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François Hollande député de la Dordogne ?

 18 juin 1996. Place Montaigne, à Périgueux. C’est la commémoration de l’Appel du 18 juin. Tout le ban et l’arrière–ban gaullistes sont présents. Pierre Bourland, résistant gaulliste de la première heure et patron départemental de la puissante fédération RPR de la Dordogne m’aborde : « Tu ais au courant que François Hollande (1) va se présenter aux prochaines législatives à Périgueux ? »

A l’origine d’un magazine – Pouvoirs en Dordogne – qui traitait essentiellement de la vie politique locale j‘étais en contact permanent avec les acteurs de toutes sensibilités. D’ailleurs, ce magazine était parrainé par l’ensemble des parlementaires et présidents de tous ordres au point que feu les « Renseignements généraux » étaient venus vérifiés comment une telle alchimie avait été possible. Je leur présentais les lettres signées par chacun. Il y avait, au début des années quatre-vingt-dix, pêle-mêle Bernard Bioulac et Roland Dumas (socialistes) et Yves Guéna (RPR) dont les relations, entre eux, n’étaient pas toujours des plus tendres ; il y avait aussi les présidents des Chambres de Commerce de Périgueux et Bergerac, elles aussi pas toujours sur la même longueur d’onde ; Jacques Monmarson, Président de l’Union des Maires en rupture avec le Parti socialiste côtoyait Dominique Mortemousque alors président de la Chambre d’Agriculture et qui attendait son heure de Sénateur ; de même, le sénateur Michel Manet et le député Michel Suchod, tous deux socialistes mais qui se vouaient une rancune tenace, se retrouvaient dans ce comité qui faisait virevolter toutes les imaginations. C’était là, il est vrai, un témoignage détonnant que la vie politique Périgourdine est plus difficile à comprendre qu’il n’y paraît. Mais revenons à la candidature de François Hollande…

Le jeu de la question vraie ou fausse

bourland 0001La question de Pierre Bourland était surprenante. La cérémonie achevée, tous deux, nous retrouvions Yves Guéna lequel, devant le propos de son « compagnon » lâchait : « C’est la preuve que  François Roussel (2) ne doit pas être si mauvais puisque aucun socialiste du cru ne partirait contre lui et que l’on fait appel à un parachuté. » Et Pierre Bourland de reprendre : « Tu crois que c’est un hasard si il est venu aux assises de la gauche et puis soutenir Gérard Tura à la cantonale partielle de Mareuil-sur-Belle ? Il n’a plus aucun mandat et Raymond-Max Aubert (3) m’a dit qu’e Hollande n’avait plus aucune chance en Corrèze. »

Je m’empressais de contacter Michel Dasseux qui était un des hommes forts du Parti socialiste de la Dordogne, Rocardien de la première heure, en embuscade pour déloger François Roussel à la première occasion. Il ne contestait pas tout en manifestant sa surprise : « J’ai de l’amitié pour François Hollande mais je ne vais pas avaler toutes les couleuvres. Cela fait vingt ans que je milite, j’aurai pu être président du Conseil généra et j’ai tenu à l’apaisement, et il n’y a aucune raison pour que je ne sois pas candidat à la candidature aux législatives et si je l’étais il faudrait compter avec moi. Et j’ai la faiblesse de penser que beaucoup de mes amis me suivraient. »

Je contactais Michel Moyrand qui était depuis peu le « Patron » des socialistes Périgordins. Première étape : « Je ne suis pas au courant de cette candidature. Si c’était vrai, je le saurais ». Seconde étape : « J’ai eu François Hollande. C’est faux. »

Le billard à quatre bandes

Toutefois, Pierre Bourland me confirmait qu’il avait eu cette information de première main, à Paris, de Raymond-Max Aubert. Et reprenait : « Hollande a commandé un ultime sondage sur Tulle avant de prendre sa décision. En tous les cas si ce sondage n’est pas convainquant il cherchera une autre circonscription. Un accord se serait profilé à Paris : François Hollande sur la première circonscription de Périgueux et Michel Dasseux aurait la présidence du Conseil général. » Je rétorquais que Bernard Cazeau, Président du Conseil général ne se laisserait pas faire. «  Il faut voir plus loin et penser aux sénatoriales » lançait Pierre Bourland plutôt convainquant. Un ami parisien, socialiste de longue date, proche de la rue Solférino, me confirmait qu’effectivement François Hollande n’était pas sûr de repartir en Corrèze et que l’on cherchait pour lui une circonscription mieux taillée sans que pour autant le nom de la Dordogne n’ait été sorti du chapeau. Je savais déjà que les politiques ne disaient que ce qui servaient leurs intérêts et que tout ceci pouvait cacher bien des choses et que la véritable partie de billard était toujours à quatre bandes.

Lionel Jospin n’avait-il pas sillonné les chemins du Bergeracois pour étudier une candidature à la députation ? C’était au début des années soixante-dix, en vue de prendre la suite de Louis Pimont, ; personne déjà ne le savait ; on ne remarquait même pas son adhésion à la section du Parti socialiste de Bergerac…

La disparition en cours de mandat de Louis Pimont mit un terme à cette cavale car Michel Manet, devenait maire de Bergerac et sut s’imposer dans la course au Parlement. Plus tard, Lionel Jospin reconnaissait ne pas s’être vu aussi éloigné de la capitale. Je retenais cette histoire.

De la rumeur au canular ?

MOYRAND-PSJe décidais une plongée dans l’univers socialiste local, chez les militants, dont les avis pouvaient être autant d’indices. Bien entendu, ils étaient au courant de rien et il ne pouvait pas en être autrement. Pour l’un, « la candidature de François Hollande est insuffisante pour gagner. Son image est assez terne et lymphatique. » Pour un autre, « Le dernier parachutage fut celui de Roland Dumas et on a vu ce que cela a donné. Comment croire en un individu qui va de circonscription en circonscription ? » Un autre encore, « Non, je n’y crois pas, on se bat pour son terroir. A Paris ils sont assez intelligents pour ne pas remettre la « fédé » en état d’implosion pour un parachuté. On a ce qu’il faut ici et on le ferait savoir si on tentait de nous refiler une patate chaude. »

Je revenais vers Michel Moyrand qui me disait : « Oui, bien sûr, les instances nationales étudient à la loupe chaque circonscription et elles ne prendraient pas un tel risque. Chaque fédération a non seulement son mot à dire mais les militants votent. L’heure n’est plus au parachutage. » Michel Dasseux, de son côté me confirmait ne rien savoir et « cela ne hante pas mes nuits. Personne ne peut empêcher François Hollande d’être candidat à la candidature mais il faudra qu’il apporte des garanties à tous. Les militants ne sont pas des pions. » A la fin de ce parcours je retrouvais Pierre Bourland qui semblait amusé de la chose. Je n’arrivais pas à séparer le faux du vrai. Etais-je face à un canular ou une rumeur ? Je décidais, avec toutes les précautions d’usage, de ranger cette information dans la case des rumeurs et je l’éditais. Sa lecture entrainerait de facto une mise au point. Ce fut le cas.

« Peut être, tous deux, avons-nous été manipulés ? »

HOLLANDE-03Quelques jours passèrent puis je recevais une carte à l’en-tête de l’Assemblée nationale avec ces quelques mots manuscrits : « Cher monsieur, j’ai pris connaissance avec beaucoup de surprises et, à vrai dire, un peu d’amusement, de l’article le concernant publié récemment dans votre journal. Si je me suis rendu à deux reprises en Dordogne c’est à l’invitation de la fédération du PS et pour des motifs précis (assises de la gauche, puis soutien à la candidature de Gérard Tura). En aucun cas je n’ai été sollicité pour être candidat dans votre beau département. Et on peut aimer la Dordogne sans vouloir s’y faire élire, surtout quand la Corrèze est toute proche et reste accueillante à mon égard. Je vous demanderai donc d’informer vos lecteurs sur l’absence de tout bien fondé des rumeurs me concernant même si je ne doute que certains aient intérêt à les propages. Bien cordialement. François Hollande. »

En 2001, François Hollande venait soutenir le candidat Michel Moyrand lors des élections municipales. Lors d’un échange dans un troquet de la Périgueux nous nous remémorions la situation. Avec humour et courtoisie le futur président de la République concluait ainsi : « Peut être, tous deux, avons-nous été manipulés ? » La question reste bel et bien posée.

Texte et photo : Pascal SERRE

(1) François Hollande à l’époque porte-parole du Parti socialiste avait perdu son mandat de député de la Corrèze en 1993, puis celui de maire-adjoint de Tulle en 1995, reconnaissant avoir délaissé ses électeurs pour ses activités nationales.

(2) François Roussel fut député RPR de la première circonscription du 28 mars 1993 au 21 avril 1997, aujourd’hui maire de Neuvic-sur-l’Isle et candidat au siège de sénateur de la Dordogne en septembre prochain.

(3) Raymond-Max Aubert est issu de la même promotion de l’ENA que François Hollande. En 1993 il devient député de la Corrèze face à… François Hollande ; deux ans plus tard il ravit la mairie de Tulle à l’équipe communiste de Jean Combasteil dans laquelle on retrouve… François Hollande.


 

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Les gazouilladesde Pascal Serre

Les larmes de Marianne

MARIANNE copie 2Même si l’automne frappe au carreau, entre le Pont de Beynac et la galerie Montaigne à Périgueux, les élections européennes passées et à six mois des élections municipales, je ne parviens pas à quitter mon hibernage politique. Et finalement, je m’y repose des coups bas, des trahisons et des hypocrisies. La politique, c’est toujours entre vice et vertu. Parfois les deux constituant les deux jambes de l’initié quitte à faire pleurer Marianne.

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