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Une année jamais comme les autres

VOEUX 2018 03Le premier roman de Elsa Morante traduit en France en 1967, vingt ans après sa première édition, Mensonge et sortilège, est une épopée de ces femmes et de ces hommes déchus par les ruissellements diaboliques de l’amour. Une vieille histoire où les masques et la dissimulation se font séduction dans un monde où la désespérance du soir s’épure comme la rosée du petit matin et laisse s’épanouir un démon nécessairement maléfique quand le coeur et l’esprit vagabonde dans des intimes imaginaires. 

Une journée, c’est aussi une année. Question de point de vue.

Ceci m’amène à un autre romancier, Thomas Mann et son œuvre Le Docteur Faustus. La biographie imaginaire d’un artiste qui, comme Nietzsche, braverait la folie pour porter la souffrance d’une époque dans son orgueil de créateur et, comme Schönberg, serait l’inventeur de la musique sérielle. Une vision désespérée qui, paradoxalement, nous invite à cultiver un imaginaire pour éthériser des réalités aussi éternelles que le monde et, surtout, l’humanité.

Dans cette approche du destin d’une humanité qui tente de prendre vaniteusement un pouvoir sur l’univers, je serai tenté de me jeter dans les bras du premier gourou qui me parle d’Amour.

Je roucoule dangereusement sur Léon Bloy, un périgordin qui a eu les honneurs de voir l’intégralité de ses essais et pamphlets éditée en cette année écoulée. Le provocateur, fasciste et négationniste Maurice Bardèche disait de lui qu’il était un « Blasphémateur par amour ». Léon Bloy qui, en son temps écrivait que « l’homme est la terre », signifiant par là l’indissociabilité des deux, l’innéluctabilité des choses communes. 

Un homme, c’est aussi l’universalité en marche.

Stefan Zweig, philosophe et autre écrivain, face à la résonnance du nazisme en Europe, lâcha cette terrible apostrophe : « il faut s’avouer vaincu ». Il se suicida avec sa femme peu après. Quatre années passées, le monde était – en apparence et temporairement – débarrassé de l’épouvantable et ignoble parenthèse. Si un homme peut être désespéré, il reste cette humanité et cet univers en perpétuel mouvement à partir desquels tout devient possible. Le pire parfois, le bien le plus souvent.

Il nous faut appliquer une retraite salutaire vers le lumineux Jean d’Ormesson qui a fugué en cette année achevée maladroitement avec d’autres galopins qui mènent quelque part leur Guerre des boutons et se sont remis à jouer aux billes ou à la marelle. L’académicien évoquait la vie pleine de surprises que nous devons vivre comme autant de plaisirs. Des plaisirs qui fit écrire à notre bon Talleyrand-Périgord : « La vie serait supportable sans les plaisirs ». J’y vois quelque coquineries d’esprit car, de toute évidence, il nous faut bâtir notre vie au travers du plaisir, illusoire parfois, fascinant toujours.

Je vous souhaite, en ce nouvel an, de croire en cette communauté de destin et d’y partager le plaisir, pour votre plus grand bonheur..

Pascal Serre


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