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L’ami de Montaigne

Maintenant que tous les deux sont morts, même la postérité n’y a rien changé, et comme elle est chiche, elle n’a retenu qu’un seul des deux amis. Le sort posthume de ces deux-là fait évidemment penser à celui d’autres amis emblématiques : Montaigne et La Boétie. L’un est une avenue prestigieuse, l’autre une rue sans prétention ! Étienne de La Boétie dont Montaigne affirmait qu’il était le plus grand homme de son siècle, n’est resté, pour beaucoup que « l’ami de Montaigne ». 

Orphelin vengé par l’étude à onze ans... sage à trente

la boetie

Pourtant, ce Sarladais pétri d’enseignement humaniste, épris de poésie et de philosophie, qui voulait tant que la liberté ne soit pas un leurre, n’était pas n’importe qui. « Orphelin vengé par l’étude à onze ans, hardi à seize ans, savant à vingt, sage à trente, ce jeune seigneur avait du feu, de l’âme et du style. »Il naît en 1530 dans une famille richement fieffée. C’est son grand-père qui fit construire à La Mothe-lès-Sarlat le manoir auquel fut donné le nom de La Boytie. Orphelin à onze ans, le petit Étienne est du genre surdoué. Très tôt, il fait preuve de sa grande et précoce culture en traduisant Xénophon et Plutarque. Il est reçu licencié en doit à vingt –trois, devient conseiller au Parlement de Bordeaux à vingt-trois. C’est là qu’il rencontre Montaigne qui siège alors à la Cour des aides de Périgueux. Entre-tempd, à tout juste seize ans, il rédige le fameux Discours de la servitude volontaire, sorte de brûlot visionnaire contestant les principes monarchiques. Ces pages passionnées, étonnantes de modernité, nées de l’esprit d’un jeune intellectuel idéaliste et nostalgique des libertés républicaines qui ont fait la grandeur de Rome, sont trop provocatrices dans une époque déjà bien troublée pour être publiées du vivant de leur auteur. C’est Montaigne, longtemps après la mort de son ami, qui initiera et préfacera l’édition de ce texte qui sera admiré par les révolutionnaires de 1789, par Lamennais et les libéraux de 1830, et traduit en russe par Tolstoï en 1910.
La Boétie fréquenta les poètes de la Pléiade et nous laissa nombre de sonnets amoureux. Son attachement à son pays natal lui fut peut-être fatal. On prétend que ce fut lors d’un séjour dans on manoir périgourdin qu’il contracta le mal dont il mourut à trente-trois ans.

Michel Testut - Illustrations Droits réservés


 

 

 

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