifice, ses engins à la Dali, ses musiques et ses mouvements Felliniens. Oui, évidemment, chacun imagine en fonction de ses propres aventures, c’est bien là une des richesses d’une telle création : ne rien imposer, simplement mais merveilleusement proposer des émotions et une sensualité dont on voudrait me priver.

Entre jets de lumières et jeux d’eaux, je reprends le manifeste du surréalisme d’André Breton et sa « foi en la résolution du conflit entre rêve et réalité ». Ces Fous du bassin étaient un excellent prologue pour vivre la réponse en ne s’attachant qu’aux émotions des sens ainsi éveillés, acceptant que tout ceci ne pouvait qu’être la parenthèse d’ouverture d’un récit avec, comme l’a écrit Robert Desnos dans Corps et Biens, la soumission à la fin douloureuse mais nécessaire.

Ces engins étranges, ces personnages nécessairement baroques, dignes de Jérôme Bosch ou de Philippe Druillet qui évoluent sur l’eau, nous invitent à glisser sur le mythe de la Méduse. Chevaux chantants, machineries oniriques qui courent à la surface de l’eau, joutes spectaculaires accompagnées de magistrales touches de lumières, de détonations colorées, de mélancoliques ou pétillantes notes musicales suspendent le temps profane et nous ramènent à notre propre sensualité qui est née, peut-être, dans le Jardin d’Eden dont on voudrait me en faire un enfer.

Cet ensemble de tableaux, symboliquement à la surface de l’eau, nous entraine dans une plongée au cœur de nos fantasmes, ceux d’un quotidien qui nous fait perdre peu à peu nos repères et nous entraine dans un Styx invitant sans cesse au voyage subliminal entre vie et mort, entre réel et irréel, entre principe de réalité et imaginaire. Chacun n’allant pas sans l’autre. On le sait trop bien.

Le travail de création et d’exécution, prouesses qu’il faut saluer, répond à l’ambigüité de Méduse basée sur le brouillage de toutes choses et sur leur implacable complexité, singularité et universalité. A chacun son destin lequel, bien souvent, est avant tout une représentation onirique et imaginaire. A Jean Jaurès qui clamait « Aller à l’idéal et comprendre le réel », les Fous du bassin lui répondent : « aller au rêve et suspendre la réalité. »

Bien trop souvent étranger dans ma ville, les Fous du bassin m’ont rassuré et indiqué l’orientation à prendre dans un monde où même les fous n’ont plus leur place.

Photos : Droit réservés/Ilotopie – Texte : Pascal Serre

A découvrir : Festival Mimos - Perigueux 2016 - Ilotopie


 

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