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Michel Testut ou la parenthèse nostalgique inachevée

Avec une vingtaine d’ouvrages, entre prose et poésie, couvrant un demi-siècle, le barde des petits bonheurs du Périgord s’est vu décerner le Grand Prix de la Sociétés des poètes français. L’oeuvre ainsi récompensée chante avec talent un temps que les moins de quarante ans ne connaissent pas. Michel Testut offre des paysages littéraires où dominent des valeurs éternelles trop exaltées pour ne pas se conjuguer avec une fatalité où l’amabilité des expressions masque un vague à l’âme sans lendemain.

« Pour l’ensemble de son oeuvre en prose poétique ».

DSC 0067Entre ses Chroniques Campagnardes parues chez Pierre Fanlac en 1969 et Jubilations, la vie est souvent si jolie aux éditions de La Lauze il y a quelques mois, l’ancien publicitaire qu’est Michel Testut ne s’est jamais détourné de son encrier de porcelaine rempli de liquide pastel, discipliné par la mystique du bon vieux temps. Chacun de ses ouvrages est un évènement qui ravive les nostalgies évanescentes. En lui décernant son Grand Prix, la Société des poètes français reconnaît la qualité de son travail littéraire mais aussi son conformisme. Les choix et l’écriture de Michel Testut sont lyriques et peignent un authentique décor où règneraient une humanité convenue et réglée par une plume courtoise et déférente. Le poète est plus proche de l’enchantement d’une nostalgie travestie que de l’insurrection romantique. La mise en scène est précise, précieuse, délimite un monde sans lendemain avec des lieux et des « gens » obligatoirement incurvés dans une orthodoxie joyeuse, puissamment et résolument apaisée. On peut constater, peu à peu, une redondance qui s’est installée dans ces récits que l’on pourrait classer dans la lignée d’un Ernest Renan ou d’un Charles Maurras. Mais la comparaison s’arrête là. Michel Testut reste le plus souvent dans une chanson de geste dont le souffle intérieur n’est pas assorti d’une solide particularité, celle qui donne au lecteur une échappée vers des horizons mutins. D’ailleurs, la vénérable et docte Société des Poètes français accorde sa récompense « pour l’ensemble de son oeuvre en prose poétique ».

Un littérateur qui raconte de belles histoires

Le barde de Mareynou, la résidence de Michel Testut, au-dessus de la verdoyante vallée de l’Isle, entretient un travail de littérateur qui raconte de belles histoires sans froisser ses manuscrits noircis de descriptions trop généreuses pour ne pas atteindre le superficiel. Nous sommes trop éloignés d’un Roger Nimier, « hussard », courageux dans ses écrits décapants et porteurs d’un souffle liturgique qui transcende l’ordre des mots et leur assure un sens profond et novateur. On pourrait tout autant imaginer les regards décapants d’un Antoine Blondin.Des écrivains qui pourfendaient leur temps avec une plume griffant les apparences pour ouvrir les champs universels et transformer le médiocre en génie. Je l’avoue, les lectures de Michel Testut me ramènent à ces figures tutélaires de la littérature, et ce n’est pas autre chose qu’un compliment auquel s’ajoute la peine qu’il en reste si éloigné.

Un dandy des terroirs en deshérence

Mais, aussi, incontestablement et délibérément, Michel Testut oppresse le génie qui sommeille dans chaque écrivain quitte à figer son œuvre à l’opposé d’un Jacques Chardonne écrivant à son ami Paul Morand : « Je ne veux pas rester dans cette honorable prison. Je prefère trois personnes qui viennent m’y voir, à la foule, s’il lui faut courir après. »

Si Michel Testut est accompagné d’une harmonie palpable qui en fait un dandy des terroirs en deshérence, il se refuse au libertinage de la taquinerie qui vient toujours contrarier une œuvre momifiée. Cette indifférence volontaire qui peut être une délicate courtoisie est aussi un art de vivre d’épicurien qui l’entraîne à s’effacer devant l’éternité.

Il est vrai que le Périgord, celui des générations à l’encan des contemplateurs enchevêtrés dans la juxtaposition des temps anciens, toujours meilleurs, et les temps modernes, porteurs d’incertitudes et de crainte, se retrouve pleinement dans les récits de Michel Testut. C’est là le premier succès en perdition de sa besogne qui est aussi un ensemble de références pour mieux comprendre ce domaine Périgordin si étrange et familier érigé en pays de cocagne, quitte à y perdre son devenir.

Et, tout aussi incontestablement, Michel Testut fige à sa façon parfois empathique, avec sa graphie travaillée, l’ultime écume d’une époque bien ordonnée et que déforestaient jadis les plumes rebelles. Car, j’en suis convaincu, dans nos temps aseptisés qui embaument sournoisement la belle province du Périgord, il n’y a plus de croquants. Nous sommes bel et bien dans une parenthèse nostalgique qui attend d’être refermée.

 

Texte et photo : Pascal SERRE


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