1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

Les larmes de Marianne

 

Décidément, je ne parviens pas à me raccrocher véritablement aux discours politiques que j’entends de tous bord. C’est une foire d’empoigne avec, finalement, les mêmes effets et hâbleries, chez les uns et chez les autres. Le Nouveau monde a été rattrapé par une vieillesse précoce et l’ancien monde ressemble à un champ de ruines. Les gilets jaunes n’ont été qu’une mystification médiatique portée notamment par les chaînes d’information continues. Sans elles, il est fort à croîre que les choses seraient passées à la trappe en deux ou trois semaines. Fermons le ban.

Qu’en est-il sur ma place du Coderc ? Qu’en est-il des savoureux cancans qui circulent dans les allées des producteurs et régatiers, entre deux bistrots ? Entre deux canons ? La pousse des champignons et la météo, rien de changé. Morne plaine… Si ce ne sont les élections municipales qui agitent les bocaux non sertis où chacun a enfermé ses voix des européennes avec des vœux qui laissent pantois les pragmatiques de tous poils.

Il y a ceux qui, résignés, murmurent ne plus voter, de loin les plus nombreux ; il y a ceux qui rêvent à des châteaux en Espagne et ils sont de moins en moins nombreux ; il y a enfin ceux qui cherchent une existence politique en se voyant candidats aux prochaines municipales ; ces derniers se voient naturellement en haut de l’affiche et assurés du résultat des urnes. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

Le graal restera encore et toujours à trouver

Pour le profane qui veut changer le monde, c’est raté. Ce n’est pas un hasard si élus les candidats se trouvent en contradiction avec leurs engagements. Il y a les règles, les règlements, les administrations et les jeux de pouvoir. Le mot est lâché : le pouvoir.

Combien sont-ils (elles, un peu moins) à partir conseiller municipal et devenir obnubilé par d’autres fonctions. La destinée classique part de conseiller municipal, puis maire-adjoint, maire, Conseiller départemental (ou régional), Vice-Président et… le graal restera encore et toujours à trouver. Il faut du temps, de la patience, de la pugnacité et quelques préceptes sur l’Art de la Guerre. La politique c’est deux temps : en premier conquérir le pouvoir, en second se maintenir au pouvoir. C’est le vice nécessaire. C’est le myhe d’Icare.

Le métier de ces femmes et de ces hommes est ingrat

La vertu, ce sont ces élus du monde rural, des petites villes et villages, là où chaque élu est au contact direct et permanent avec une population désorientée qui, tout en critiquant le clientélisme, est la première à titiller en permanence l’élu parfois familier depuis les bancs de l’école.

Oui, le métier de ces femmes et de ces hommes est ingrat, assommant et soumis au premier coup de vent, à la première pluie dont ils sont naturellement rendus responsable. L’intercommunalité a bouleversé ces pratiques sans totalement les renier. L’intercommunalité est une redistribution des pouvoirs, donc rapproche du vice.

Il y a aussi ce fameux cumul des mandats, un véritable objectif et concours pour les meilleurs du « Parti ». Peut-on imaginer un employé dans une entreprise cumuler plusieurs emplois à temps plein ? Bien sûr que non. En politique, ce monde inversé, si on y regarde près, certains cumulards se trouvent avec un travail hebdomadaire de plus de 100 heures. Comment bien faire son job de maire tout en étant Président d’une intercommunalité et Conseiller départemental ou régional. Ce ne sont pas des Governators version Arnold Schwarzenegger.

La démocratie a besoin du vice et de la vertu

Notre bonne démocratie, celle qui accepte l’imperfection, a besoin du vice et de la vertu pour se rapprocher de l’idéal. Tout est question d’équilibre, de bon sens, de morale. Notre classe politique s’est trop éloignée des philosophes au profit des économistes. Si on se rappelle des grandes civilisations ce n’est pas grâce à leur Produit Intérieur Brut ou la dette. Les grandes civilisations se font à partir des élites culturelles. De Platon à Jean d’Ormesson. La plupart d’entre eux passèrent leur existence à éviter de briller dans les cénacles de quelques pouvoirs qui ne soit pas le leur.

Ce qui m’amène à réfléchir sur l’engagement politique privatif de liberté. Le militant est un soldat que l’on initie d’abord à la claque, au tractage et au collage d’affiches. C’est le prix à payer pour le néophyte pétri d’idéal. Si il n’a pas un égo suffisant, il se déssèchera et sera abandonné entre deux élections. Parfois même il sera écarté des meilleures places. Il fera le fond du tiroir qui permet à une liste d’exister et aux premiers à être enfin élus.

Pour les autres, les plus rares, ceux que l’on rapprochera de la Coupe Sainte, le destin politique passe par le marketing politique, les éléments de langage et la discipline inconditionnelle au « Parti ». En échange, ils pourront s’élever lentement et doucement, avec des coups bas donnés et des coups bas reçus, une parfaite rhétorique et dialectique, les flonflons des cérémonies officielles et autres concours de belote.

Et les valeurs ? Et la morale ? On peut comprendre les larmes de Marianne, aussi pénétrantes que clairvoyantes.

Pascal Serre


 

 

 

 

Pour pouvoir commenter ce billet, vous devez vous identifier ou, si vous n'avez pas de compte en créer un en cliquant sur espace abonné en haut de page.

Mes bonnes adresses

AGEMA