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Ces Périgordins qui sauvèrent la France

Si la Dordogne est réputée pour être une terre de résistance durant la période de l’occupation, il ne faut pas oublier les Périgordins qui, en juin 1940, ont rejoins Londres et le Général de Gaulle pour se battre sur les fronts extérieurs et permettre à La France de conserver sa place dans le concert des nations. Ainsi, l’Ordre des Compagnons de la Libération comprend sur ses 1038 membres, 8 Périgordins.

Généralement, et plus particulièrement en Dordogne, lorsque l’on évoque la seconde guerre mondiale et, surtout, la Résistance, on réduit  celle-ci aux  femmes et hommes qui, au cœur même de la tourmente se sont élevés contre l’occupant sur le territoire national. Cette « résistance », celle des maquis, des hommes de l’ombre a, sans conteste, payé un lourd tribu à la libération. Mais cette approche est réductrice. François Bédarida (1) évoquent les volontaires de la nuit et les différentes formes de résistance en historien respecté : « Pris dans un double processus de glorification et d’occultation, d’adulation et d’ingratitude, les résistants – c’est-à-dire aujourd’hui les survivants de la Résistance – éprouvent souvent un malaise. Naguère célébrés comme des sauveurs voilà qu’ils souffrent d’un complexe mélange de frustration et d’orgueil, de susceptibilité à vif et d’espérances déçues, le tout sur fond d’écart entre la taille des sacrifices consentis et les dérisoires hochets d’une gloire défraichis. »  Faudrait-il encore admettre qui sont, qui peuvent, se prétendre « résistant » et de « quelle résistance » on parle. Le romantisme et les intérêts politiques ont eu le dessus sur les réalités historiques. Il existât des résistances. Incontestablement elles furent plurielles. On doit admettre une grande diversité des acteurs, des pratiques, des lieux ; le tout avec une énergie focalisée contre le même ennemi. Mais, ne nous leurrons pas, les historiens débutent tout juste leur travail, les oppositions entre la résistance intérieure et les Français Libres étaient réelles. D’un côté les tentatives de récupération des mouvements politiques dans un climat et un contexte d’une guerre civile qui ouvrait toutes les possibilités de prendre le pouvoir qui allait être vacant et de l’autre des soldats soudés pour l’éternité au Général de Gaulle et qui se battaient à cieux découverts pour la grandeur de la France.

Le dogme de la résistance intérieure

RANOUX-01Sur cette analyse, les résistants de Dordogne restent sur des positions arrêtées et conformes à la martyrologie inscrites dés 1944. Les nombreuses interventions des survivants dans les établissements scolaires et les conférences publiques soulignent une vision officielle qui prend très peu en compte l’engagement des Forces Françaises Libres. Non qu’il soit occulté mais, tout simplement, on estime encore que la libération était liée à une ferveur et un élan populaire qu’il importe d’ériger en dogme indiscutable. C’est un raccourci et, de plus, c’est nier les deux premières années – 1940 à 1942 – où les Forces Françaises Libres furent les premières à combattre au nom de « la France ». C’est encore omettre de restituer l’initiative, la participation et le soutien du Général de Gaulle à unir les mouvements de résistance encore fragiles et inexpérimentées ou encore le tardif engagement des communistes exception faite de la démission des deux députés communistes de Dordogne Gustave Saussot et Paul Loubradou, hostiles au Pacte germano-soviétique et par ailleurs mis un temps au ban du Parti et pas encore totalement réhabilités. Il y a encore du travail à effectuer pour les historiens sérieux, honnête et sans parti pris.

Cette martyrologie résistancialiste, en Dordogne, a été exalté et reprise par un courant politique – le Parti communiste – afin de maintenir ses positions militantes et électorales au travers d’associations qui ont véritablement et presque totalement accaparé cette page d’histoire. La récente association « Périgord-Mémoire-Histoire » laquelle, notamment, organise une biennale à Périgueux sur ce thème, prend progressivement le relais des associations telles que la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes et l’Association Nationales des Anciens Combattants de la Résistance qui voient fondre leurs effectifs et influences.

De même, jusqu’à l’arrivée de l’historien Jean-Jacques Gillot l’histoire de la résistance en Dordogne a avant tout entretenu la geste résistancialiste. Certes, en 1985, un autre historien, Guy Penaud, avait été le premier à traiter de cette époque. Son travail, pourtant très policé, avait déjà soulevé un vent de controverse ; dans les milieux encore actifs des résistants se posaient la question : « comment peut-on parler de ce que l’on a pas vécu soi-même ? » Le sujet était donc tabou sauf de glorifier les actes et les acteurs de cette page d’histoire. Neuf ans plus tard, Jacques Lagrange, un autre historien, avait réalisé un ouvrage intitulé « 1944 en Dordogne ». Là aussi il s’agissait plus de relater et que d’analyser.

Les années quatre-vingt-dix voyaient fleurir  plusieurs ouvrages à l’initiative des résistants eux-mêmes qui, au crépuscule de leur vie, sentaient le besoin d’entretenir « leur version ». Là-encore, les communistes issus de la résistance intérieure prenaient la direction de ces contributions.

Si l’on excepte René Coustellier dit « Soleil » qui, en 1998, ouvrait une longue polémique encore inachevée dans un ouvrage autobiographique et hagiographique, c’est par un jeune historien, Jean-Jacques Gillot, que vient la première rupture sur cette lecture dogmatique d’une histoire bien française. Mais, là-encore, les Forces Françaises Libres restaient absentes et ses « soldats » murés dans un anonymat total. Naturellement, Yves Guéna, homme politique de premier plan du gaullisme, élu en Dordogne durant un demi siècle, ouvrait dans son ouvrage « Le Temps des certitudes » paru en 1969 son itinéraire de Français libre. Pas suffisamment pour que ce versant de la libération de la France entre dans le panthéon Périgordin.

Les Forces Françaises Libres écartées ?

Etonnamment mais assurément, la résistance incarnée par les Forces Françaises Libres a été occultée ou, pour le moins minorée. En cet été 1940, l’heure était dans une immense majorité à la soumission des Français au Maréchal Pétain et son « Etat de Vichy ». On ne parlait pas de résister. De plus, la guerre n’avait pas amené les allemands jusqu’en Périgord. Ils s’arrêtèrent conformément à l’armistice signée à Rethondes le 22 juin sur la ligne de démarcation qui, peu ou prou, épousait sur sa façade Nord-Ouest, Ouest et Sud-ouest les limites du département.  Quelques barricades seront installées, notamment à Bergerac et sur les routes du Ribéracois et du Nontronnais. Le 24 juin, les 7e division d’Infanterie Nord-Africaine et 8e division légère d’Infanterie coloniale reçoivent l’ordre de cessez-le-feu au milieu d’une population dont  on résumera l’état d’esprit par cette phrase reprise au Journal de Bergerac : «  Par bonheur, l’ennemi ne vint pas seul et seul le ravitaillement en lait et légumes de notre ville souffrit ». Guy Penaud dans sa légendaire Histoire de la Résistance en Périgord (3) dit : «  en ces heures tragiques, l’égoïsme triomphe. »

Les premières colonnes allemandes qui avaient pénétré dans la Dordogne se retiraient entre une double haie de soldats français, les mains dans les poches, la cigarette aux lèvres. Dés lors, les moyens de communication réduits à l’époque, cette situation géographique et politique laissaient la population locale, encore fortement ruralisée et isolée, en dehors d’une occupation étrangère qui aurait, comme ce fut le cas dés l’arrivée des allemands à l’hiver 1941, attisée les braises de la résistance.

Tout a commencé le 19 juin 1940

GUÉNA-01Quelques jours plus tôt, le 18 juin, un certain Général de Gaulle avait bien lancé un appel, de Londres. On sait aujourd’hui qu’ils furent bien peu à l’entendre. Pour Yves Guéna, dans Le temps des certitudes (4) : « Tout a commencé pour moi le 19 juin 1940. » Il allait avoir dans quelques jours 18 ans. Sans avoir entendu l’appel, le futur homme politique local et national de tout premier plan qu’il allait devenir prit son destin par devoir et certitudes que la «  France avait perdu une bataille mais pas la guerre ».  C’est dans une confusion indescriptible qu’il embarqua de la ville du Conquet vers l’Angleterre. Yves Guéna : «  Bientôt nous apprîmes le nom du général qui avait lancé cet appel qu’on m’avait rapporté au soir du 18 juin. Un journal anglais publiait sa photographie, à cheval si ma mémoire ne se brouille pas, et annonçait qu’il prenait le commandement d’une légion de volontaires français, traduction un peu étriquée de ce qui allait devenir l’épopée de la France Libre. »

Il faut comprendre et admettre que l’épopée de la France Libre ne pouvait qu’entraîner des femmes et des hommes possédant la vision, la condition et le courage de tout rompre pour ce qui ne pouvait être, à ce moment là qu’une aventure. Ce qui explique aussi l’extrême jeunesse des premiers « Français libres ». Quand on a vingt ans l’engagement revêt un rôle d’initiation qui passe par la rupture avec le passé et fixe un destin que les conditions du moment expliquent et précipitent.

Retour sur une défaite 

Répondant à l'invasion de la Pologne par les troupes hitlériennes, l'Angleterre, puis la France, déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939. S'ensuit la « Drôle de Guerre » à laquelle met fin l'offensive allemande vers l'ouest du 10 mai 1940. Quinze jours plus tard, la Belgique capitule et, dès le 6 juin, les lignes de défense franco-britanniques sont enfoncées. Le 14 juin, les forces du Reich entrent dans Paris. Le 16 juin 1940, le président du Conseil, Paul Reynaud, démissionne et est remplacé par le maréchal Pétain. Le même jour, le général de Gaulle, sous-secrétaire d'état à la Défense nationale et à la Guerre depuis le 5 juin, décide de rejoindre l'Angleterre. Accompagné seulement de son aide de camp, Geoffroy de Courcel, Charles de Gaulle parvient à Londres au matin du 17 juin et écrit : « Devant le vide effrayant du renoncement général, je sentis que c'était à moi d'assumer la France. » 

La France a subi un désastre militaire sans précédent et, le 18 juin 1940, tout est réuni pour que les Français se croient les victimes d'une irrémédiable défaite : l'armée en déroute, le territoire envahi, les institutions de la République sur le point d'éclater, les richesses naturelles détruites, des centaines de milliers de prisonniers entre les mains de l'ennemi.

Il faut imaginer dans la chaleur de l’été 1940, les routes de France engorgées dans un chaos indescriptible par un cinquième de la population française qui fuit l'avancée allemande. Il s’agit, dans le meilleur des cas, de faire face pour sa famille et soi-même à bénéficier d’un toit, d’un ravitaillement, à une anxieuse précarité consécutive au désastre souvent personnel qui est aussi celui de la Nation. Le salut attendu est, il faut le reconnaître, pour la majorité des français, que la catastrophe cesse et que les besoins immédiats soient restaurés.

C'est toute une nation qui s'effondre avec ses armées et son parlement, ses traditions et ses grands hommes. En Dordogne, plus particulièrement, 80 000 réfugiés alsaciens et Lorrains sont arrivés sans compter les milliers d’autres venus du Nord et qu’il faut bien d’une façon ou d’une autre accueillir. Comme l’a bien écrit l’historien Henri Amouroux : «  il y avait, en France, en juin 1940, quarante millions de pétainistes ». En Dordogne, le portrait du vieux maréchal commençait à orner les dessus de cheminées ou les façades de bâtiments publics.

Les communistes déchirés entre le pacte Germano-soviétique et la défaite de la France, mis au ban de la République et pour certains incarcérés dans les prisons françaises, ne pouvaient que suivre les consignes de leur parti ou, individuellement, envisager d’entrer en résistance. En tous les cas, il n’était pas question pour eux de rejoindre un général considéré comme factieux et opposé à leur idéologie.

En cet été 1940, si la France chancelle, les français, quant à eux, sont à genoux. Le salut du pays ne pouvait dés lors s’incarner qu’au travers de destins exceptionnels. Ce furent les Français Libres.

Résister à vingt ans

1 Num 08 09 webDans cette catastrophe sans précédent dans l'histoire nationale, pour beaucoup, c'est l'heure amère de la tentation du repli sur soi et pour d'autres, dont le pouvoir était né de la défaite, c'est l'heure de la sollicitation des bonnes grâces du vainqueur. Il y avait dans une partie de la  jeunesse française, fougueuse, des idéaux, de la naïveté aussi et beaucoup de courage. Ce n’est que peu à peu, avec le temps que la résistance intérieure se créa puis prit la place qui fut et reste la sienne. Ils furent moins de trois mille  écartelés entre Vichy et Londres, entre engagement et attentisme, entre prudence et résistance, entre honneur et humiliation, entre modestie et gloriole à porter les valeurs éternelles de la France, à Londres, auprès du général de Gaulle.

Dans son ouvrage intitulé « Les compagnons de la Libération, résister à 20 ans » (5) Henri Weil décrit ces destins croisés : « Ils avaient donc entre 18 et 25 ans en 1940… les premiers à avoir constitué après l’immense défaite, la France Libre. Eux n’ont pas estimé définitives les conclusions militaires et politiques. Il est utile de préciser qu’il faut, ici, raisonner en termes d’individualités non de groupes homogènes. Inorganisés, il leur fallait gagner l’Angleterre. »

C'est à ce même moment que la voix solitaire du général de Gaulle s'élève et montre aux Français la promesse de chances encore intactes et les encourage à demeurer dans la bataille pour la Liberté. Tout, cependant, est à créer, comme l'écrit de Gaulle dans ses Mémoires de Guerre : « Quant à moi, qui prétendais gravir une pareille pente, je n'étais rien, au départ. A mes côtés, pas l'ombre d'une force, ni d'une organisation. En France, aucun répondant et aucune notoriété. A l'étranger, ni crédit, ni justification. Mais ce dénuement même me traçait ma ligne de conduite. »

L'Appel du 18 juin, qui vise à obtenir le ralliement de toutes les valeurs et de toutes les énergies françaises portées en lui, annonce la création de l'Ordre de la Libération. C'est un cri de foi dans l'avenir, jailli des profondeurs de l'âme de la France pour former une élite aux fins de libérer le territoire « dans l'honneur et par la victoire ».

Combien de Périgordins ont rejoints de Gaulle ?

Outre huit Périgordins honorés du titre de Compagnons de la Libération – sur les 18 survivants tous sont décédés : Jean Ballarin, Jacques Beaudenom de Lamaze, Jean Coupigny, Pierre-Charles Cournarie, Noël Palaud, Jean Rey, Jacques Rouleau et Maurice Sarazac combien furent-ils, en ce mois de juin 1940 à quitter la Dordogne pour aller vers l’inconnu munis de certitudes ? Souvent ils quittèrent contre le gré des familles et des amis qui voyaient le salut de la France dans Pétain. Ils étaient jeunes, très jeunes. Quelques dizaines vraisemblablement. Aucune étude n’a été menée sur ces femmes et ces hommes du Périgord que l’on ne vit jamais à l’heure où surgissaient les résistants de la dernière heure. Ils étaient sur les divers fronts : en Italie, en Alsace, en Provence. Ceux-ci au nombre de 53 500 comptent parmi leurs membres Yves Guéna.  Aucune étude n’a été faite sur  – ils se nomment ainsi – « des Français Libres ordinaires ». Généralement, on évoque une centaine de Périgordins. L’Association Départementale existe toujours, située 12 rue Guynemer à Périgueux. Le représentant en est actuellement Jean-Pierre Coudenne résidant à Château-L’évêque. Il faut préciser aussi, pour être complet sur les Français Libres que Yves Guéna a été président de la Fondation de la France Libre au décès de Pierre Messmer, de 2007 à 2011. On voit bien, dés lors, qu’outre les associations actives de résistants de l’intérieur, les Français Libres, bien qu’en marge souvent à cause de leur fidélité au Gaullisme, constituent toujours une face cachée de la résistance plurielle que le Général de Gaulle sut fédérer. Même en Dordogne. En ce début de XXIème siècle, tous ces mouvements parlent d’une seule voix. Ils retrouvent les accents de leur jeunesse sur les valeurs essentielles qu’ils entendent transmettre aux générations actuelle et futures. Retrouver côte à côte, le 19 août 2014, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération de Périgueux, le résistant communiste Roger Ranoux et le « Français libre » Yves Guéna en est le témoignage.

La création de l’Ordre des Compagnons de la Libération

Le ralliement de la majeure partie de l'Afrique équatoriale française et du Cameroun fin août 1940, l'échec devant Dakar le mois suivant et la reprise des combats pour la conquête du Gabon conduisent le Chef de la France libre à envisager de créer un insigne nouveau, une récompense spéciale destinée à ceux qui auraient travaillé d'une façon particulièrement remarquable à la libération de la France et de l'Empire français.

Dés lors, le 16 novembre 1940, à Brazzaville, le Général de Gaulle signe l’ordonnance n° 7 portant création de l’Ordre de la Libération. L'ordre de la Libération, tout en gardant ses caractéristiques propres, a puisé parmi les autres ordres certains traits et éléments de son organisation. Il est ainsi, comparable aux Ordres de chevalerie médiévaux : ses aspirations - la libération de la France, la victoire sur le nazisme - font penser aux grands Ordres, tels que ceux de Malte, du Saint-Sépulcre ou des Templiers, qui étaient réunis dans un même esprit de la lutte contre les infidèles et de défense des lieux saints.

Par les circonstances de sa création, il se rapproche également, de l'Ordre de Saint-Michel, créé en 1469, par Louis XI. Celui-ci, combattant le duc de Bourgogne, Charles Le Téméraire, décida de créer cet Ordre, afin d'encourager ses vassaux à rejoindre sa bannière. Les spécialistes de la Chevalerie ne manquèrent pas de souligner ces points communs, puisque le collier du Grand Maître de l'Ordre de la Libération s'inspire, dans sa réalisation artistique, du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

L'article 1er de l'ordonnance de novembre 1940 précise que « cet Ordre est destiné à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de la libération de la France et de son Empire. » Aucun critère d'âge, de sexe, de grade, d'origine, et même de nationalité, n'est exigé. C'est la valeur qui compte et la qualité exceptionnelle des services rendus, qui ne sont pas exclusivement des services combattants.

Une note manuscrite du Général de Gaulle pour le Conseil de l'Ordre datée du 3 décembre 1945 atteste du caractère exceptionnel de l'attribution de la Croix de la Libération. Ainsi le général écrit : « on me propose des candidats qui, bien que très dignes et vaillants combattants, ne répondent pas aux conditions tout à fait exceptionnelles qui justifient l'accession dans l'Ordre. »

adt poirier perigueux

Ne pas fouiller dans le cloaque de l’histoire

On l’a vu, sur les 1 038 « Compagnons », 8 sont de Dordogne ou ont un lien avec le département. On peut regretter que dans les nombreuses contributions sur cette période ceux-ci soient oubliés. Mais, la geste résistancialiste a été bâtie, au lendemain du conflit quelque part confisquée par les obligations politiques et historiques de l’heure. Personne aujourd’hui ne conteste avec sérieux que l’immédiate après-guerre a été marqué par une instrumentalisation de l’histoire, que beaucoup de zones d’ombres ont été entretenu et que, certains faits ont été minimisé. Les Français Libres, les Compagnons de la Libération et autres résistants de l’intérieur ayant choisi la voie Gaullienne, se sont vus, par leur engagement, parfois écarté de l’hagiographie monumentale des commémorations très souvent à vocation politique. Au-delà de l’engagement de ces jeunes français sans lesquels De Gaulle n’aurait jamais pu réaliser son dessein, malgré tous les sacrifices de la résistance intérieure, la France aurait été vraisemblablement soumise à l’Amgot (Allied Military Government of Occupied Territories) qui prévoyait un gouvernement militaire d’occupation dominé par les américains et britanniques. De même, le devenir de la vie politique intérieure aurait été plus difficile à apaiser ; les rivalités politiques entretenues dans la résistance intérieure auraient pu créer un climat insurrectionnel et, pire encore, une guerre civile comme ce fut notamment le cas en Grèce entre communistes et légitimistes. Enfin, affaiblie dans sa libération intérieure, la France n’aurait pu retrouver sa place internationale d’antan et dans la création de l’Organisation des Nations Unies.

Dans son ouvrage sur Yves Guéna – qui n’est pas Compagnon de la Libération – Yves Guéna, face et profil (6), Jacques Lagrange indique : « Une chose demeure étonnante dans le jugement porté par Yves Guéna sur la résistance intérieure. Il est évident que, depuis Londres, même dans cette capitale britannique assiégée par les bombardements permanents, la vie quotidienne de l’armée de l’ombre doit apparaître bien abstraite. Songer à ce que demeure la vie en France, même dans son pays occupé par l’ennemi, une vie faite de travail, d’études, de distractions, d’amours, peut demeurer frustrant pour des jeunes gens privés de toute existence personnelle. Ne pas voir, le moment venu, avec l’épuration d’un peuple libéré, la juste remise en ordre d’une patrie restaurée, peut se concevoir. Cependant, lorsqu’on n’a pas vécu l’essentiel de la persécution permanente, ou de l’humiliation affligeante comme de la torture avilissante, ne prête pas aux autres les droits de « fouiller dans les cloaques de l’histoire ». 

Toutefois, si la démonstration d’une liesse populaire suivant le cortège des libérateurs, donne le signal « d’un peuple qui se retrouve, pour communier dans la patrie restaurée » si les obligations de réconciliation nationale et les intérêts politiciens ont instrumentalisé durant quatre décennies – et même encore – cette histoire il reste, les années écoulées et les intérêts politiques diminuant, à poursuivre le travail de mémoire mais aussi d’histoire nécessaires à une meilleure citoyenneté.

Pascal SERRE

Bibliographie

(1) 1938-1948, les années de tourmente, Jean-François Azéma et François Bédarida, Flammarion, 1995
(2) Dans l’honneur et par la victoire, les femmes Compagnons de la Libération, Guy Krivopissko, Christine Levisse-Touzé, Vladimir Trouplin, Tallandier, 2008
(3) Histoire de la Résistance en Périgord, Guy Penaud, Fanlac, 1985
(4) Le Temps des certitudes, Yves Guéna, Flammarion, 1982
(5) Les Compagnons de la Libération, Henri Weil, Privat, 2006
(6) Yves Guéna, face et profils, Jacques Lagrange, Pilote 24, 1994.

Nous tenons à remercier tout particulièrement la Chancellerie de l’Ordre de la Libération pour son étroite collaboration et, plus particulièrement son conservateur Monsieur Vladimir Trouplin qui a contribué à l’établissement et la rédaction des biographies des 8 Compagnons de la Libération du Périgord.


Jean Ballarin : Commandant la Garde d’Honneur du Général de Gaulle

ballarinJean Ballarin est né le 15 janvier 1915 à Lavilledieu, près de Terrasson dans une famille de viticulteurs. Il choisira le métiers des armes et mènera toute la guerre de la Syrie jusqu’au « Nid d’Aigle » d’Hitler à Berchtesgaden. Il s'engage en avril 1934 à Bordeaux au titre du 1er Régiment de spahis marocains alors stationné au Levant. Promu rapidement maréchal des logis chef, il se trouve en Syrie au moment de l'Armistice. Il entend  l’appel du 18 juin et franchit, le 30 juin, avec le 1er Escadron du 1er RMSM du chef d’escadron Jourdier la frontière syro-palestinienne pour continuer le combat. Il remonte avec son unité vers le Soudan par le Nil, puis en chemin de fer et enfin à cheval.Jean Ballarin reçoit sa première citation pendant la campagne d'Erythrée où son escadron, toujours à cheval, est engagé le 2 janvier 1941 contre un fort parti italien ; il abat de sa propre main plusieurs adversaires au cours de la fameuse "charge d'Umbrega".

Promu adjudant le 16 mars 1941, il participe en juin à la campagne de Syrie. Il est promu au grade d'adjudant-chef le 1er août 1941, puis à celui de sous-lieutenant le 25 novembre 1941. Affecté au Groupe de reconnaissance de corps d'armée (GRCA) puis au Groupe de reconnaissance n°2 (GR 2), il participe à la campagne de Libye.

Comme chef de peloton d'auto-canons, il se distingue, notamment, le 24 octobre 1942, à la bataille d'El Alamein (Egypte) en engageant ses autocanons dans un minimum de temps et le maximum d'efficacité, obligeant l'ennemi à mettre fin à sa puissante contre-attaque et permettant à l'infanterie de se replier en bon ordre.
Avec son unité redevenue le 1er RMSM, il prend part aux opérations de Tunisie et se distingue de nouveau le 6 mars 1943 au combat de l'Oued Gragour où il assure lui-même, après la mise hors de combat de deux de ses autocanons, l'exécution du tir d'une troisième pièce endommagée, contribuant ainsi à arrêter la progression de l'ennemi. De nouveau, les 13 et 14 avril 1943, à l'est du Djebel Fadeloun (Tunisie), en dépit du feu adverse très bien ajusté, il maintient une intensité de feu suffisante pour mettre en fuite les engins blindés ennemis.
Il est désigné le 18 juin 1943 pour se rendre à Alger afin d'assurer, avec 25 gradés et Spahis, la Garde d'Honneur et de protection du général de Gaulle.

Promu lieutenant le 25 juin 1943, rejoint sur sa demande la 2e DB le 24 août 1943 et prend le commandement d'un peloton du 3e Escadron du 1er RMSM. Il est rappelé à Alger par le général de Gaulle pour prendre le commandement de son Escadron d'escorte et de Garde d'Honneur.

Une fois en France, il déploie toute son énergie pour être envoyé de nouveau sur le champ de bataille et emmène son escadron aux combats d'Alsace. Il se distingue notamment à l'occasion de l'attaque et de la prise du village de Logelheim, où il fait un grand nombre de prisonniers et récupère une importante quantité d'armes. Promû capitaine le 25 janvier 1945, Il prend part aux opérations de Royan et à la fin de la campagne d'Allemagne jusqu'à Berchtesgaden.

De 1949 à 1962, il appartient au cabinet du général Koenig, dans les commandements successifs confiés à cet officier général (commandant en chef français en Allemagne - membre du Conseil supérieur de la Guerre - commandant des Forces terrestres, maritimes et aériennes d'Afrique du Nord - président de la Commission de la Défense nationale et de l'Assemblée nationale - ministre de la Défense nationale et des Forces armées) Il est promu chef d'escadrons en 1954 et lieutenant-colonel en 1961.De janvier à septembre 1962, Jean Ballarin est commandant en second du 5e RSM. Il prend sa retraite en octobre 1962. Jean Ballarin est ensuite employé à l'UAP jusqu'en 1980. Il est décédé le 27 janvier 1999 à Paris. Il a été incinéré.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 2 juin 1943
• Croix de Guerre 1939-45 (4 citations)
• Médaille Coloniale avec agrafes "Levant", "Erythrée", "Libye-Tripolitaine", "Tunisie"


Jacques Beaudenom de Lamaze
 : L’homme de Bir-Hakeim

beaudenom de lamazeIssu d’une famille de militaires, fervent catholique, Jacques Beaudenom de Lamaze est né à Périgueux  le 12 mars 1912. Il s’illustra lors de la bataille de Bir-Hakeim où il trouva la mort. Comme il se doit, le jeune futur soldat  fait ses études au collège Saint Joseph puis en corniche au lycée de Bordeaux avant d'entrer à Saint-Cyr en 1930 dans la promotion "Joffre". A sa sortie, il choisit un régiment de forteresse (Metz et Ligne Maginot) avant de rejoindre la Légion étrangère en mai 1936 en Algérie à la Compagnie saharienne de Tabelbala.  Il intègre la 13é Demi-Brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) à sa formation à Sidi-Bel-Abbès en février 1940.  Comme lieutenant, il prend part à la campagne de Norvège en mai-juin, participant aux combats de Bjervik et Narvik. De retour en Bretagne le 16 juin 1940, devant l'impossibilité de reprendre le combat sur le sol français, il s'embarque le 19 juin de Saint-Jacut de la Mer avec quelques officiers de la "13", dont son chef, le colonel Magrin-Vernerey et les capitaines Amilakvari  et Koenig. A Jersey, la petite troupe est prise en charge par un cargo et parvient en Angleterre le 21 juin 1940. Ils apprennent alors qu’un général français continuerait la lutte en Angleterre.

Dès son arrivée à Londres, Jacques de Lamaze s'engage dans les Forces françaises libres malgré les conséquences qu'il sait difficiles pour sa famille demeurée en France. Toujours avec la "13", comme commandant de la 3e compagnie, il participe à l'opération sur Dakar puis, en février 1941, à la campagne d'Erythrée. Il s'y distingue dans les combats de Keren et Massaoua ; le 3 avril, il enlève à l'ennemi deux canons, un fanion de batterie et fait prisonnier un lieutenant-colonel italien ainsi que 25 hommes. Il reçoit ensuite la reddition du fort Vittorio Emmanuele le 8 avril 1941.
Refusant de porter les armes contre des Français, il ne participe ni aux opérations du Gabon en novembre 1940, ni à la campagne de Syrie en juin 1941.

 En Libye en avril et mai 1942, Jacques Beaudenom de Lamaze, capitaine commandant de compagnie du 3e Bataillon de la Légion étrangère, mène plusieurs actions avec des colonnes mobiles (Jock Column) pour harceler l'adversaire autour de la position de Bir Hakeim. Du 20 au 30 mai 1942, il est chargé de patrouiller entre les deux vastes champs de mines ("marais") formant un "V" au nord de Bir-Hakeim pour en interdire l'accès à l'ennemi. Dans cette zone, qui sépare d'une vingtaine de kilomètres les Français libres au sud des Britanniques au nord, il inflige des pertes à l’ennemi.

 Lorsque l'évacuation de la position est décidée pour la nuit du 10 au 11 juin 1942, il est chargé avec sa compagnie de percer à travers les lignes ennemies afin de permettre aux colonnes de blessés de passer. Recevant du général Koenig lui-même l'ordre de charger, il part à vive allure à la tête de ses hommes au cri de "en avant la Légion !". Traversant plusieurs barrages de tirs ennemis, il finit par s'effondrer, atteint d'une rafale mortelle rompant l'artère fémorale. Jacques Beaudenom de Lamaze est inhumé au cimetière de Tobrouk.

> Les distinctions

• Chevalier de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 11 mai 1943
• Croix de guerre 39-45 (avec 3 citations)


Jean Coupigny
 : le médecin de la Liberté

coupignyC’est à Périgueux, le 19 avril 1912 que Jean Coupigny voit le jour. Son père est gérant d’immeubles. Famille honorable qui, déjà, a inculqué au futur médecin les qualités de courage et d’abnégation. Il entre comme élève à l’Ecole de Santé navale (promotion 1935).  Il est affecté en Afrique-équatoriale française en 1937, comme médecin lieutenant au Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) à Faya-Largeau (Tchad).
Dès la première heure, aux côtés du médecin général Sicé, il choisit la France libre et participe activement au ralliement du Tchad et du Moyen-Congo fin août 1940.


Promu médecin capitaine le 25 septembre 1940, il est volontaire pour servir au 1er Bataillon de marche (BM 1) qui est formé à Brazzaville en octobre 1940 sous les ordres du chef de bataillon Delange à partir d’éléments du RTST destinés avant l’armistice à servir en métropole. Jean Coupigny en dirige le service médical pendant la campagne du Gabon. Au cours de ces opérations dans le sud du Gabon, en octobre et novembre 1940, il se distingue par son dévouement, prodiguant ses soins dans des conditions difficiles.

Le BM1 est ensuite regroupé après un long périple en Palestine avant de participer à la campagne de Syrie. Le médecin capitaine Coupigny est blessé par éclat d’obus le lendemain de l’offensive, le 9 juin 1941.
En octobre 1941, au lendemain des combats de Syrie, le BM 1 se dédouble pour former le BM 11. Jean Coupigny reste attaché au BM 1 qui est renvoyé au Tchad pour servir dans la Colonne Leclerc. A ce titre, il prend part à la 2e campagne du Fezzan et aux opérations de Tripolitaine (décembre 1942 - février 1943). Pendant la campagne de Tunisie (février-mai 1943) il doit faire face à une épidémie de fièvre récurrente qui atteint civils et militaires. Dans des conditions difficiles, il fait constamment preuve des plus belles qualités  de courage et d'abnégation.

Passé au service à l’Ambulance chirurgicale légère de la 1ère Division française libre, Jean Coupigny prend part à la campagne d’Italie où, au cours d'un bombardement de juillet 1944, il opère un blessé de l'abdomen, debout, dans une tente opératoire criblée d'éclats d'obus. Il n'accepte d'opérer à genoux que sur l'ordre du médecin-chef, le blessé étant sur le sol. Il réussit à sauver son malade. Toujours avec la 1ère DFL, il débarque en Provence en août 1944 et prend part à toutes les campagnes de son unité : vallée du Rhône, Vosges, Alsace et massif de l’Authion (Alpes-Maritimes).

Au mois de mai 1945, pendant la bataille des Alpes, il dirige parfaitement l'antenne chirurgicale avancée de Sospel. Dans des conditions rendues difficiles et périlleuses par le gros afflux de blessés et le bombardement de l'ambulance par l'artillerie ennemie, il opère jour et nuit des blessés graves de première urgence et sauve ainsi de nombreuses vies humaines. Après la guerre, le médecin commandant Coupigny s'installe au Congo et devient le Président directeur général de la Clinique-Océan de Pointe Noire. Médecin lieutenant-colonel de réserve, il est aussi sénateur du Moyen-Congo entre 1948 et 1956. Jean Coupigny est décédé le 22 novembre 1981 à Cannes où il est inhumé.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur 
·  Compagnon de la Libération - décret du 4 juillet 1944 
·  Croix de Guerre 39/45 (4 citations) 
·  Médaille de la Résistance avec Rosette 
·  Médaille Coloniale avec agrafe "Fezzan–Tripolitaine" 
·  Médaille du Levant 
·  Officier de l'Etoile Noire du Bénin 
·  Officier du Mérite Congolais


Pierre-Charles Cournarie : Gouverneur et Haut-Commissaire en Afrique Occidentale Française

cournarieNé le 26 août 1895 à Terrasson, Pierre-Charles Cournarie fait toutes ses études à Paris. C’est aux côtés de Félix Eboué qu’il organise dés 1940 la lutte contre l’Etat de Vichy et les puissances de l’axe. C’est un homme de « La Coloniale » qui fera sa carrière au service de la France à travers le monde francophone.

A la déclaration de la guerre, en août 1914, il signe un engagement volontaire et combat dans la cavalerie, au 16e Régiment de Dragons, puis au 70e Bataillon de chasseurs à pied en France et en Italie. Quoique blessé et gazé à deux reprises, le 30 décembre 1917 à Monte Tamba en Italie d'abord puis à Essigny-le-Petit le 8 octobre 1918, titulaire de deux citations, il demande en 1919 à servir en Cilicie, où il est de nouveau très sérieusement blessé. Démobilisé en mai 1920 avec le grade de sous-lieutenant de réserve, il se destine à la carrière d'administrateur des colonies.  Il entre en 1921 à l'Ecole Coloniale, et en sort élève administrateur en 1922. Affecté au Cameroun, territoire dans lequel il effectue plusieurs séjours, essentiellement dans des postes de commandements, à part quelques mois où il remplit les fonctions de chef de Cabinet du Gouverneur Marchand. Administrateur de 2e classe en juillet 1927, il exerce, toujours au Cameroun, les fonctions de chef de subdivision de Bafia.  En 1928 Pierre-Charles Cournarie devient adjoint au chef de la circonscription de Yaoundé puis chef de la circonscription d'Ebolowa et enfin, de 1930 à 1933, chef de la circonscription de Yaoundé. Chef de la Région du Logone de janvier 1935 à mars 1938, il est nommé entre-temps administrateur en chef. En juin 1940, il est en résidence à Maroua, commandant la très importante région du Nord Cameroun, à la tête de laquelle il était placé depuis janvier 1939. Dès le premier jour, il refuse d'accepter une défaite qui pour lui, officier de 1914-1918, apparaît trop démesurée pour être acceptable et il se préoccupe, en liaison avec le Gouverneur Général Felix Eboué, alors gouverneur du territoire du Tchad, des moyens de continuer la lutte.  Tout naturellement, le 27 août 1940, il rallie le général de Gaulle et la France Libre, entraînant derrière lui l'ensemble des Européens et des populations africaines du Nord du Cameroun. Mais, dès septembre, le général de Gaulle l'appelle à Douala pour remplir, auprès du colonel Leclerc, les importantes fonctions de Secrétaire général du Territoire.  Lorsque en novembre 1940 Leclerc quitte le Cameroun pour prendre le commandement des troupes du Tchad, il le remplace en qualité de Gouverneur et de Haut Commissaire. A ce haut poste il se préoccupe essentiellement de mettre le territoire du Cameroun totalement à la disposition de la guerre, jouant une action capitale sur les lignes arrières africaines, à l'appui des unités qui se forment peu à peu et qui montent aux combats. En juillet 1943, le général de Gaulle nomme Pierre-Charles Cournarie Gouverneur Général et Haut Commissaire en AOF en remplacement du Gouverneur Général Boisson. Resté à Dakar jusqu'en 1946, il retourne enfin en France après huit ans passés en outre-mer. En 1948, le Gouvernement le désigne comme Haut Commissaire de la République dans le Pacifique et aux Nouvelles-Hébrides et Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie. Revenu en France en 1951, Pierre-Charles Cournarie se retire définitivement à la Bachellerie, dans son Périgord natal auquel il est très attaché. C'est dans ce village qu'il décède le 29 septembre 1968 et qu'il repose désormais. 

> Les distinctions


• Officier de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 19 octobre 1944
• Croix de Guerre 1914-18 (3 citations)
• Médaille de Syrie-Cilicie
• Médaille Commémorative Interalliée 1914-18
• Officier de l'Etoile Noire (Bénin)
• Officier du Nicham Iftikar (Tunisie)
• Valore Militare (Italie)
• Officier du Nicham El Anouar


Noël Palaud
 Alias " l'Artilleur"

palaud4Noël Palaud est né le 24 décembre 1910 à Coulounieix Chamiers. Il fera toute la guerre, prisonnier puis évadé. En juin 1942 il gagne Londres. Parachuté en France,  acteur majeur entre la résistance et Londres il sera dépoté puis libéré. Noël Palud fut un  militaire de carrière, il est adjudant et chef de section à la 5e Compagnie du 5e Régiment d'infanterie pendant la campagne de France au cours de laquelle il se distingue à plusieurs reprises. Ainsi, le 24 mai 1940, dans l'Aisne, il abat de sa main un avion au fusil-mitrailleur quelques jours après avoir ramené avec sa section 14 prisonniers allemands.

Toujours dans l'Aisne, le 8 juin 1940, il détruit à lui tout seul quatre chars allemands avec un canon de 25 mm et en immobilise un cinquième à l'aide d'une grenade. Blessé par balle à deux reprises, l'adjudant Palaud perd connaissance sur le champ de bataille. Lorsqu'il revient à lui, il se trouve prisonnier avec les survivants de sa section. Dirigé sur l'Allemagne, il est conduit au camp de Sulbach-Rosenberg en Tchécoslovaquie d'où il parvient à s'évader à sa troisième tentative. Rentré en France après avoir parcouru près de 2 000 kilomètres en pays ennemi, il est affecté au 26e Régiment d'infanterie, le 7 août 1941.

 Désirant absolument poursuivre le combat, il tente de rejoindre les Forces françaises libres, en juin 1942, en passant la frontière des Pyrénées. Arrêté en Espagne, il y subit une détention de six mois. Il arrive finalement à Londres en mars 1943 et se porte volontaire pour une mission spéciale en territoire occupé par l'ennemi. 
Désigné comme adjoint d’André Rondenay, chef du plan "Tortue", visant à neutraliser les "Panzer Divisionnen" le jour "J", il est déposé en France par une opération Lysander le 13 septembre 1943 dans la région de Tours avec son chef. Dès lors, il se dépense sans compter pour organiser l'infrastructure du dispositif, parcourant sans cesse toute la zone nord pour recruter et entraîner des équipes spécialisées. 
En janvier 1944, André Rondenay remplace André Boulloche Délégué militaire de la Région de Paris, qui vient d'être arrêté. Noël Palaud se voit dès lors chargé, en plus de ses fonctions normales, de l'organisation paramilitaire des groupes de résistance de cette région. Il prend part à de nombreux sabotages demandés par le haut commandement interallié et notamment, à l'attaque dans l'Orne d'un dépôt au cours de laquelle 12 Allemands sont tués. Le 20 mars 1944, le commandant Palaud est arrêté par la Gestapo à Paris ; interné à Fresnes, il est torturé mais ne parle pas. Transféré à Compiègne il est déporté en juin 1944 en Allemagne, au camp de Dachau où il participe à la résistance et parvient à sauver d'une mort certaine de nombreux déportés. Libéré par l'avancée des troupes alliées en avril 1945, Noël Palaud reprend après la guerre sa carrière militaire. Il participe à la guerre d'Indochine avant d'être affecté au Centre de sélection n°1 au Fort de Vincennes comme commandant en second.  Promu au grade de lieutenant-colonel, il prend sa retraite en octobre 1964. Noël Palaud est décédé le 5 août 1985 à l'hôpital de Bordeaux. Il a été inhumé en Dordogne, à Peyzac-le-Moustier. 

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• Commandeur de la Légion d'Honneur 
• Compagnon de la Libération - décret du 19 octobre 1945 
• Médaille Militaire 
• Croix de Guerre 39/45 (8 citations) 
• Croix de Guerre des TOE (3 citations) 
• Médaille de la Résistance avec rosette 
• King's Medal for Courage (GB)


Jean Rey : Un héros du groupe de chasse Normandie-Niemen 

reyC’est au cœur du vignoble, à Bergerac plus précisément, que Jean Rey est né le 9 juillet 1920. Il fait son baptême de l’air. C’est le coup de foudre : il sera pilote d’avion. Jean Rey, comme tous les jeunes, suit les cours de l’école communale avant d’arrêter ses études. Il s'engage, à 17 ans, dans l'aviation civile avant de passer, en juin 1939, dans l'armée de l'Air muni de son brevet de pilote civil. Breveté pilote militaire le 27 juillet 1939, Jean Rey, après quelques mois passés à La Rochelle, est muté à Etampes, à l'Ecole acrobatique, avant d'être envoyé en Afrique du Nord, à la base de Fez où il parvient le 31 décembre 1939, avec le grade de sergent. Affecté en mars 1940 à la base aérienne de Canrobert, il rejoint celle de Meknès en juillet 1940. Contraint à l'inaction par l'armistice, il tente avec quelques camarades de rallier les Forces françaises libres en passant par Gibraltar.

Ne parvenant pas à mettre en route l'appareil choisit pour l'évasion, le petit groupe est arrêté au départ, sur le terrain d'aviation de Fez en janvier 1941. Incarcéré à la prison de Meknès, Jean Rey est jugé le 10 août 1941 et condamné à 10 ans de travaux forcés. Interné à la forteresse militaire de Port Lyautey il doit sa libération, quelque 20 mois plus tard, le 17 novembre 1942, au débarquement allié en Afrique du Nord. 
Parvenu à Londres en février 1943, il s'engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres et poursuit un entraînement actif à Camberley. Nommé aspirant le 15 mars 1943, il se porte volontaire pour le front russe et rejoint, le 3 août 1943, le Groupe de Chasse « Normandie » qui combat en URSS aux côtés de l'Armée Rouge. 
Le 28 août, pour sa première mission de liaison, l'avion estafette U2 biplace à bord duquel se trouve Jean Rey s'égare et passe les lignes allemandes dans la région de Ielnia. Violemment pris à parti par la Flak allemande, l'appareil est criblé de projectiles et l'aspirant Rey est tué à son poste d'observation par des éclats d'obus. 
Le pilote de l'avion, le sous-lieutenant Astier, malgré une blessure, parvient à ramener l'appareil et le corps de Jean Rey dans les lignes russes; il avait accompli 300 heures de vol. Jean Rey est inhumé dans sa ville natale de Bergerac. 

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• Chevalier de la Légion d'Honneur 
·  Compagnon de la Libération - décret du 11 avril 1944 
·  Croix de Guerre 39/45 avec palme 
·  Médaille des Services Volontaires dans la France Libre.


Jacques Rouleau : La volonté de se battre pour la France

rouleauNé le 18 juin 1922 à Périgueux, fils d'industriel connu, promu à une balle carrière de chef d’entreprise, Jacques Rouleau sera un des premiers à s’engager dans les Forces Françaises Libres. Le 18 juin 1940, jour de ses 18 ans, il quitte Périgueux avec l'accord de ses parents pour tenter de rejoindre l'Angleterre. Le 21 juin, avec son frère Jean-Claude, il embarque à Saint-Jean-de-Luz sur le Batory, évacuant des troupes polonaises. A Londres, il s'engage le 1er juillet 1940 dans les Forces françaises libres. 
Affecté à la 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE), il prend part à l'expédition de Dakar fin septembre 1940 avant de débarquer au Cameroun. Il suit les cours d'élève officier au camp Colonna d'Ornano de Brazzaville (Congo) et, promu aspirant, est affecté au Bataillon de marche n°6 (BM6) à Mindouli au Congo. 
En 1942, il part pour le Liban avec son unité qui y stationnera jusqu'à la fin de la Guerre. Resté malgré lui loin des combats, Jacques Rouleau fait 10 demandes répétées d'affectation dans une unité engagée dans les combats. En octobre 1944, il obtient enfin sa mutation en France à la 1ère Division française libre qu'il rejoint qu'en décembre 1944, via l'Afrique du Nord, sur le front de l'Alsace.

Le lieutenant Rouleau est affecté  au Bataillon d’Infanterie de Marie et du Pacifique (BIMP) comme chef de section à la 3e Compagnie. Il montre en toutes circonstances sa volonté de se battre. 
En avril 1945, il combat dans le massif de l'Authion dans les Alpes. Au cours de la reconnaissance de la Maison du Câble, il se porte en tête de ses hommes aux abords immédiats des défenses allemandes et en rapporte des renseignements précieux. Trois jours plus tard, le 10 avril 1945, il mène la première attaque contre la position. Parvenu avec quelques-uns de ses hommes aux barbelés, il se prépare à donner l'assaut quand il est très grièvement blessé par balle et éclat d'obus au bras et à la jambe et doit être amputé de l'avant-bras gauche. 
Après la guerre, Jacques Rouleau reprend ses études à l'école de la France d'Outremer dont il devient administrateur en poste au Moyen-Congo puis à Nouméa en Nouvelle-Calédonie où il retourne à titre privé en 1967 comme chef d'entreprise. Jacques Rouleau est décédé le 12 mai 2008 à Marseille.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur 
• Compagnon de la Libération - décret du 27 décembre 1945 
• Croix de Guerre 39/45 (2 citations) 
• Médaille de la Résistance


Maurice Sarazac : Le Méhariste du Général Leclerc

sarazac2Fils d’instituteur, Maurice Sarazac est né le 17 décembre 1908 à Liorac en Dordogne. En 1930, il entre à Saint-Cyr (promotion "Joffre") et, à la sortie de l'Ecole, deux ans plus tard, choisit l'Infanterie coloniale. Maurice Sarazac est désigné pour l'Afrique Occidentale française où  il devient méhariste. En 1938, après un court séjour en France, il est affecté au Tchad où il prend successivement le commandement des groupes nomades du Kanem et du Tibesti. En patrouille dans le Fezzan, le capitaine Sarazac apprend avec stupeur l'armistice de juin 1940. Le 26 août, au moment du ralliement du Tchad, il rejoint la France libre et c'est à lui et à ses méharistes que le colonel Leclerc confie la charge de surveiller les mouvements de l'adversaire. 
Il commande, au sein de la colonne Leclerc, le Groupe nomade du Tibesti (GNT) et mène un raid sur le poste italien de Tedjéré en Libye (au nord ouest du Tchad) du 23 décembre 1940 au 15 janvier 1941.
A la tête du GNT, il participe à la 1ère campagne du Fezzan (février - mars 1942) et reçoit une première citation à l'ordre de la Division pour avoir parcouru près de 2 000 kilomètres avec ses hommes. Lors de la seconde campagne du Fezzan (décembre 1942 - janvier 1943), il est à nouveau cité pour être parvenu à faire rapidement capituler la position fortifiée de Gatroum et pour s'être saisi d'un nombre important de prisonniers et de plusieurs canons.

Toujours avec son Groupe, il est engagé dans la campagne de Tunisie avec la Force L. En 1943, à Sabratha en Tripolitaine, au moment où se constitue la 2e DB, il est décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle Ayant pris le commandement de la 10e Compagnie du Régiment de Marche du Tchad (RMT), il fait de cette unité, au Maroc puis en Angleterre, une des plus efficaces de la 2e DB. 
En août 1944, il débarque en Normandie avec ses hommes et se distingue, le 13, à Argentan où il entre après avoir, au cours des combats de rue, tué plusieurs dizaines d'Allemands et infligé des pertes sérieuses à l'ennemi en véhicules lourds. Il est cité à l'ordre de l'Armée.

 Après la libération de Paris, où son half-track de commandement franchit le premier la porte d'Italie le 25 août, il prend une part active à la campagne des Vosges. A Andelot, le 18 septembre, il capture lui-même le colonel commandant la garnison et son Etat-major. Fin octobre 1944, il occupe et tient le village de Montigny en Meurthe-et-Moselle pendant plusieurs jours malgré les nombreuses réactions de l'ennemi. 
Promu chef de bataillon, il prend le commandement d'un sous groupement tactique avec lequel il parvient à Marckolsheim dans le Bas-Rhin le 31 janvier 1945 au cours de la manœuvre qui coupe l'Alsace en deux. Il termine la guerre à Berchtesgaden.

Volontaire pour l'Extrême-Orient, il part pour l'Indochine comme commandant d'un sous groupement de Marche de la 2e DB sous les ordres du colonel Massu. Il participe aux opérations de la Plaine des Joncs et se distingue à Song-Bé, Quan-Hoï et Min-Tonh. Il prend part au débarquement d'Haiphong puis aux opérations de Bac Ninh du 3 au 6 août 1948.

 En mars 1947, Maurice Sarazac occupe le poste de gouverneur militaire du Fezzan puis est promu au grade de lieutenant-colonel.  En 1952 il rentre en France où il commande le 3e RIC avant de partir en Allemagne à la tête du 110e RIC dans le cadre de la Brigade légère "Javelot".  De 1954 à 1957, le colonel Sarazac est sous-chef d'Etat-major des troupes de Tunisie. En 1958, il commande le 1er RIC à Versailles puis, l'année suivante, est affecté aux Affaires algériennes à Alger où il reçoit ses étoiles de général de brigade. Il se distingue le 11 décembre 1960 lors des événements d'Alger en se portant en plein cœur de l'émeute, faisant preuve d'un sang-froid remarquable. Ensuite, il retourne en métropole comme commandant de la subdivision autonome des Basses-Pyrénées. Nommé général de division, il se retire dans les Pyrénées-Atlantiques, à Serres-Castet. Maurice Sarazac est décédé le 28 octobre 1974 à Serres-Castet où il est inhumé.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur 
• Compagnon de la Libération - décret du 23 mai 1942 
• Officier de l'Ordre National du Mérite 
• Croix de Guerre 39/45 (8 citations) 
• Croix de la Valeur Militaire (2 citations) 
• Chevalier du Mérite Agricole 
• Médaille Coloniale (6 agrafes) 
• Presidential Unit Citation (USA) 
• Officier du Mérite Saharien 
• Commandeur du Dragon d’Annam 
• Commandeur du Nicham Iftikar 
• Commandeur du Ouissam Alaouite 
• Officier de l’Etoile Noire du Bénin


Un certain nombre de Compagnons de la Libération, pour des raisons diverses, bien que pas natifs de la Dordogne ont partagé leur destin avec celui de la Dordogne. Ils sont onze. De leur action au sein de la Résistance départementale - Henri Adeline - à une nomination comme préfet - Jean Lucchesi, passant par la retraite - Yves Julian ou encore le lieu d'exhumation - Jacques Fitamant, ou encore comme maire - François Tilly et même conseiller général - Charles Serre, à leur façon ils ont marqué l'histoire du pays et y ont attaché leur terre d'adoption, le Périgord.

Henri Adeline : de Bergerac à Royan

adelineHenri Adeline est né le 8 mai 1898 à Verdun de parents lorrains. Après des études secondaires au collège de Verdun puis au lycée de Troyes, il est admis à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1916 (promotion des Drapeaux et de l'amitié franco-américaine). Il y reste un an et part pour le front comme aspirant du 278e régiment d’infanterie en août 1917.

Blessé par éclat d’obus en juillet 1918,  Henri Adeline reçoit deux citations à l'Ordre de la Division. En 1920 il est affecté au service de transmissions des Troupes du Maroc dans les confins algéromarocains avant de passer, sur sa demande, dans l’arme du Génie. Il sert jusqu’en 1922 dans plusieurs garnisons du Maroc comme officier chargé des transmissions et reçoit une nouvelle citation. Après avoir suivi les cours de la Division technique de l’Ecole technique du Génie et de la section radio de l’Ecole supérieure d’Electricité, il se voit affecté au 18e Régiment du Génie à Nancy où il reste six ans. Admis à l’Ecole de guerre (1930-1932), il est ensuite affecté à l’Etat-major de la 20e Région militaire (Nancy) puis au 6e Régiment du Génie à Angers.

En septembre 1939, il rejoint l’Etat-major du 12e Corps d’armée en Alsace comme chef du 4e Bureau. Le 24 juin 1940, au moment de la reddition du groupe d’armée françaises encerclées en Alsace, le chef de bataillon Adeline refuse de se rendre aux forces allemandes ; à la tête d’un petit groupe d’officiers et de sous-officiers, il tente de rejoindre la zone libre et parcourt ainsi 250 kilomètres à pied en 35 jours. Au sein de l’Armée d’armistice, Henri Adeline commande le 1er Bataillon du Génie à Bergerac au moment de l’occupation par les Allemands de la zone libre en novembre 1942 ;  il prend dès lors contact avec des organisations de Résistance (Armée secrète et Organisation de Résistance de l’Armée).

En avril 1944, il assure le commandement des maquis de la région de Bergerac et devient adjoint militaire au chef de l’AS de Dordogne sud. A la tête des 2 500 hommes des maquis AS et FTP de Dordogne Sud, il engage en août 1944 la poursuite des colonnes allemandes qui se replient sur Bordeaux. Il y entre le 28 août dans une ville déserté par les Allemands.

Début septembre il prend le commandement de tous les groupements FFI du Sud-ouest -soit plus de 12 000 hommes- et les lance vers la Charente-Maritime. Il réussit à enfermer l'ennemi dans les poches de La Rochelle, Royan et la Pointe de Grave. Le 18 septembre 1944, dans son P.C. de Saintes, il reçoit le général de Gaulle qui le confirme dans son commandement opérationnel et lui prescrit de réduire les poches de Royan et de La Pointe de Grave de façon à débloquer le port de Bordeaux et de temporiser avec les Allemands pour éviter la destruction du port de La Rochelle.

Henri Adeline assure seul cette mission très difficile, devant un ennemi supérieur en nombre et en moyens avec des forces pauvrement armées, jusqu'au 22 octobre 1944. A cette date, il passe sous les ordres du général de Larminat commandant des Forces françaises en opération sur le front de l’Ouest (devenu ensuite Détachement d’Armée de l'Atlantique). Henri Adeline commande dès lors les fronts de La Rochelle et Royan jusqu'en avril 1945, continuant à faire preuve des mêmes qualités de combattant, de chef et d'organisateur.

Lors de l'attaque de Royan, du 14 au 18 avril, il commande le groupement sud de la Division « Gironde » comprenant 10 000 hommes. Il atteint ses objectifs avant les délais prévus, enlève des ouvrages puissamment fortifiés et couverts par d'importants champs de mines, libère trois gros villages, la partie Ouest de Royan et capture un important matériel.

Le 25 avril 1945, aux Mathes près de Royan, le général de Gaulle lui remet la Croix de la Libération. Promu général de brigade le 8 mai 1945, Henri Adeline commande le Génie en Algérie puis le Génie de la 1ère Région militaire où il initie et coordonne la construction de près de 1 500 logements pour les cadres militaires en région parisienne.

Prenant sa retraite en 1955, il dirige un bureau d'Etudes de Construction et réalise plus d’un millier d’appartements en banlieue parisienne, à Strasbourg et à Saint-Georges de Didonne. Henri Adeline est décédé le 1er mai 1971, dans un accident de voiture à Châlons-sur-Marne. Il a été inhumé à Sivry-sur-Meuse dans la Meuse.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 28 mai 1945 • Croix de Guerre 1914/18 (2 citations) • Croix de Guerre 1939/45 (2 citations) • Croix de Guerre des TOE (1 citation) • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance


Eugène Déchelette : alias Chasseigne – Ellipse –Digonnet – Emile Perrichon

decheletteFils d’industriel, Eugène Déchelette est né le 5 janvier 1906 à Roanne dans la Loire. Licencié en droit et diplômé de l'Ecole des sciences politiques, il est employé avant de devenir ensuite administrateur d'une société de textiles familiale (S.A. Déchelette-Despierres) à Roanne.

Mobilisé comme officier de réserve en août 1939 au 216e Régiment d’artillerie à Clermont-Ferrand, il participe à la campagne de 1940 en Lorraine, Belgique et Hollande. Fait prisonnier à Lille, il s'évade dans des conditions difficiles et rejoint Londres le 31 juillet 1940. Il s'engage immédiatement dans les Forces françaises libres.

Officier de liaison à l’Etat-major particulier du général de Gaulle à partir de janvier 1941, il rejoint l’état-major du 2e Bureau (services secrets) le 1er avril 1941. Promu capitaine, il est affecté comme officier de renseignement, chef du 2e Bureau, au haut-commissariat du Pacifique auprès du capitaine de vaisseau Thierry d'Argenlieu et arrive à Nouméa en août 1941.

En juin 1943, à l’issue de la mission d’Argenlieu, il rentre en Grande –Bretagne et est affecté au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). Il se porte alors volontaire pour une mission en territoire occupé par l'ennemi.

Durant son parachutage le 29 janvier 1944 près de Limoges, il se fracture la cheville. Délégué militaire régional de la région R5 qui comprend les départements de la Corrèze, de l'Indre, de la Haute-Vienne et de la Dordogne, sous le nom d'Ellipse, il joue un rôle important auprès des maquis du Limousin que dirige Georges Guingouin.

Dans une situation rendue difficile par la multiplicité des mouvements de résistance, il entreprend d'organiser, en les unifiant, tous les éléments et unités de la résistance militaire. Il assure aussi la mise en place et l'exécution de tous les plans en vue du jour J. Dès le 6 juin, il parcourt sans relâche la région, assurant par ses contacts une unité de commandement effective et l'organisation d'un état-major Régional.

Il participe activement à la libération des principales villes de la région dont il a la charge. Lors de la campagne de répression entreprise par une colonne allemande dans le département de la Creuse entre le 14 et le 23 juillet 1944, il se rend personnellement sur les lieux et réussit, dans les pires conditions, à regrouper les FFI et à les préparer pour les prochains combats.

Après avoir fait partie de la Mission Chaban-Delmas, il est démobilisé en 1946 avec le grade de lieutenant-colonel honoraire. Eugène Déchelette reprend alors ses fonctions à la S.A. Déchelette-Despierres dont il devient le PDG Cette société étant absorbée en 1966 par le groupe Dolfuss-Mieg, il conserve ses fonctions de PDG jusqu'en 1971.

Il exerce ensuite les fonctions de Conseiller Technique auprès de sociétés de tissage tout en possédant également un élevage de bovins en Saône et Loire. Eugène Déchelette est décédé le 8 novembre 1973 à Troyes lors de son retour du pèlerinage annuel à Colombey-les-Deux-Eglises, organisé par la Chancellerie de l'Ordre de la Libération. Il a été inhumé le 11 novembre 1973 à Saint-Didier-en-Brionnais par Marcigny (Saône-et-Loire).

> Les distinctions

• Officier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Grand Officier de l'Ordre National du Mérite • Croix de Guerre 39/45 • Médaille de la Résistance • Officer of the Legion of Merit (USA) • Officer of the British Empire (GB)


Jacques Fitamant : inhumé à Saint-Pierre d'Eyraud

fitamantJacques Fitamant est né le 10 décembre 1905 à Kerlouan dans le Finistère. Il s’engage pour cinq ans à Brest au titre du 2e Régiment d’infanterie coloniale en 1924. Promu caporal l’année suivante, il est affecté au 41e Régiment de tirailleurs coloniaux au Maroc où il prend part à la campagne du Rif en 1925. En 1927, il passe au 6e Régiment de tirailleurs sénégalais et est nommé sergent. Un an plus tard, il passe au 21e RIC. Il quitte l’armée en janvier 1929 et se réengage en décembre 1931 avec le grade de soldat de 1ère classe au 22e RIC ; affecté au 9e RIC à Hanoi, il repasse au 2e RIC en 1934 avec le grade de caporal. L’année suivante, Jacques Fitamant est affecté au 1er Régiment de spahis algériens et promu au grade de maréchal des logis.

En 1939, il quitte l’Algérie pour le 12e Régiment de chasseurs à cheval à Sedan et prend part à la campagne de France. En décembre 1940, il est affecté à Beyrouth où il débarque en janvier 1941 pour servir au 6e Régiment de chasseurs d’Afrique à Alep. Après les combats de Syrie, il s’engage, en juillet 1941, à Beyrouth, dans les Forces françaises libres et est affecté chez les Spahis, au 3e Escadron du Groupe de reconnaissance de corps d’armée (GRCA). Promu maréchal des logis chef en décembre 1941, il participe à la campagne de Libye en effectuant des reconnaissances. En mai 1942, le 3e escadron devient le 2e Escadron et part pour l’Egypte. Son escadron intégré à la Colonne volante, Jacques Fitamant prend part à l’offensive d’El Alamein en octobre 1942.

En novembre 1942, son escadron devient le 2e Escadron du 1er Régiment de marche de spahis marocains (1er RMSM). Jacques Fitamant prend part, de mars à mai 1943, aux combats de Tunisie où il se distingue particulièrement, au cours des opérations du 7 au 15 avril, en pénétrant sciemment dans une position ennemie parsemée de mines antipersonnelles et, le 15 avril, en surprenant un détachement ennemi auquel il inflige des pertes sensibles.

En septembre 1943, il gagne Temara au Maroc où se constitue la 2e Division blindée du général Leclerc dont le 1er RMSM devient le régiment de reconnaissance. Embarquée à Oran à destination de l’Angleterre, la 2e DB s’y prépare à intervenir en France. Débarqué en Normandie le 2 août 1944, l’adjudant Fitamant participe à la campagne de Normandie et le 12 août détruit un convoi allemand comportant plusieurs chars lourds dans le village de Francheville près d’Alençon. Le lendemain, il libère le village de Boucé.

Toujours volontaire, il s’illustre, après les combats de nettoyage de Paris en août 1944, pendant la campagne des Vosges où, le 15 septembre 1944, devant Zincourt près de Contrexeville, il met en fuite des fantassins allemands et détruit un observatoire ennemi. Le 19 novembre, en Lorraine à l’attaque de Bertrambois, bien que blessé par éclat de mortier, il poursuit sa mission, refusant de se faire évacuer. Il combat ensuite en Alsace, à Strasbourg Erstein et Grussenheim notamment avant de terminer la guerre sur le front de l’Atlantique, à Royan puis en Allemagne. Promu au grade d’adjudant-chef en juin 1945, il est démobilisé un an plus tard. Il s’installe ensuite à La Rochelle comme dépanneur radio.

Jacques Fitamant est décédé le 16 avril 1980 à Libourne. Il a été inhumé à Saint-Pierre d’Eyraud en Dordogne.

> Les distinctions

 • Officier de la Légion d’Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 24 mars 1945 • Médaille Militaire • Croix de Guerre 39/45 (4 citations) • Croix du Combattant Volontaire • Médaille des Services Volontaires dans la France Libre


Yves Jullian : d'El Alamein à Saint-Jean d'Ataux

jullianFils de fonctionnaire, Yves Jullian est né le 19 juillet 1918 à Marseille. En 1936, à 17 ans, après un double baccalauréat lettres et mathématiques, il part en Espagne rejoindre les troupes révolutionnaires, mais en revient rapidement désillusionné. Licencié ès-sciences en 1938, il est ingénieur diplômé de l’Ecole nationale supérieure de Géologie appliquée et de prospection minière de Nancy en 1939.

Déclaré inapte au service militaire à la suite d’une poliomyélite infantile, Yves Jullian commence sa carrière dans la prospection aurifère en AEF, au Cameroun, où il apprend la chute de Paris en juin 1940.

Il cherche alors à partir pour continuer le combat au Nigeria, colonie britannique. Finalement il rejoint Yaoundé au lendemain du ralliement du Cameroun à la France libre. Engagé comme simple soldat à la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère (13e DBLE) en septembre 1940, il est blessé en Erythrée en mars 1941 lors des combats de Keren.

Sa brillante conduite au feu le fait désigner, après la campagne de Syrie à laquelle il prend part en juin 1941, pour le cours des élèves officiers de Damas. Il est promu aspirant le 25 octobre 1941 et rejoint, en qualité de chef de section, la 2e Compagnie du 1er Bataillon de Légion Etrangère de la 13e DBLE. Engagé dans la campagne de Libye contre les troupes de l’Afrika Korps, il combat à El Alamein en octobre 1942, dans les difficiles combats de l’Himeimat. Promu au grade de sous-lieutenant le 25 mars 1943, Yves Jullian prend part à la campagne de Tunisie pendant laquelle il se distingue particulièrement le 9 mai 1943, au Djebel Garci, en faisant avec sa patrouille 14 prisonniers allemands ; malgré un accrochage sérieux, il parvient à ramener tous les prisonniers dans les lignes françaises sans subir aucune perte.

Un an plus tard en Italie, il s’illustre à nouveau au combat le 15 juin 1944 lors de la prise du château de Radicofani où il repousse une contre-attaque sur l’objectif qu’il vient de conquérir ; il est blessé le même jour, en portant secours à un officier mortellement atteint. Après un mois de soins hospitaliers en Italie, il rejoint son unité pour prendre part au débarquement en Provence à la mi-août 1944 et à la libération d’Hyènes. D’août à novembre 1944 pendant la campagne de France, il est officier de liaison du 1er BLE et montre une activité inlassable, se portant volontaire pour toutes les missions dangereuses. Il combat dans les Vosges puis en Alsace, notamment au Ballon d’Alsace, le 23 novembre 1944.

Promu lieutenant le 25 décembre 1944, Yves Jullian est grièvement blessé une troisième fois lors de la campagne d’Alsace après les combats d’Illhausern, le 27 janvier 1945, au cours de l’attaque de Grussenheim en entraînant sa compagnie à l’assaut. Il termine la guerre à l’hôpital en France puis en Tunisie.

Démobilisé en octobre 1945, il reprend des études et obtient en 1948 son diplôme d’ingénieur de l’Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs à Paris. Il exerce ensuite comme ingénieur dans la recherche de pétrole à Montpellier puis à Paris. En 1954, il découvre le premier gisement pétrolier à Chailly en Bière. Ingénieur conseil à Genarep (1958-1960) et directeur d’exploitation chez Omnirex de 1958 à 1961, il est nommé PDG de la société de recherches géophysiques Independex SA de 1961 à 1964. Il exerce ensuite dans une société d’état algérienne de recherche minière et pétrolière. De 1969 à 1973 il est à Tripoli (Libye) pour le compte d’ELF Aquitaine, puis il travaille comme ingénieur conseil indépendant jusqu’en 1978. Membre de plusieurs sociétés et associations internationales de Géologie, il prend sa retraite en Dordogne. Yves Jullian est décédé le 21 septembre 1983 à Saint-Jean d’Ataux en Dordogne. Il est inhumé à Nîmes.

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 • Commandeur de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 29 décembre 1944 • Croix de Guerre 39-45 (5 citations) • Médaille de la Résistance avec rosette • Military Cross (GB)


Roger Lescure, alias : colonel Murat

lescure4Roger Lescure est né le 23 décembre 1912 à Albussac en Corrèze de parents meuniers. Après une courte scolarité, muni de son certificat d’études, il fait divers petits métiers à Albussac et Argentat. Monté à Paris à 18 ans, il est "bougnat", livreur aux halles de Paris, garçon de café, serveur de restaurant. Il fait son service militaire à Limoges au 20e Régiment de dragons, en 1934. La guerre survient, alors qu’il a une forte activité au sein du Parti communiste français où il a connu Léon Lanot.

Celui-ci, après la démobilisation de juin 1940, va devenir responsable de la résistance en Haute-Corrèze et va amener Roger Lescure à reprendre l’activité et à recruter au sein du PCF. Du 21 juin 1941 à la libération, son épouse et lui mettent leur établissement, le café "Le Verdanson", à disposition du parti communiste clandestin, dirigé en Corrèze par Germain Auboiroux et Paul Peyraud. La plupart des réunions se passaient chez le couple Lescure. A ce titre, Roger Lescure est arrêté comme communiste le 6 avril 1943, interné au camp de Saint Paul d’Eyjeaux, en Haute-Vienne, puis transféré à la forteresse de Saint Martin de Ré, le 1er juin 1943. Il s’évade le 12 septembre 1943, pour rejoindre son poste de combattant de l’ombre en Corrèze. Il se réfugie chez des amis sans cesser son activité, bien au contraire.

Fin octobre 1943, il est envoyé en Dordogne pour organiser, puis diriger l’École des cadres interrégionale à Fanlac. Il s’agit de former des hommes à la guerre de harcèlement et d’en faire des sous-officiers et des officiers de la Résistance, qui à leur tour formeront des maquisards confirmés. Les attaques des maquis sont si nombreuses que les Allemands surnomment le Limousin "la petite Russie". Cette école, malgré une attaque allemande, existera jusqu’au bout, en changeant souvent de place.

Au début de 1944, Roger Lescure est nommé commissaire aux opérations régional (COR) pour la Dordogne, jusqu’au 6 avril, puis commissaire aux opérations interrégional (COIR) pour la 5e Région FFI (comprenant la Haute-Vienne, la Creuse, la Corrèze, l’Indre, la Dordogne et le Lot) et nommé lieutenant-colonel, affecté à l’État-major des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) de la 5e Région (R5), sous la direction du colonel Rousselier (alias Rivier). Roger Lescure participe à la libération de la ville d’Egletons en Corrèze. Après la libération du département et de la région, il est nommé commandant du bataillon de sécurité de la région FFI.

Il aide à la création, sur Périgueux, du 134e Régiment d’infanterie (134e RI) composé d’anciens maquisards de la R5. Il est commandant adjoint du colonel Demonet. Avec son régiment, le lieutenant-colonel Lescure reste en poste à Metz de juin à novembre 1945, puis l’accompagne en occupation en Allemagne. Après sa démobilisation, en 1946, il reprend son activité de commerçant cafetier.

Roger Lescure devient ensuite entrepreneur en exploitation de carrière (quartz, silice) pendant quelques temps, puis reprend son métier de commerçant, mais dans l’habillement, jusqu’en 1978, date à laquelle il prend sa retraite. Roger Lescure est décédé le 31 mai 2009 à Terrasson Lavilledieu en Dordogne. Il est inhumé à Brive-la-Gaillarde en Corrèze.

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• Commandeur de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Médaille de la Résistance avec rosette • Croix du Combattant Volontaire 39/45


Jean Lucchesi : l'ami de Yves Guéna

lucchesi jean5Jean Lucchesi est né le 24 juillet 1918 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Son père était négociant. Elève au lycée Michelet à Paris, il obtient une licence en droit et entre à l'Ecole de la France d'Outre-Mer. Mobilisé le 2 septembre 1939 au centre de Préparation militaire supérieure de Laval, suit les cours d'EOR de Saint-Cyr et devient aspirant le 16 mai 1940. Il participe à la campagne de France, notamment aux durs combats sur la Seine et sur la Loire en qualité de chef de section d'Infanterie. Il est fait prisonnier le 23 juin 1940, retrouve sa liberté le 9 juillet et demande à servir outre-mer dans le secret dessein de rejoindre le général de Gaulle, comme le fera également son frère Yves, pilote de bombardier en Angleterre. 

Engagé dans les troupes coloniales en juin 1941, il est affecté en octobre au groupe nomade N'Guimi, dans les confins nigériens. Après une première tentative infructueuse en janvier 1942, entreprend en septembre 1942, avec l'aspirant Pierre Lebrun, une marche à chameau pour rallier les Forces Françaises Libres de l'AEF et parvient, au bout de trois jours et trois nuits, à joindre le groupe nomade du Kanem.

Jean Lucchesi est affecté en octobre 1942 à la 1ère Compagnie de découverte et de combat du Régiment de Tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) au sein de la Colonne Leclerc. Il se distingue lors de la seconde campagne du Fezzan en janvier 1943 à Mizda où il dirige avec précision son canon de 20 mm sous le feu de l'ennemi. Il prend part ensuite aux combats de Tunisie jusqu'en mai 1943.

Le 5 octobre 1943, lors de la formation de la 2e Division blindée (2e DB) au Maroc, il est affecté au Régiment de Marche du Tchad (RMT) comme chef de section à la 3e Compagnie. Il débarque en France avec la Division début août 1944 et s'illustre par son esprit offensif, son sang-froid et son courage au feu tout au long de la Bataille de Normandie, notamment à Doucelles, au Mesnil Scelleur et à Carrouges. A Paris, il se distingue encore aux combats des Tuileries en éclairant à chaque instant la marche des chars et en facilitant la destruction de six chars lourds ennemis. Sous un feu violent adverse, il entraîne par son exemple, ses hommes à l'assaut des nids de résistance ennemie qui défendent les jardins des Tuileries.

Jean Lucchesi fait une nouvelle fois la preuve de son courage dans les Vosges. Le 22 septembre 1944, il se lance à la tête de sa section à l'assaut du village de Menil-Flin et s'en empare rapidement en infligeant des pertes sévères à l'ennemi. Le 31 octobre 1944, il entre le premier à Baccarat.

Le 2 novembre, près de Bertrichamps, il réussit le délicat décrochage d'une patrouille prise sous un feu ajusté de mitrailleuses et organise avec un courage et une habileté remarquables le sauvetage de trois de ses hommes grièvement blessés. Le 20 novembre, il nettoie plusieurs villages dont celui de Langatte, permettant la capture d'une batterie d'artillerie. Le lendemain, il dirige avec succès une action à pied qui permet de s'emparer du passage de La Petite Pierre. Le 23 novembre, au Pont de Khel à Strasbourg, il bouscule, au cours d'un violent combat de rues, un ennemi qui se défend farouchement à la grenade et au bazooka. Enfin, il participe à la campagne d'Allemagne et termine la guerre avec le grade de lieutenant.

Il reprend son métier d'administrateur des colonies d'abord comme commandant du cercle de Tidkikja en Mauritanie jusqu'en 1948. Il est ensuite affecté au Soudan comme commandant du cercle de Goundam, chef de la subdivision de Douenza (1951) puis de Bamako (1952-1955), commandant du cercle de Tombouctou (1955-1957) puis de Niafunké (1958-1959). Chef de cercle administratif au Sahara (à Ouargla) en 1960-1961, il est ensuite secrétaire général de la Sarthe (1961-1965), de la Gironde (1966-1969), puis préfet de l'Orne (1969-1973), de la Dordogne (1973-1975). A ce poste il se liera d'amitié avec Yves Guéna dont il sera un des appuis dans sa carrière politique. Enfin inspecteur général de l'administration de 1975 il prendra sa retraite en 1983. Préfet honoraire, il est membre du Conseil de l'Ordre de la Libération depuis 1975. Jean Lucchesi est décédé le 5 novembre 2004 à Bastia. Il est inhumé à Barrettali en Corse.

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• Grand Officier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 24 mars 1945 • Commandeur de l'Ordre National du Mérite • Croix de Guerre 39-45 (6 citations) • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance • Médaille Coloniale avec agrafes "Fezzan", "Tripolitaine", "Tunisie" • Médaille des Services Volontaires dans la France Libre • Presidential Unit Citation (USA) • Officier de l'Etoile Noire du Bénin


André Malraux : le créateur de la Brigade Alsace-Lorraine

malraux colonel-bergerGeorges André Malraux est né le 3 novembre 1901 à Paris, il passe son enfance à Bondy où sa mère tient une épicerie. Il fait ensuite ses études au lycée Condorcet et sort diplômé de l'Ecole des Langues orientales. Il se découvre très tôt une passion pour l'art et la littérature. En 1923 il part pour le Cambodge puis fait, en 1925, un séjour en Indochine, point de départ de sa lutte anticolonialiste. En décembre 1933, La Condition Humaine reçoit le Prix Goncourt. André Malraux se rend à Berlin, en 1934, en compagnie d'André Gide, pour remettre à Goebbels une lettre demandant la libération des prétendus incendiaires du Reichstag. Pendant la guerre civile d'Espagne, il organise, en juillet 1936 l'escadrille España, comptant moins de vingt avions, qui s'appellera bientôt l'Escadrille André Malraux et combattra jusqu'au mois de février 1937. Cette même année il se rend aux Etats Unis pour récolter des fonds pour les hôpitaux espagnols. De retour en Europe en avril, il consigne ses combats dans son livre l'Espoir.

A l'été 1938, il commence en Espagne, à Barcelone puis Tarragone et Montserrat, le tournage de son premier et unique film, l'Espoir, produit par Edouard corniglion-Molinier et présenté au public en 1939, avant d'être interdit par la censure, sous le nom de Sierra de Terruel (Prix Louis Delluc 1945). A la déclaration de guerre, André Malraux se trouve à Beaulieu-sur-Dordogne. Il regagne Paris et s'engage dans les chars de combat à Provins. Blessé, il est interné dans un camp de réfugiés près de Sens et s'en évade en octobre 1940 pour se réfugier dans le midi. Là, il travaille à La Lutte avec l'Ange, son dernier roman, qui paraîtra en Suisse en 1943.

En mars 1944 son frère Claude, résistant, est arrêté par la Gestapo, puis, au mois de mai, c'est au tour de son frère Roland, adjoint au Major Harry Peuleve, du SOE, qui l'avait mis en rapport avec les réseaux de Résistance et le groupe Vény du Lot. André Malraux s'engage alors dans le combat. Passé dans la clandestinité, sous le nom de Colonel Berger , il prend rapidement ses fonctions dans la zone R5 qui comprend la Corrèze, le Périgord, la Dordogne et le Lot et a pour mission d'unifier les maquis de cette région par la création d'un Etat-major Interallié dont le PC est situé à Urval, en Dordogne.

Le 21 juillet 1944, au retour d'une inspection des Maquis du Tarn et d'une rencontre avec Serge Ravanel, chef régional FFI de la région R4, il tombe, avec ses camarades, face à une colonne blindée allemande à Grannat. Blessés, ils réussissent à fuir, seul Malraux est fait prisonnier par les Allemands et transféré à Toulouse. Il sera libéré de la prison Saint-Michel à la libération de la ville. En août 1944, sur l'initiative de Malraux, des négociations sont entreprises en vue de la reddition du 95e Sicherheits-Grenadier, établi à Brive. Le 15 août, à 19 h 30, l'acte de capitulation est signé au Château de la Grande-Borie, à Malemort. A 21 heures les troupes du Maquis font leur entrée dans les rues de Brive.

En septembre commence une autre aventure, celle de la Brigade Alsace Lorraine (environ deux mille hommes), unité intégrée à la 1ère Armée française et que Malraux commande avec André Chamson et le colonel Jacquot. De septembre 1944 à février 1945, la brigade s'illustre à Bois-le-Prince dans les Vosges où elle participe activement à l'opération en renfort du général de Lattre, à Dannemarie où il mène lui-même les commandes de la Brigade à l'Assaut de Balleraderf, à Strasbourg dont il défend le secteur sud contre les chars de Von Rundstedt, et à Sainte-Odile.

André Malraux, pendant la Résistance, dira "avoir épousé la France". Membre du Conseil de direction du Rassemblement du Peuple Français, il est ministre de l'Information du général de Gaulle de 1945 à 1946. Ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles de juillet 1959 à juin 1969, il crée alors les Maisons de La Culture, le Service des Fouilles, ordonne l'inventaire des monuments et des sites artistiques de France, organise d'importantes expositions (le Siècle d'Or Espagnol, le trésor de Toutankhamon, l'Art Iranien, la rétrospective Picasso) et est l'ambassadeur de la culture française à l'étranger, tout en continuant à publier une œuvre dense et riche. Le 19 décembre 1964, les cendres de Jean Moulin sont transférées au Panthéon ; André Malraux prononce pour le chef de la Résistance un discours resté fameux, vibrant hommage au "peuple de la nuit".

André Malraux est décédé le 23 novembre 1976 à Créteil, il a été inhumé dans le cimetière de Verrières-le-Buisson (Essonne). Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 23 novembre 1996.

Lire : André Malraux et la Résistance, Guy Penaud, Fanlac, 1986.

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• Officier de la Légion d’Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Croix de Guerre 1939-1945 • Médaille de la Résistance avec rosette • Distinguished Service Order (GB) • Grand Croix de l'Ordre de la Couronne Royale (Belgique) • Commandeur de la République Espagnole • Grand Croix de l'Ordre National de la République du Tchad • Grand Officier de l'Ordre National de Côte d’Ivoire • Grand Croix de l'Ordre du Soleil (Pérou) • Grand Croix de l'Ordre de la Couronne de Chêne (Luxembourg) • Grand Officier de l'Ordre National de Madagascar • Grand Croix de l'Ordre de Cèdre (Liban) • Grand Croix de l'Ordre du Lion (Finlande) • Grand Officier de l'Ordre de la Croix du Sud (Brésil) • Grand Croix de l'Ordre de l'Eléphant Blanc (Thaïlande) • Grand Officier de l'Ordre National du Niger • Grand Officier de l'Ordre du Mérite de Centrafrique • Grand Croix de l'Ordre de la République (Egypte) • Grand Croix de l'Ordre Royal du Sahametrei (Cambodge) • Grand Officier de l'Ordre du Mérite de la République (Italie) • Grand Officier de l'Ordre de l'Etoile Equatoriale (Gabon) • Grand Croix de l'Ordre Nichan I Homayoun (Iran) • Grand Croix de l'Ordre National Honneur et Mérite de la République d'Haïti • Grand Officier de l'Ordre du Mérite (Congo) • Grand Croix de l'Ordre Al Kawrah al Urdini (Jordanie) • Grand Officier de l'Ordre du Mérite (Sénégal) • Grand Croix de l'Ordre d'El Quetzal (Guatemala) • Grand Officier de l'Ordre du Mérite (Mauritanie) • Grand Croix de l'Ordre du Dannebrog (Danemark) • Grand Croix de l'Ordre du Mérite de la République (Autriche) • Grand Officier de l'Ordre National de la République (Haute-Volta) • Grand Croix de l'Ordre du Ouissam Alaouite (Maroc) • Grand Croix de l'Ordre de Saint Olaf (Norvège) • Grand Croix de l'Ordre de Georges 1er (Grèce) • Grand Croix de l'Ordre de l'Etoile Polaire (Suède) • Grand Croix de l'Ordre de Saint-Jacques de l'Epée (Portugal) • Grand Croix de l'Ordre National de l'Aigle Aztèque (Mexique) • Grand Cordon de l'Ordre du Soleil Levant (Japon) • Grand Croix de l'Ordre du Libertador (Vénézuéla) • Grand Croix de l'Ordre du Mérite de Mai (Argentine) • Grand Croix de l'Ordre du Mérite Fédéral (RFA)  • Grand Officier de l'Ordre National du Mérite (Togo) • Grand Officier de l'Ordre National de la République du Dahomey


Alphée Maziéras : du village de La Coquille aux sables du Fezzan

mazierasAlphée Maziéras est né à Evaux-les-Bains dans la Creuse, le 24 août 1912. Son père, ancien militaire,  était receveur des contributions indirectes. Suivant les affectations de son père, il fait ses études communales à Evaux-les-Bains puis à La Souterraine dans la Creuse également et enfin à La Coquille en Dordogne. En 1923 il emménage avec sa famille à Périgueux où il poursuit ses études au Lycée. Elève brillant, titulaire de ses deux Baccalauréats, il part pour Bordeaux où il prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr qu'il intègre en 1933 (promotion Albert 1er). A sa sortie de l'Ecole en 1935, il est affecté un an sur la ligne Maginot avant de partir pour le Cameroun, le 18 décembre 1936. Sur place il occupe plusieurs postes successifs et notamment le commandement de la subdivision de Guidéa au Nord-Cameroun, en pays Kirdi. C'est là que la guerre le surprend ; désireux de se battre, le lieutenant Maziéras sert dans un détachement de renfort à destination de la France lorsque l'armistice le contraint à demeurer à Douala.

Résolu à poursuivre le combat, il fait partie des officiers qui, avec le commandant Dio, accueille le colonel Leclerc à Douala en août 1940. Il prend une part active au ralliement du Cameroun à la France Libre. Il participe à la campagne du Gabon en qualité de commandant du groupe franc de la Légion du Cameroun et reçoit une citation à l'ordre des Forces Françaises Libres pour avoir suivi et harcelé sans répit un ennemi auquel il fait de nombreux prisonniers.

En février-mars 1942, le capitaine Maziéras prend part à la première campagne du Fezzan à la tête du 1er peloton de la 2e Compagnie de Découverte et de Combat de la Colonne Leclerc et est cité à l'ordre de l'armée pour être allé chercher et avoir ramené, à Znila, un de ses lieutenants blessé à 200 mètres de trois mitrailleuses ennemies. La même année il rejoint le commandant Dio à Largeau au Tchad où il est victime d'un très grave accident de moto. Il est évacué sur l'Afrique du Sud où il est soigné pendant de longs mois. Affecté à l'Etat-major de Rabat, Alphée Maziéras rejoint la 2e Division Blindée du général Leclerc en octobre 1944, dans la région de Rambervillers dans les Vosges.

Affecté au Régiment de Marche du Tchad, il en commande la 11e compagnie. Alphée Maziéras est mortellement blessé devant Bréménil, le 18 novembre 1944, près de Baccarat. Il est inhumé dans la Nécropole nationale de Colmar dans le Haut-Rhin.

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• Chevalier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 23 mai 1942 • Croix de Guerre 39/45 (2 citations) • Médaille Coloniale avec agrafe "Fezzan 1942"


Jean-Bernard Ney : 76 missions de bombardement 

ney bernard jeanJean-Bernard Ney est né le 6 septembre 1921 à Bettembourg au Luxembourg. Ne supportant pas l'idée de l'occupation allemande, Jean-Bernard Ney, alors qu'il n'a que 18 ans, prépare et mène à bien l'évasion au Luxembourg et en Allemagne de plusieurs prisonniers français et belges. Suspectés par les Allemands, il est arrêté mais réussit à s'évader, le 2 mai 1941, de Trèves. Il parvient à gagner le Luxembourg puis la France qu'il traverse quand il est de nouveau arrêté par la garde mobile, le 18 mai 1941, au moment où il s'apprête à franchir la frontière des Pyrénées. Conduit à la prison de Perpignan, il s'en évade le jour même.

Ayant franchi les Pyrénées, Jean-Bernard Ney est de nouveau arrêté et passe trois mois dans les geôles espagnoles avant de pouvoir gagner Gibraltar puis l'Angleterre où il cherche à s'engager dans les Forces Françaises Libres. Bien qu'étranger, il parvient à se faire incorporer dans les Forces Aériennes Françaises Libres en qualité de soldat de 2e classe, le 6 février 1942. Admis à suivre l'entraînement de navigateur, il rejoint le Groupe de Bombardement "Lorraine" (le 342 Squadron de la RAF) en mai 1944. Se révélant excellent navigateur bombardier, il prend part à 76 missions de bombardement comportant plusieurs patrouilles de nuit particulièrement difficiles.

Le 6 juin 1944, il effectue une mission de protection par émission d'écran de fumée au-dessus des côtes de Normandie afin de masquer le débarquement. Comme navigateur-guide, il réussit brillamment plusieurs bombardements, notamment les 22 juillet et 28 août 1944, lors de l'attaque des troupes allemandes en retraite sur le front de l'ouest. En février 1945, le sous-lieutenant Ney est blessé lors d'un atterrissage difficile, après que son avion a été durement touché par la DCA ennemie. A peine rétabli, il se porte volontaire pour d'autres missions et participe à l'offensive victorieuse qui aboutit au franchissement du Rhin et à la défaite allemande. Démobilisé, Jean-Bernard Ney devient fermier, spécialisé dans l'élevage de porcs, au Congo belge. En 1958, de retour en France, il s'installe comme agriculteur en Dordogne. Jean-Bernard Ney est décédé le 31 août 2003 à Cadaujac en Gironde.

> Les distinctions

• Officier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Croix de Guerre 39/45 (3 citations) • Air Medal (USA)


Laurent Ravix : De Monte-Carlo à Bergerac

ravixLaurent Ravix est né le 28 avril 1921 à Monte-Carlo dans une famille ouvrière et paysanne originaire du Vercors. Bachelier, il est reçu à l'Ecole centrale en 1940 et prépare Polytechnique lorsque, le 18 juin 1940, ayant entendu l’appel du général de Gaulle, il décide, avec 14 de ses camarades d'école, de rejoindre L’Angleterre. Embarqué à Bayonne sur le Batory, il parvient en Grande-Bretagne. Engagé dans les Forces françaises libres le 1er juillet 1940, il est affecté à la Section d'artillerie coloniale, futur 1er Régiment d'artillerie (1er RA) de la 1ère Division française libre. Il prend part à l’expédition de Dakar en septembre 1940, et participe à toutes les campagnes de son unité : en Afrique noire en 1940 puis en Syrie en 1941.

A la fin de l’été 1941, il suit les cours d’élève officier à Damas. Nommé aspirant fin 1941, il occupe à Bir-Hakeim, en mai et juin 1942, les fonctions d'officier de tir à la 3e Batterie du 1er RA et fait preuve pendant les attaques d'un calme parfait sous les bombardements intenses de l’ennemi. En octobre 1942, Laurent Ravix prend part aux combats d'El Alamein puis à la campagne de Tunisie et à celle d'Italie en 1944 où il se distingue, notamment à Montefiascone, par sa fougue et son courage. Lieutenant de tir de la 3e batterie du 2e groupe du 1er RA, il se signale de nouveau en Alsace, à Herbsheim, du 7 au 11 janvier 1945, infligeant par ses tirs des pertes sévères à l'ennemi dont les chars livrent des attaques incessantes ; trois de ses canons mis hors d’état, il parvient cependant à tenir une position compromise quatre jours durant avec de simples armes automatiques.

En février 1945, il reçoit des mains du général de Gaulle la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur à Strasbourg. Laurent Ravix termine la guerre sur le front des Alpes en mai 1945. Démobilisé, il reprend ses études et sort, en 1946, breveté de l'Ecole nationale de la France d'Outre Mer (ENFOM). Il sert ensuite en Indochine, au corps de liaison administrative en Extrême-Orient, puis en qualité d'administrateur de province au Cambodge et enfin au cabinet du Haut-commissaire à Saigon où il est chargé, de 1950 à 1953, de la direction des affaires chinoises. En 1953, il poursuit sa carrière d'administrateur en Afrique et sert en Haute Volta.

En 1956-1957, il est envoyé en mission à l'Université d'Oxford. En 1957, il représente la France au Séminaire international d'Harvard avant de reprendre ses fonctions administratives en Guinée puis au Niger. En 1961, il est diplômé du Centre d'Etudes des Programmes économiques et entre dans la Société d'Aide technique et de Coopération (SATEC) où il est chargé de la direction du développement industriel. En 1965 il fait valoir ses droits à la retraite et prend la direction d'une banque privée à Monaco puis, de 1970 à 1985, devient consultant industriel. Laurent Ravix est décédé le 15 octobre 1992 à Bergerac. Ses obsèques se sont déroulées en l'église de Lunas en Dordogne où il a été inhumé.

> Les distinctions

• Officier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Croix de Guerre 39/45 (3 citations) • Médaille de la Résistance • Médaille Coloniale avec agrafes Bir-Hakeim, Libye, Tunisie, Extrême-Orient • Chevalier de Sowathara (Cambodge)


 

Charles Serre, Alias : "Yvette" - "Barraud"

serreCharles Serre est né le 25 septembre 1901 à Paris dans le 6e arrondissement. Après des études de droit, titulaire d'un doctorat, il devient notaire à Champagnac-de-Belair en Dordogne. Mobilisé en 1939 en qualité de lieutenant de réserve, il est démobilisé après la débâcle de la campagne de France, mais se refuse à accepter la défaite. Très vite, il choisit la voie de la résistance ; contacté par Henri Frager et Marcel Cohen, il entre, en décembre 1940, dans le réseau "Jean-Marie" dans lequel il est chargé de constituer des équipes d'action dans le Sud-ouest (renseignements - sabotage - exécution d'agents ennemis).

Charles Serre met en place des groupes armés dans le nord de la Dordogne et prend part personnellement aux premières opérations de guerre contre l'occupant. En 1941, il dirige, entre autres, la destruction du matériel allemand du camp de la Braconne et le sabotage des voies ferrées Limoges-Périgueux. Dès 1942, aidé de son épouse Charlotte, il organise, en liaison avec l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA), des opérations quotidiennes : vol et camouflage de matériel militaire, recherche de terrains de parachutage avec divers agents britanniques des réseaux du colonel Buckmaster, chargé de la section F du Special Operations Executive (SOE), les services secrets britanniques.

Il met en place au même moment un service de faux papiers et un service d'assistance aux réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et aux persécutés politiques et raciaux. En février 1943, Charles Serre entre en contact avec le mouvement "Combat" et les Mouvements unis de Résistance (MUR) et devient le chef des maquis et de l'Armée secrète (AS) du secteur de Dordogne nord. Il mène des actions de guérilla contre la Milice et les Allemands et forme les maquis de Payzac, Dournazac et de Champagnac-de-Belair.

En juin 1943, il entre dans le mouvement "Résistance" par l'intermédiaire de Jacques Destrée qu'il le désigne comme son successeur. Après l'arrestation de Destrée, en octobre 1943, il prend, sous les noms de "Barraud" et "Yvette" les fonctions de chef national du mouvement "Résistance" et de rédacteur en chef de la feuille clandestine du même nom. Parallèlement, il dirige le vol du dépôt d'essence de Saint Junien ; grâce aux incessantes activités des maquis de Dordogne, la région est proclamée "zone d'insécurité" par Vichy. A Paris, il participe à la création du Mouvement de Libération nationale (MLN).

 Le 22 janvier 1944, alors qu'il est activement recherché depuis plus six mois, Charles Serre est arrêté à Paris, avec sa femme, dans le 16e arrondissement, par la Gestapo qui a trouvé trace de son faux nom sur le carnet d'un agent de liaison du Service National Maquis. Interné à Fresnes, puis à Compiègne, il est ensuite envoyé en déportation le 2 juillet 1944 en Allemagne. Il passe quelque temps à Dachau puis à Neckargerach où il maintient l'esprit de résistance parmi ses camarades et organise des équipes de sabotage dans les mines du Neckar. Soumis à de très rudes épreuves, il contracte le typhus et une pneumonie alors qu'il a les pieds gelés par la rigueur de l'hiver de 1944.

Charles Serre est libéré le 22 mars 1945 et forme un comité clandestin composé de tous les partis et mouvements ; il est chargé par les Américains d'administrer les prisonniers et déportés de la vallée du Neckar à Osterburcken pendant que les services alliés de l'arrière ne sont pas encore installés. Il dirige pendant un mois les services de police pour 2 000 déportés, pourvoit à leur alimentation, assure la création d'hôpitaux et permet l'arrestation d'une cinquantaine de criminels de guerre.

 Rentré en France le 23 avril 1945, Charles Serre retrouve sa femme rentrée du camp de concentration de Ravensbrück, et reprend son métier de journaliste à la tête du journal Résistance. Il siège également à l'Assemblée consultative provisoire et à la Haute Cour lors des procès Darnand et Laval. De 1946 à 1952, il est député MRP d'Oran, Conseiller général du canton de Champagnac-de-Belair et enfin vice-président du Conseil général de la Dordogne. Il participe à la création de la Fédération nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP). Charles Serre est décédé des suites des mauvais traitements subis en déportation le 2 avril 1953 à Champagnac-de-Belair où il a été inhumé.

> Les distinctions

• Chevalier de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945 • Croix de Guerre 39/45 avec palme • Médaille de la Résistance • Médaille des Services Militaires Volontaires


 François Tilly : de Morlaix à Jumilhac-le-grand

tilly francoisFrançois Tilly est né le 4 juillet 1910 à Morlaix (Finistère). Il embrasse, à 17 ans, la carrière maritime dans la marine marchande. Elève mécanicien en 1927 il embarque successivement sur le Ponty, sur L'Asie et sur le Winipeg en 1930. Assistant mécanicien en 1934 il sert sur le Normandie, puis sur le Vendémiaire en 1937. Nommé chef mécanicien en 1938, François Tilly participe à d'autres embarquements où ses connaissances en propulsion le font apprécier de ses chefs. Ingénieur mécanicien de 3e classe, il sert, d'octobre 1939 à mars 1940, sur le pétrolier Saintonge.

Affecté ensuite à la défense littorale du Havre, il se porte volontaire lors de l'évacuation de la ville, le 12 juin 1940, pour assurer jusqu'au dernier moment le départ des retardataires. Resté seul à son poste avec deux matelots, il détruit un cargo allié abandonné et engage le feu avec des motocyclistes allemands arrivés en avant-garde. Répondant à l'appel du général de Gaulle, il parvient à s'évader de France le 19 juin 1940 pour rejoindre l'Angleterre. Il est d'abord affecté, jusqu’à fin novembre 1940, dans les services secrets britanniques. Du 23 novembre 1940 au 1er février 1941, il sert sur le cuirassé Courbet à Portsmouth, comme ingénieur mécanicien de 2e classe adjoint au chef du service des machines.

En février 1941, il est chargé de former les mécaniciens sur les avisos Amiens, Arras et Epinal. En avril, il est affecté au 4e Bureau de l'armée de l'air et se voit chargé spécialement de la réparation des avions français en Grande-Bretagne. Il est aussi breveté officier mécanicien de la Royal Air Force. Le 23 novembre 1941, François Tilly embarque sur la corvette Renoncule en qualité de chef du service machines ; il passe ingénieur mécanicien de 1ère classe le 1er janvier 1942.

Le 1er mars 1942, il est affecté, dans l'aéronavale, au Groupe de chasse Ile-de-France des Forces aériennes françaises libres comme chef du service moteur et de la cellule armement. Il se distingue de nouveau par son sens de l'initiative et en se portant volontaire pour des missions dangereuses. Il exécute avec succès trois missions spéciales dans des conditions particulièrement périlleuses.

Le 1er janvier 1943, il est chargé de l'école technique d'Emsworth pour la préparation des candidats aux divers brevets de l'aéronautique. Puis il est envoyé aux Etats-Unis, à Jacksonville, pour l'instruction technique du personnel français ; il assure 772 heures de vol dont 67 heures de nuit.

Sur sa demande, il rejoint à Bizerte (Italie) le 18 avril 1944, le 1er Régiment de Fusiliers marins (1er RFM). Commandant en second du 4e escadron du Régiment, il se distingue le 24 mai 1944 à Monte Leucio avant d'être blessé le 6 juin 1944 par éclat d'obus à Tivoli. De retour au combat, il remplace le 18 juin un commandant de peloton tué à l'ennemi et enraye une contre-attaque allemande en réussissant à conserver le carrefour stratégique de Madonna delle Vigne. Puis, après le débarquement de Provence à Cavalaire en août 1944, il prend part à la libération du territoire national et se distingue particulièrement en Alsace. Les 24 et 26 novembre 1944, commandant d'un sous-groupement blindé, il participe activement à la prise du Ballon d'Alsace malgré des contusions multiples occasionnées par l'explosion d'une mine sautant sous lui. Le 28 novembre 1944, son commandant ayant été évacué, il prend le commandement du groupement blindé et libère, malgré une violente défense ennemie d'antichars et d'armes automatiques, les villages de Wegscheid Kirchberg en faisant de nombreux prisonniers. Le 29 novembre, à la tête du groupement, il prend Langenfeld et Sickert, nettoyant ainsi complètement la Vallée de la Doller jusqu'à Masevaux. François Tilly reste à la tête de son groupement blindés jusqu'à la victoire. Quittant ensuite l'armée, il repasse dans la Marine marchande et termine sa carrière comme ingénieur mécanicien principal.

Il est ensuite maire de Jumilhac-le-Grand en Dordogne. François Tilly est décédé le 16 avril 1983 à Limoges où il a été inhumé.

> Les distinctions

• Commandeur de la Légion d'Honneur • Compagnon de la Libération - décret du 7 mars 1945  • Croix de Guerre 39/45 (4 citations) • Médaille de la Résistance avec rosette • Médaille des Services Volontaires dans la France Libre  • Commandeur du Mérite Maritime


 

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Chancellerie de l'Ordre de la Libération - 
51 bis bd de Latour Maubourg - 
75700 PARIS SP 07
Secrétaire Général : Monsieur Loïc Le Bastard - Tél. : 01 47 05 35 15 
 - Fax : 01 45 51 47 92

Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - Site : http://www.ordredelaliberation.fr


 

Commentaires  

 
Michel Loiseau
#1 Michel Loiseau 16-08-2014 19:00
Bonjour Pascal,
Cet article de fond me paraît très intéressant. Je vais le lire attentivement.
A mon sens, il aurait pu être scindé en plusieurs parties.
Amitiés
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Gillot
#2 Gillot 25-11-2015 06:43
Pascal,
Merci de m'appeler.
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