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Mais toi, tu vas faire pareil !

pascal serre devant laCandidat et animateur d’une liste sans étiquette, mais bien ancrée dans ses diversités politiques sur ma commune de Chancelade, j’ai laissé sécher l’encre et oublier mon clavier. Par honnêteté envers mes colistiers et l’engagement pris auprès de mes concitoyens. Cette immersion en eaux troubles et profondes ne contrarie – pour l’instant - nullement ma liberté et mes amitiés. J’ai trop fréquenté les barons de sous-préfecture et les égos de coqs communaux pour me méfier du mister Hyde qui sommeille en chacun de nous. A commencer par le mien. Car c’est bien de cela que nous souffrons et qui réduit les idéaux aux enchères des éléments de langage. L’exercice du pouvoir est un poison à retardement. La sagesse est de le reconnaître pour mieux passer de la vanité amère à la sublime joie de la caresse du vent printanier.

Je lis et j’écoute tous ces candidats avec le recul de l’apprenti philosophe, du localier en quête d’aventures exotiques autour du zinc de ma place du coderc, du trublion compagnon des poètes qui ont toujours raison, la mort les ayant rattrapés.

J’ai toujours une tendresse infinie pour ces femmes et ces hommes qui, le temps d’une campagne, s’échignent à jouer des roles de composition où ils croient tutoyer la gloire. Il y a le premier rôle de la tête de gondole - le chef ou la cheffe - et puis, les seconds rôles qui se voient déjà ceints de l’écharpe tricolore, et enfin, les plus nombreux, celles et ceux à qui on fait miroiter l’innaccessible étoile. Quand le rideau sera baissé, la plupart seront vite oubliés. Pour les intiés, tout cela fleure bon le trompe-couillon.

Je ne suis pas naïf, je suis idéaliste

Vous me direz, et à juste titre, « mais toi, tu vas faire pareil ! » Et bien je ne crois pas. Tout d’abord, quoique « tête de gondole », j’ai rappelé à mes colistiers que le vote est pour une liste, nullement pour moi. Ce sera à eux, les colistiers, de décider qui ils souhaitent pour continuer la belle aventure. Ensuite, on ne voit pas ma photo sur les affiches, mon travail est discret à l’extérieur et intense à l’intérieur de l’équipe. Enfin, je reconnais à la liste adverse le droit à la différence, et surtout à exprimer cette fameuse différence avec laquelle nous travaillerons ensemble demain.

Je m’entends dire par les routiers de la politique que je suis naïf. Je ne suis pas naïf, je suis idéaliste. On ne peut pas avoir tant écrit sur les dérives de l’exercice du pouvoir et, du jour au lendemain, se trahir soi-même et les autres en même temps.

J’ai fait de la communication politique pour les autres comme monsieur Jourdain faisait de la prose. Mais, j’ai beaucoup appris sur la nature humaine, donc sur moi-même. Que de mensonges, que de manipulations constatés au nom de prétendues valeurs ! Ce sont les fameux « éléments de langage » qui sont distillés à longueur d’affiches et de tracts sans que l’on mesure combien ils sont synonymes au mieux de vides de sens, et au pire de tromperies sur la marchandise.

Au fond, l’essentiel n’est pas dans l’élection, il est dans ce que les élus en font. Même si parfois je m’interroge sur ma propre posture, même si souvent je dois reconnaître que ce que je déplore est inséparable d’une mensongère victoire, je résiste, et je résiste encore.

Les égos se gère avec lucidité et humilité

tour de montaigneMes vingt colistiers élus sont généreux, ardents et passionnés dans leur engagement. Oh je sais bien qu’il y a quelques égos en embuscade mais, ce n’est pas une mauvaise chose si on le gère avec lucidité et humilité. C’est le rôle de la « tête de liste » puis du maire de maintenir les valeurs de l’engagement au service des citoyens au-dessus de chacune et de chacun. C’est le fil rouge, le fil d’Ariane, la chaîne d’union d’une solidarité et d’une action partagées. Vous pourrez me dire que tout cela est un « élément de langage ». Je vous répondrais oui, seulement si nous faillissons dans la taille de notre pierre brute et que nous succombions aux délices empoisonnés de l’éventuel exercice du pouvoir. Ce dernier, étant le suprême témoignage d’une confiance que l’on ne trahit qu’une seule fois. Plus qu’un programme, davantage qu’une liste, c’est après l’élection dans le quotidien de l’élu que les difficultés débutent, et la Vérité éclate. Mais, ceci est évidemment une autre histoire.

 Pascal SERRE


(1)« Chez moy, je me destourne un peu plus souvent à ma librairie, d'où, tout d'une main, je commande mon mesnage[...] Elle est au troisiesme estage d'une tour. Le premier, c'est ma chapelle, le second une chambre et sa suitte, où je me couche souvent, pour estre seul. Au-dessus, elle a une grande garderobe. C'estoit au temps passé, le lieu plus inutile de ma maison. Je passe là et la plupart des jours de ma vie, et la plupart des heures du jour. Je n'y suis jamais la nuict. [...] La figure en est ronde, et n'a de plat, que ce qu'il faut à ma table et à mon siege : et vient m'offrant en se courbant, d'une veuë, tous mes livres, rengez sur des pulpitres à cinq degrez tout à l'environ. Elle a trois veuës de riche et libre prospect, et seize pas de vuide en diametre. En hyver j'y suis moins continuellement : car ma maison est juchee sur un tertre, comme dit son nom : et n'a point de piece plus eventee que cette cy : qui me plaist d'estre un peu penible et à l'esquart, tant pour le fruit de l'exercice, que pour reculer de moy la presse. C'est là mon siege.»

Michel de Montaigne – Les Essais.


 

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