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Léon Bloy : inspirateur de la résistance au nazisme

A partir de 1933, avec l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne, côtoyant Schiller, Thomas Mann, André Gide, Maritain, Cocteau, Francis Jammes ou Georges Bernanos on a découvert récemment que l’auteur Périgordin Léon Bloy était lui aussi « interdit » par les nazis.

Léon Bloy est né à Notre-Dame-de-Sanilhac, près de Périgueux en 1846. Le personnage est complexe, virulent, mystérieux. On pourrait presque le classer dans les écrivains maudits si ce n’était la vision discutable et nihiliste de ce mystique qui interroge « le grand miroir aux énigmes ». C’était un polémiste violent qui dérangeait l’ordre, toujours enclin à l’apocalypse. C’est un homme du tragique. Il y a chez Léon Bloy le caractère d’un imprécateur apocalyptique dont – déjà – nous aurions pu réclamé l’autodafé… Un homme en quête d’absolu par définition incompris, parfois rejeté. Catholique tourmenté il n’en est pas moins le pourfendeur des antisémites. Il décède en 1917.

Une rencontre extraordinaire

SophieSchollEnTrainDeLireC’est par le plus grand des hasards que de jeunes opposants au nazisme vont puiser une partie de leur réflexion dans la littérature de l’auteur Périgordin. Une conjonction qui, intellectuellement et dans le contexte historique de l’époque pouvait aller de soi mais reste extraordinaire. Il reste peu de traces des travaux et références à ces rapports entre l’œuvre de Léon Bloy et la résistance au nazisme. Et pour causes.

On a découvert que Hans (1)et Sophie Scholl (2)  et une dizaine d’intellectuels Münichois vont s’imprégner de l’auteur de « les Désespérés » ou encore « La Femme pauvre » et « Le Mendiant » pour construire une pensée à partir de laquelle ils souhaitent s’opposer à « l’Etat nazi ».Ils créeront un groupe d’opposants au régime nazi : la rose blanche (3).

Hans Scholl

De cette réflexion, l’opposition à Hitler et à l’oppression nazie est loin de naître seulement d’une dénonciation politique. Elle prend sa source dans la vision que l’on se fait progressivement de ce que doit être la destinée humaine, dans l’idéal de pureté et d’absolu qui l’anime au contact de l’éveil de ses sens. Même si la foi chrétienne a sa part dans ses élans de révolte, c’est la lecture des romantiques allemands, mais également de Nietzsche, Thomas Mann, Dostoïevski, des Pensées de Pascal, des écrivains français - et de Léon Bloy -, Bernanos ou Gide, qui nourrissent chez Hans comme plus tard chez Sophie, étudiante en philosophie, le refus de tout compromis et l’exigence d’authenticité. Chaque événement apporte dès lors sa pierre à cette construction
de soi, qu’il s’agisse d’une marche en montagne, d’un concert de musique classique ou de la lecture d’un livre. Les échos de la guerre rendent un son assourdi, comme passé au filtre de ce moi qui s’y construit en même temps qu’il tente de s’en échapper. Ernst Jünger (4) lisait, appréciait Léon Bloy mais n’en partageait pas la désespérance absolue.

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Léon Bloy ou un humanisme désespéré

bloyCette rencontre n’est finalement pas surprenante car Léon Bloy, polémiste virulent, avait publié en 1892 « Le salut par les Juifs » en réponse à l’antisémitisme d’Edouard Drumont (5). Là encore la plus est acide et l’humanisme sans concession débordant même, une nouvelle fois sur la désespérance. Et Léon Bloy ne connut jamais « la Shoah »…

Dans une lette inédite en date d’octobre 1941 de Hans Scholl, retrouvée en 2008 adressée à Old Aicher (6) on peut lire : « Parce que tu connais si bien le livre de Bloy, « Le sang du pauvre », un mot ou deux sur le mystère de la pauvreté, qui m’a occupé plus que tout pendant un bon moment et qui a attendu jusqu’à ce que je tombe sur Bloy via Dostoïesvki. En voici la part tragique. Bien que ces livres m‘aient confirmé dans la conviction de la nécessité de la pauvreté absolue et éliminé les (derniers) obstacles à ma perception de ce mystère, ils ont semé la confusion dans la partie de mon cerveau qui pense en termes politiques.»

C’est Léon Bloy qui m’a poussé à dire quelque chose

Plus loin, Hans Scholl écrit encore : « cette pauvreté qui conduit au christianisme « absolu » doit se fonder sur une base avant tout spirituelle et en second lieu matérielle. Mais ici aussi on retrouve le paradoxe : la pauvreté matérielle est le chemin qui mène à la pauvreté spirituelle. La pauvreté à laquelle je pense est plus sereine que Bourg-la-Reine sépulture Léon Bloycelle de l’écrivain Léon Bloy. Elle ne revendique pas la propriété des riches, mais la méprise parce qu’elle connaît les vraies valeurs. A moins que Bloy n’aspire à aider les pauvres  à gagner le droit de vivre ? En ce cas, qu’il devienne homme politique.

« Moi qui suis un « nanti » et qui ne manque de rien, j’essaie de comprendre le sens de la pauvreté. Et cette pauvreté et la pauvreté de l’écrivain Léon Bloy sont, malgré tout, fondamentalement identiques. L’expression « pèlerin de l’absolu – Titre du journal de Léon Bloy pour les années 1910-1912 – m’a beaucoup marqué. »

En Novembre 1941, seconde lettre qui mentionne notamment : « Mes réflexions sont le fruit d’un long processus cérébral et c’est Léon Bloy plus que tout autre qui m’a poussé à dire quelque chose. »

Léon  Bloy : l’universalité surnaturelle

A la suite de La Boétie, de Montaigne ou de Fénelon, dans ce Léon Bloy torturé, outil d’une résistance tout aussi romantique qu’elle fut réelle face au « mal absolu » qu’il n’aurait même pas pu concevoir, nous sommes flattés. Il y a là un génie offert à la France et à l’humanité. Une universalité surnaturelle. Fallait-il que ceci soit dit.

Texte et photos : Pascal SERRE

Hans et Sophie Scholl, lettres et carnets – Tallandier – 364 pages – 23 €

(1) Hans Scholl (1918-1943)tilbre rda1961
(2) Sophie Scholl (1921-1943)
(3) Fondée au printemps 1942 à Münich réunissant des étudiants et universitaires
(4) Ernst Jünger (1895-1898), figure intellectuelle de la République de Weimar, ancien de la Wermacht , écrivain
(5) Edouard Drumont (1844-1917), journaliste est classé dans les antisémites et proches de Daudet, Barrès ou Maurras.
En 1890 il fonde la Ligue nationale antisémitique de France. 
(6) Otto Aicher (1922-1991), originaire de Ulm, condisciple de Otto Scholl entre en résistance dans le réseau de « La Rose Blanche » contre les nazis dés 1939. Il s’inspire des écrits de Léon Bloy afin d’argumenter sa position.

 


 

 

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