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L’òme politica et le Lébérou

Seuls les historiens affrontent les quarantièmes mugissants de la politique périgordine. Les politologues et sociologues de tous poils semblent contourner cette autochtone Périgordin que j’appellerais, en langue du pays : òme politica.

Si les élections européennes de mai prochain ne mobilisent pas, il n’y a rien de surprenant. Le phénomène reste inaudible et inoxydable. Quant aux élections municipales… c’est le branle-bas le combat sur deux territoires : celui des tambouilles des appareils politiques désarçonnés tel les preux chevaliers à la Bataille de Azincourt, celui des marchés où les caquets s’érigent en mystérieux sondage et adoubement version Da Vinci Code. 

Le Périgordin est-ill classable ou étiquettable ?

On peut s’y hasarder en tenant compte dans le fonds des idéologies qu’il n’y a ni droite et ni gauche, mais des conservateurs, des progressistes et d’irréductibles croquants. Des inclinations qui sont soumises à la pratique du pouvoir. Cette dernière étant la face visible de notre iceberg.

Sans nom 2

Commençons donc par la face visible de notre iceberg. Sur la pratique du pouvoir, on pourrait classer les périgordins en trois catégories : les légitimistes, les bonapartistes et les… populistes. Toutefois, il serait prudent et honnête d’indiquer que dans chaque candidat et chaque vote se mélangent ces trois catégories.

Ainsi, le Périgourdin est plutôt légitimiste avant d’être bonapartiste, les deux pouvant se combiner dans le choix électoral. La présence de mille et un châteaux dans le département résulte en partie de cette attitude légitimiste. Il faut accoupler à cette dernière un opportunisme clientéliste, au sens de la Troisième République qui vit briller quelques notabilités locales dans les grands ministères. Mais, aussi sous la Quatrième République avec des politiciens tels que Yvon Delbos, Robert Lacoste, la dynastie Bonnet, Henry Laforest.

Le bonapartiste, quant à lui, se trouve dans l’ordre du monde de la terre, puis de l’industrie et de la finance sous le Premier et le Second Empires. Deux périodes plutôt d’embellie économique et même sociale pour un département très excentré et replié sur ses traditions. Ce bonapartisme se retrouvant dans la pratique de la Cinquième République, le Périgordin a prolongé son vote dans le gaullisme triomphant avant tout guidé par la personnalité de Yves Guéna qui sut vaincre les réticences locales et familiales. Le ministre du général de Gaulle sut aussi composer avec un clientélisme sans partage et sans égal depuis dans chacun de ses ministères. Ce que, de toute évidence, l’altière « Macronie » ne peut pas ou ne sait pas dispenser.

Le caractère « croquant » qui explique en grande partie la résistance du Parti communiste et les succès de la France Insoumise, en moindre importance pour le Rassemblement National, sont à associer à un populisme plus imaginé que réalisé. C’est celui du romancier Eugène Le Roy, de la Révolution toujours inachevée, le combat mythique entre Jacquou et le Comte de Nansac.

C’est, de mon point de vue, une forme de populisme qui hésite entre le félibrige et les toutes aussi légendaires « Grandes grèves », celle de la vigne, comme celle du chemin de fer. Le résistancialisme demeure une composante de l’Adn politique Périgordin. L’héritage du Conseil National de la Résistance est un des butoirs sur lesquels la vague de l’extrême droite trouve ses limites.

De la Révolution jusqu’à la glaise de la Résistance, en passant par la grotte des concrétions radicales, le Périgord a superposé les histoires locales constituant ainsi une geste politique particulière. 

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Des secrets de cuisine aux secrets politiques

Il faut comprendre en cela que la glorieuse gastronomie Périgorde n’a d’égal que celle des cuisines politiques locales. Il faut en connaître les secrets des histoires du païs du temps jadis, ceux des familles généralement non notariés, et transmissibles uniquement de façon orales et initiatiques.

Les histoires locales conservent des mystères qui peuvent influer jusqu’à 20 % des motivations du vote. A celles-ci, il faut prendre en compte les histoires familiales qui peuvent influer jusqu’à 10 % dans les mêmes intentions de vote. Constantes qui vont en progression des enjeux européens et présidentiels où elles sont nulles pour atteindre leur maximum dans les élections locales. Des combinaisons électorales et des votes ne peuvent s’expliquer que dans le terreau du passé.

C’est donc par l’assemblage savant et empirique de ces éléments que l’on peut approcher toute la complexité du candidat idéal et, naturellement, du sens donné par chaque électeur à son vote. 

Une orientation et une structuration du vote

Dans la face immergé de notre iceberg, celle où sommeillent les consciences, notre Périgord présente un immobilisme dans l’orientation et la structuration de son vote. La géographie et l’histoire l’expliquent. La dominante est celle du conservatisme (42%) posture héritée du modèle rural qui fut le sien et qui reste toujours présent dans la société Périgorde. Suit le mouvement progressiste (38 %) qui accompagne le développement des centres urbains qui favorisent l’extension des classes moyennes et supérieures. Enfin, le populisme (20%) dans les zones en mutation économique et sociale, par définition fragilisées. Ce sont des poches assez bien délimitées et identifiées.

Là-encore, ce sont des tendances lourdes qui peuvent s’agglomérer, se diluer entre elles et, brisant les fractures naturelles, se retrouver réunie dans une offre électorale originale et atypique.

Il serait tout aussi dangereux de séparer la partie visible de la partie immergée de notre iceberg. Les deux sont indissociables dans le rapport qui se noue entre le candidat et son électeur presque toujours potentiel. Jusque dans l’isoloir. Les candidats battus sont souvent étonnés quand ils comparent leur résultat au nombre de personnes les ayant assurés de leur vote durant la campagne.

Peut-on dresser une cartographie du bon candidat ? 

Si tentez soit-il que l’on y parvienne, nous pourrions trouver une sorte de Lébérou, personnage imaginé pour inciter les enfants à rentrer sagement chez eux. Un personnage qui n’est jamais totalement mauvais, ni totalement bon. A chacun son candidat, à chacun son vote, à chacun son élection.

Le Périgordin serait-il, avec toutes ses composantes, l’archétype du profil type de l’électorat français ? Je me garderais d’y répondre. En tous les cas, révisant mes classiques, sortant les élections passées et les passant au crible du tableur, je m’en suis approché. Tout comme, j’invite les candidats en devenir à méditer sur cette analyse forcément empirique.

Photo et texte : Pascal Serre


  

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