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Enquête sur l’affaire de Caluire

 

 

PENAUD MOULINL’historien Périgourdin Guy Penaud n’a rien perdu de sa passion pour la période qui va de 1939 à 1945. C’est bel et bien lui qui, en 1985, avait ouvert le débat sur la Résistance en Dordogne, s’attirant quelques rodomontades des thuriféraires du mythe d’une France éternelle, toute dressée derrière la majesté d’un Charles de Gaulle commandeur des croyants et des… incroyants. Il mettait un terme au Résistancialisme dans lequel on avait porté deux générations de Français. Il ouvrait aussi la boîte de Pandore qui n’est toujours pas refermée. La récente publication d’un ouvrage collectif, par des historiens chevronnés et patentés – La Dordogne dans la Seconde Guerre mondiale – l’ayant écarté et dressé une sorte d’état des lieux incontestables dans son approche historique, mais sans engager une réflexion sur ces mémoires jalousement entretenues.

Certes, Guy Penaud s’est toujours gardé lui aussi de tels ambitions. Il est tout aussi vrai que l’ancien commissaire de police s’est toujours appliqué à travailler tel un enquêteur sans apporter une mise en perspective historique ; ce que les historiens certifiés lui contestent. Les nouveaux venus – Jean-Jacques Gillot (tout aussi chahuté pour ses visions considérées comme partiales) mais aussi Patrice Rolli (cette fois historien certifié) – prolongent par leurs travaux cette mémoire en danger de réécriture.

Ses techniques d’enquêteur méthodique et froid

Cette fois, Guy Penaud, avec ses techniques d’enquêteur méthodique et froid, s’est attaché à revisiter ce qu’il appelle « Le maudit mois de juin 1943 de Jean Moulin ». L’auteur, comme à son accoutumé se garde de « trancher » sur cet épisode qui empoisonne depuis le discours mémoriel des « gardiens du Temple » et d’une Nation qui affectionne les légendes et les mythes sans mesurer l’instrumentalisation des pouvoirs successifs.

Guy Penaud a déroulé la pelote d’un ensemble de faits et de témoignages recueillis et ordonnés comme le ferait un enquêteur de police. Le rapport ainsi établi, il laisse à la Justice des hommes le soin de se faire sa propre version, sa propre décision.

L’arrestation de Jean Moulin, représentant du général Charles de Gaulle dans la France occupée, conserve encore de nos jours des zones si ce n’est sombres, pour le moins troubles.

Ce 21 juin 1943, à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue lyonnaise, des hommes de la Gestapo de Lyon, sous la conduite du SS Klaus Barbie, investissent la villa du docteur Frédéric Dugoujon et arrêtent, Jean Moulin ainsi que tous les résistants convoqués par lui à cette réunion. La trahison d’un des leurs alimentera les chroniques de l’après-guerre, sans qu’aucune preuve ne soit retenue.

Jean Moulin, le mythe unificateur

L’ouvrage ne donne aucun fait nouveau et ne se conjugue pas avec de prétendues révélations. Il se veut simplement la synthèse d’une série d’évènements qui amène à l’arrestation de Jean Moulin. Ce dernier, qui est au centre de cet exposé, devenant que l’objet capital de la présentation des protagonistes et de la chronologie des évènements du drame final et prolonge le débat mémoriel.

Certes, en refermant le récit, on peut pencher sur une hypothèse ténue sous sa séduisante forme complotiste : l’action fédératrice de Jean Moulin au profit du Général de Gaulle était contestée par une partie de la Résistance qui n’acceptait pas de perdre son pouvoir ; si le complot contre Jean Moulin n’est pas avéré, l’enchaînement des faits amenant à son arrestation ne résiste pas à des défaillances des résistances qui ont pu profiter de celle-ci pour espérer conserver leurs pouvoirs ; Jean Moulin, instrument de la France Libre, a été aussi celui d’une vision imaginée du Résistancialisme unificateur d’un peuple unie derrière son libérateur, Charles de Gaulle. Les mythes fondent les nations, c’est bien connu. Au delà des histoires, de l’Histoire, c’est aux sociologues et philosophes de d’approprier cette très banale réflexion.

Dans Lieux de mémoire, Pierre Nora rappelle la formule d’André Malraux, génial histrion de la geste gaullienne, prononcée aux assises du R.P.F en 1949 : « Il y a nous, les communistes et rien ». C’est dans cette phrase que se cache la Vérité sur la dite affaire de Caluire. On ne dérange pas un mythe qui dort.

Texte et photo : Pascal SERRE

Le maudit mois de mai juin 1943 de Jean Moulin, Guy Penaud, Edilivre, 350 pages, 24,50 €


 

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Les gazouilladesde Pascal Serre

Sortie de route

DSC 0085Ils sont là, droits dans leurs bottes et gauches dans leur tête. Les rois du codicille, les princes de la virgule, les nobliaux du soupir acide à devoir se plier à leur nouvel emplacement de minoritaire et qui réclament à hue et dia leur statut d’opposant. Ils sont si atterrants que je persiste à leur donner une bénédiction qu’ils récurent avec une ardeur démoniaque et satisfaite. J’imagine en vain une hospitalière répartie qui ne vient pas. Eux, s’enfoncent davantage dans leur malheur.

 

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