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Les cent jours de l’apprenti philosophe

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Cimetière de Potocari, près de Srebrenica. Plaque commémorative.

En évoquant la fameuse période des Cent jours j’ai toujours ramené celle-ci au mythe napoléonien de la fulgurante et désastreuse épopée qui naquit au Golfe-Juan le 1er mars 1815 et s’acheva tragiquement le 22 juin suivant. D’ailleurs, c’est en accueillant Louis XVIII à Paris, le 8 juillet 1815, que le préfet de la Seine Chabrol de Volvic inventa en parfait courtisan la célèbre expression des « Cent jours » pour qualifier le retour éphémère de Napoléon.

Depuis, on prétend jauger si ce n’est juger la réussite d’une mandature politique à l’aune de cette durée de « Cent jours ». Pourquoi pas…

Voici donc, cent jours après mon élection de maire, mon bilan, le mien, intime et profond.

De Syracuse à Belgrade

Je crois à trois piliers de la connaissance : la géographie, l’histoire et la philosophie. J’ai tout autant pensé que celles-ci constituaient une solide fondation pour affronter mon époque et mes contemporains.

Ainsi, auparavant et bien avant que je fusse porté au magister de ma commune, j’avais apprécié Platon s’attachant à un prince de Syracuse, en Sicile, pour en faire un roi-philosophe. Lassé par les intrigues des courtisans qui redoutaient la perte de leur autorité, Platon s’était embarqué sur un bateau pour regagner Athènes. Il y fonda une sorte de collège ou d’université à l’usage des jeunes gens : l’Académie.

Moi aussi, au coeur de l’été, j’embarquais non pour la cité de Platon, mais pour l’ancienne capitale de l’ex-Yougoslavie – le ex n’étant lié qu’au moment présent.

Rire aux larmes

C’est sur les bords de la Save, à Belgrade, que j’ai retrouvé les bourreaux d’hier métamorphosés en hommes d’affaires ou conseillers d’un quelconque roi de province ou de district. Les mêmes qui avaient troqué le treillis pour le costume-cravate. La rage humaine toujours dans la besace. Et je me rappelais le propos de Jean d’Ormesson – assez conservateur pour être élu académicien, assez révolutionnaire pour approcher le pragmatisme cynique de Céline : « Tout changera vraiment quand il n’y aura plus personne pour se souvenir de rien. »

Je m’abandonnai à des lectures de notre icône nationale qu’est Molière. Ce dernier, avec le talent que nous lui connaissons, abordait les gens de son époque, ceux qu’il dépeignait comme des courtisans, séducteurs, hypocrites, pédants et fâcheux. La comédie humaine quoi ! Parfois même la tragédie. Et ceci me permettait de relativiser. Entre la justification de 8 372 assassinats à Srebrenica et les aboiements dérangeants le voisinage à Chancelade, je recherchai le lien possible que je voulai finalement impossible.

Mon tempérament latin, hérité de ma mère, préfère à la tragédie grecque la comedia d’ell arte, et même la Dolce Vita entre Federico Fellini et... Pier Paolo Pasolini. Toujours le grand écart qui mène magiquement du rire… aux larmes. Et inversement. Jean d’Ormesson – encore lui ! - disait : «  la vie est naturellement une vallée de larmes. Elle est aussi, une vallée de roses. » 

Un sentiment d’inachevé

Cent jours disai-je… et rien de changé dans ma tête ; toujours ce sentiment de l’inachevé, de l’inaccessible étoile chère à Jacques Brel, le masque désormais veilli, la carapace renforcée par la servitude, et la même solitude.

Je me remémore cet extrait de Tractatus écrit par Ludwig Wiittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »

 Texte et photos : Pascal SERRE


 

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