1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

La pègre et les nazis en Dordogne

Le 14 mars 1944, vers 17 heures, les Périgourdins assistent interloqués à l’entrée d’un détachement d’une cinquantaine de personnages aux mines incertaines, armés de mitraillettes et portant un brassard blanc sur lequel est inscrit  « Hilfspolizei » - police auxiliaire. Alors que ceux-ci s’installent, sur les boulevards, la foule qui s’est rassemblée pour ce spectacle insolite se voit brusquement agressée ; des coups de mitraillettes sont tirés en l’air ; les périgourdins sont poursuivis dans les rues attenantes durant une demie heure. La ville découvre brutalement une des réalités de l’occupation : celle qui unie la pègre française et les nazis.

brigade africaine 1944

« La Dordogne était connue comme le coin le plus mauvais de toute la région »

Patrice-ROLLI-2012L’armistice de juin 1940 avait placé Périgueux en zone libre et ce n’est qu’en novembre 1942 que les allemands avaient occupé la ville. L’activité de la Résistance était relativement peu importante et se manifestait essentiellement dans les domaines de la propagande et du renseignement ; les sabotages étaient rares. La création du Service du travail obligatoire, à partir du 16 février 1943 entraînait la constitution de maquis de réfractaires au travail en Allemagne. C’est le 23 octobre 1943 que le premier soldat allemand est tué en Dordogne. Toutefois, lors de son procès, Michaël Hambrecht, responsable de la Gestapo à Périgueux déclarait : « Dés mon arrivée en Dordogne, le 3 juillet 1943, la Dordogne était connue comme le coin le plus mauvais de toute la région du Kommando de Limoges ».

Les ingrédients d’une véritable guerre étaient réunis. L’arrivée de ceux que les Périgourdins allaient nommés les « Bicots » allait entraîner une période d’exactions sauvages et mettre la Dordogne entre les mains d’une bande de voyous et de criminels protégés par les autorités allemandes et face auxquels l’administration de l’État de Vichy serait incapable de réagir.

Il y a dans ces « salauds » les épices d’une épouvantable saga

VillaplaneGuy Penaud dans son Histoire de la Résistance en Périgord parue en 1985 avait abordé sommairement la venue de la Phalange nord-africaine. Celle-ci apparaît dans « L’inspecteur Pierre Bonny, le policier déchu de la gestapo française » où Guy Penaud nous fait plonger dans ce cloaque qu’est le « 93 rue Lauriston » ; mais sans plus. Jacques Lagrange fit de même dans son ouvrage 1944 en Dordogne. Les nombreuses contributions dues aux associations de résistants se contentaient d’entretenir une vision dogmatique de l’Histoire désormais qualifiée de Résistancialiste. La « Phalange » qui, semble-t-il, a sévi de façon durable qu’en Dordogne, restait un sujet que l’on évoquait que dans les réunions de famille Périgourdines, presque comme si cela dérangeait. 

Il est vrai que le sujet était difficile et contestable, soumis à des particularités où l’on retrouve les pénibles combinaisons d’intérêts personnels et le thème toujours sensible des collaborations avec l’occupant. Patrice Rolli, diplômé en Histoire, Ethnologie –Anthropologie et Histoire des civilisations a courageusement entrepris ce travail. Il aborde ce qu’il appelle « une alliance entre la pègre et la Gestapo » avec la précision rigoureuse de l’historien mais, aussi, le souci de faire partager une aventure qui pourrait être un pitoyable roman faits de personnages stupéfiants et immondes dans leurs attitudes, tristes sires perdus dans un monde en décomposition. Il y a dans ces « salauds » les épices d’une épouvantable saga. Imaginons, par exemple, Alexandre Villaplane, ancien capitaine de l’équipe de France de football basculant dans d’immenses trafics et extorsions de fonds avant guerre et qui sera à l’origine de cette Phalange Africaine, en assurant la direction en Dordogne ; Mohamed El Maadi, qui rêvait une Eurafrique regroupant les pays du Maghreb et qui recrutait ses frères de sang dans les quartiers de Barbès ou de la Goutte d’Or, frères de sang dans la misère, analphabète et désœuvrés. Une vraie cour des miracles.

VILLAPLANE0-02Patrice Rolli décrit chacun de ses personnages sans complaisance laissant, à l’instar de Christian de la Mazière, ancien SS français qui écrivit le « Rêveur casqué » pour raconter son engagement, le lecteur tenter de concevoir des raisons humaines, donc imparfaites de ces individus. Des truands qui avaient comme devise : « ni fascistes, ni communistes : « pognoniste » ! »

L’auteur nous rappelle que la Dordogne jusqu’en novembre 1942, quoique l’on puisse raconter aujourd’hui, n’était pas véritablement « entrer en résistance », que c’est avec le Service du travail obligatoire que la jeunesse locale a rejoint les premiers maquis, que les collusions et collaborations ne furent pas seulement idéologiques mais bel et bien économiques, de circonstances ou de convenances, que les plus vils intérêts personnels guidaient ces hommes sans vergogne que furent les membres de « La Phalange », que la violence rappelait le Moyen âge et ses bandes de soudards à la seule solde de ses exactions et d’un occupant bon rémunérateur.

PHALANGE-03

« J’aime la trahison, pas les traîtres »

Patrice Rolli pose bien le décor qui va servir à cette tragédie qui durera de mars à août 1944. Tragédie avec ses traîtres qui conserve leurs seules initiales. Traîtres français qui faisait dire au responsable de la Gestapo de Périgueux : « J’aime la trahison, pas les traîtres ». Et ces femmes, jeunes pour la plupart, celles qui partiront le dimanche 13 août avec les derniers « Bicots » et celles qui permettront à la « France Virile » chère à l’historien Fabrice Virgili de se révéler.

L’occupant qui trouvait dans cette collaboration les ainsi les moyens de s’exonérer des intolérables exactions, en juin 1944, par une lettre du Colonel Sternkopf, commandant l’état-major de liaison dénonçait au préfet de la Dordogne désemparé : « les abus innombrables commis par les auxiliaires nord-africains ». Le vent tournant, les mouches changeant d’âne, un membre de la Légion des Volontaires Français, mouvement pro-allemand déclarait le 18 juillet 1944 : « Ce sont des tueurs professionnels et salariés, des pilleurs, mais ce qui est lamentable, ils connaissent des succès féminins étonnants… Une nuée de femmes mariées et de jolies filles sont à leur chausse parce qu’ils paient de cinq manières différentes avec une générosité folle : en argent comptant, en bijoux, en provisions de bouche, en vêtements et line, en objets ; c’est un gaspillage fou et une débauche crapuleuse… »

Patrice Rolli a passé au crible de l’historien l’ensemble des lieux et évènements où la Phalange nord-africaine a sévi, la façon dont elle a été utilisée par les allemands. Sur ce dernier point, on pourrait presque trouver l’occupant plus complaisant ; c’est oublier que le système de celui-ci reposait sur une collaboration efficace de l’État de Vichy et de malfrats cupides, de sinistres, avides et égarés français. Sans ces derniers, l’occupant n’aurait pu mettre à moindre frais le pillage de la France.

Tout au long du récit des exactions qui nous amène quasiment dans tous les coins, même les plus reculés de la Dordogne, Patrice Rolli dresse pas seulement un état clinique de ses cinq mois terrifiants, il nous donne l’envie de vomir. Cette tourbe n’est plus humaine ; elle est un ramassis de l’indicible condition humaine qui transpire une sueur aigre et fétide ; elle prospère dans les situations exceptionnelles où se côtoient la bassesse la plus immonde et la grandeur la plus générosité. Sauf que, dans ce récit, la grandeur est absente. Ce serait même le contraire. Il est vrai que, comme le traduit si bien le film de Louis Malle Lacombe Lucien, la ligne jaune est une question de circonstances ; mais pas seulement.

PHALANGE-04

Le mur de l’épuration

femmes-tondues-a-bergeracA la sortie de la guerre il y eut des procès. Les premiers furent ceux des femmes qui avaient succombé aux « Bicots ». Patrice Rolli nous replonge dans le climat de vengeance populaire qui régnait à Périgueux. A ce moment là, le simple fait d’avoir bu un verre avec l’un d’entre eux entraînait une condamnation à 10 ans de travaux forcés ! C’est le 11 octobre 1944 que le premier membre de la Phalange, Mohamed Aboudi, est condamné à mort par la Cour martiale de Périgueux. Le lendemain « Jo la panique » est fusillé au stand de tir. Alexandre Villaplane sera jugé à Paris en décembre 1944 et condamné à mort avec trois autres comparses. Patrice Rolli conclut ainsi : « Enfin, le procès d’une quarantaine d’ancien membres de la Phalange nord-africaine, c’est à dire peu par rapport aux 200 hommes au minimum qui y avaient appartenu, eut lieu à Paris au mois de juillet 1947. Les peines prononcées le 26 juillet 1947 furent les suivantes : 23 ex-membres de la Phalange furent condamnés à une peine de prison ferme ; deux autres membres furent condamnés par contumace ; enfin, huit autres furent acquittés. » Le cofondateur de la Phalange, Mohamed El Maadi fut condamné par contumace aux travaux forcés en 1953. Il serait mort en Égypte quelques années plus tard. Certains surent se tirer d’affaire par la pirouette d’aides plus ou moins avérées avec la Résistance ou encore en retournant dans le monde obscur de la canaille de l’après-guerre et même à l’étranger. 

Ce thème de l’épuration, en Dordogne, est un mur solide derrière lequel se cachent des secrets de famille qui sont les futurs chantiers des historiens. Patrice Rolli a les qualités pour en assurer les fondations. 

Texte :Pascal Serre - Documents :  Archives nationales - Guy Penaud -  Jacky Tronel 

A  lire : La Phalange nord-africaine et Dordogne - Histoire d'une alliance entre la pègre et la Gestapo - Patrice Rolli - Éditions l'Histoire en partage - 190 pages - 19,90 €


Commentaires  

 
vervaet
#1 vervaet 23-07-2016 14:51
l'histoire est un mouvement permanent.Très souvent,quand les évènements sont imposés de l'extérieur... il ne reste plus aux indigènes, aux souchiens,aux patriotes, qu'à choisir leur camp ! Même si comparaison ne vaut pas raison,la situation actuelle appelle à un peu de discernement. Notre pays ruiné, devenu supplétif des prédateurs criminels américains, partout dans le monde, grâce à une pseudo élite, de néo-collabos, va "devoir" embaucher 150 000 gardes nationaux, pour maintenir l'ordre dit républicain. Ils seront essentiellement recrutés dans nos banlieues allogènes. Ces individus en échec depuis toujours, et fort peu attachés culturellement et cultuellement à la France, trafiquants en tous genres, multi récidivistes ! ressembleront à ceux d'hier, de la bande à Lafont et consorts ! N'en doutons pas un seul instant ! et ... ne laissons pas faire un pouvoir aux abois, prêt à tout pour garder les manettes. Résistance. Vive Jeanne d’Arc et Jean Moulin.
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Charte des commentaires de lespritperigord.fr

lespritperigord.fr vous ouvre ses pages pour échanger avec la rédaction et les membres de sa communauté. C’est un espace de réaction, de discussion, d'information ouvert aux internautes inscrits. Les intervenants doivent donc répondre aux principes élémentaires du débat :

lespritperigord.fr est seul juge des messages qu’il met en ligne, ou non – y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessous. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant les adresses de contact du site, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

Gardez à l’esprit qu’une attitude posée, polie et respectueuse envers les autres intervenants est toujours préférable pour un échange d’idées.

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n’y ont pas leur place.

Tout contenu contraire à la loi est proscrit : par exemple, l’incitation à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation tout comme la négation des crimes contre l’humanité, ou la justification des actes violents et des attentats. Par ailleurs, les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

Les propos discriminatoires, sous toutes les formes, sont proscrits.

Évitez-le hors-sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations : ils n’apportent rien et peuvent induire en erreur.

Les plaisanteries de mauvais goût et les comparaisons douteuses sont souvent blessantes ou insultantes. Merci de les éviter.

Pour être compris de tous, rédigez des messages lisibles et compréhensibles : pas de langage SMS, de commentaires en majuscules ou en langue étrangère sauf exception.

La répétition d’un même commentaire, assimilée à du spam, n’est pas la bienvenue.

La publicité est également interdite sur lespritperigord.fr. Ne soumettez pas de liens commerciaux.

Il n'est intéressant de proposer aux autres lecteurs des liens que si un commentaire explicite leur contenu. Un lien seul est stérile et peut être assimilé à du spam.

Vous vous engagez à respecter les droits des tiers pour les textes et les images que vous soumettez. Avant de publier un contenu, posez-vous la question: "Ai-je les droits nécessaires pour le proposer ?"

Vous pouvez ne pas être d'accord avec un article de lespritperigord.fr. Expliquez ce qui motive votre commentaire, sans vous montrer agressif. La critique constructive oui ; les insultes non.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, ne lui répondez pas. Utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat. De plus, si le commentaire auquel vous répondez a été modéré, le vôtre peut devenir sans objet et être modéré à son tour.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de lespritperigord.fr moderation@lespritperigord.fr

Toute attitude contrevenant à cette charte peut être passible de bannissement du site.

Vous pouvez poser des questions aux journalistes de la rédaction dans les commentaires. Dans la mesure du possible, la rédaction répond aux interrogations des internautes de lespritperigord.fr

Enfin, souvenez-vous que vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de lespritperigord.fr se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue du débat. Nous sommes seuls juges des messages que nous mettons en ligne ou non.


Code de sécurité
Rafraîchir

Les gazouilladesde Pascal Serre

Un journaliste est celui qui vend la mèche en se brûlant les doigts

7d9fe88202e82ca2a943d1e666fa21d3c813aac0Le quotidien L’Echo Dordogne exclu d’une conférence de presse pour avoir usé de sa liberté d’expression. Silence accablant d’un prétendu club de la presse et grande solitude pour les journalistes de ce journal d’information et d’opinion.

Lire la suite...

 

IMPRIMERIE-FANLAC

Le feu rouge

feu rouge de la semaine

BOIDÉLA SEMAINE DE THIERRY BOIDÉ

Battu à la présidence de Les Républicains en Dordogne le week-end dernier, le bouillant Thierry Boidé a du essuyer la difficile prestation de son mentor Nicolas Sarkozy durant l'émission de David Pujadas, Des Paroles et des Actes avant de s'entendre comparer au candidat à l'investiture du Parti Républicain pour les présidentielles américaines, Donald Trump lors de la dernière session de l'Assemblée départementale. Répondant à Germinal Peiro le taclant sur sa verve il déclarera en fin de semaine : "Là ce n'est rien. le jour où vous me verrez énervé, vous allez avoir peur !" Personne n'en doute.

DELMON-INDUSTRIE

Le feu vert

feu vert de la semaine

BOUSQUET LR

Dominique Bousquet, le nouveau Boss et manager de Les Républicains de Dordogne

Même si dans la coulisse on s'y attendait, le nouveau "patron" des anciens gaullistes devenus Les Républicains est désormais Dominique Bousquet. Le Conseiller départemental et maire de Thenon qui rempile depuis trente ans dans son fief et bataille avec un diabolique radicalisme franchit un barreau de l'échelle qui lui redonne une dimension départementale un temps trouvée quand il fut député en lieu et place de Jean-Jacques De Peretti. il incarne une Droite héritée des années de gloire portées par Yves Guéna que celle de son concurrent du moment Thierry Boidé accroché à Nicolas Sarkozy. Les réseaux gaullistes pur sucre et de son mentor Jean-jacques De Peretti on été déterminants dans ce challenge. Un revers pour Antoine Audi mais aussi une victoire pour les soutiens d'Alain Juppé pour les prochaines échéances.