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Périgueux 2014 : états d’âme à l’UDI

Pas facile d’être centriste en Dordogne.  Entre les deux mastodontes que sont le Parti socialiste et l’UMP, l’Union des Démocrates Indépendants réunissant le Parti Radical Valoisien, le Nouveau Centre et l’Alliance centriste apparaît comme une nébuleuse aux contours vaporeux sans influence.

Son président départemental, Jean-Michel Faure, installé à Miallet dans le « nord » du département a bien ferraillé aux cantonales de 2002, aux régionales de 2010 et aux législatives de 2012, mais sans jamais s’imposer. Fatahi Kuye, Président d’un Nouveau Centre en quête de reconnaissance a, lui aussi, porté le fer, sans émerger au-dessus de la ligne de flottaison. Florence Martial, secrétaire départementale du Parti radical Valoisien se contente d’un mandat de maire-adjoint de Saint-Front-La-Rivière… 

Y-a-t-il un centrisme en Dordogne ?

jean-michel-faure jean-louis-borloo nathalie-delattreC’est lors des élections législatives de 2002 que les centristes frémissent de bonheur quand le Parti radical connaît presque son heure de gloire avec sa candidate, Nathalie Delattre, laquelle avec 47,78 % de suffrages exprimés soumet le cacique socialiste Michel Dasseux à quelques angoisses.

La pétillante et ambitieuse Nathalie Delattre devait tant pour raison personnelle que politique s’exiler en Gironde. Elle y deviendra maire adjointe de Bordeaux, conseillère générale d’Aquitaine, vice-présidente du Parti radical valoisien et présidente de la fédération Aquitaine.

Si l’appareil UMP pouvait souffler, les Radicaux valoisien de Dordogne perdaient leur chef de file la plus prometteuse. Bernard Mazouaud, maire de Saint-Julien-de-Bourdeilles, un temps député du Nontronnais suite à la nomination du député en titre, le très RPR Frédéric de Saint-Sernin, se disait, à l’occasion sympathisant du Parti radical. Il est vrai que durant de longues années, le parti du « Petit Père Combes » possédait une classe politique locale de premier plan avec Henry Laforest, à Brantôme, Ministre de l’Air, et surtout la famille Bonnet, à Brantôme ou encore Yvon Delbos, sur Montignac, plusieurs fois ministre sous la IIIème et la IVème République. Il fallait, à cette époque bénie des « radicaux » compter avec une forte implantation de notables locaux à tous les échelons de la vie politique.

Avec la Vème république et l’arrivée de Yves Guéna tout a changé. La vie politique départementale a écarté les radicaux lesquels n’ont pas su, aussi, rénover leurs élus ; communistes, socialistes et gaullistes ont progressivement fait disparaître ce courant de pensée. Une parenthèse d’un demi-siècle que certains voudraient refermer. « On peut quand même faire de la politique autrement qu’en étant de droite ou de gauche… » martèlent les dirigeants de l’UDI départementale. 

Dur… dur d’être centriste

CROSInstallant l’Union des Démocrates Indépendants en Dordogne, Jean-Michel Faure déclarait « préparer les rendez-vous futurs ». Tout le monde avait compris que ce seraient les élections municipales. De Périgueux à Bergerac en passant par Terrasson ou Nontron on attendait une montée en puissance, une visibilité de ce jeune mouvement.

A l’été, Hervé Distinguin, un temps président du Nouveau Centre local, pensait qu’à l’heure des déchirements que vivait l’UMP de Périgueux il y avait la place pour une « troisième liste », résolument centriste. Le prétendant, rattrapé par des soucis professionnels, disparaissait de la « cène » politique laissant ses amis dans le désarroi. L’UMP se frottait les mains et pouvait se déchirer tranquillement avec l’arrivée de Antoine Audy face à la candidature déclarée de Jean-Paul Daudou. Le premier, investi par les instances nationales, pouvait compter sur l’accord signé entre sa formation et l’UDI pour affronter à la fois le maire de Périgueux sortant et… Jean-Paul Daudou. Ailleurs, l’UDI était trop jeune pour présenter des candidats solides et en capacité de gérer les affaires publiques. « Nous ne voulons pas présenter des candidats simplement pour figurer ; il faut des femmes et des hommes capables de donner du temps et qui aient des compétences » souligne Jean-Michel Faure.

N’ayant pas de stratégie adaptée à sa capacité de feu, l’UDI ne pouvait que prendre la place que son partenaire UMP, plus puissant, mieux structuré et surtout mieux représenté, voudrait bien lui octroyer. L’hyper actif qu’est Antoine Audi ne voulait pas se perdre en conjecture et débats dont l’enjeu était, au final, modeste. En dehors de Périgueux, la présence de l’UDI a été millimétrée et sans fausse note apparente.

Face au « caporalisme » de l’UMP de Périgueux

MARTIALPour Jean-Michel Faure que venait de rejoindre Jean-François Cros, commerçant bien connu à Périgueux, la discipline et l’unité s’imposaient. Lui-même ne serait pas candidat mais il entendait que l’UDI soit convenablement représentée auprès de Antoine Audy.

A Bergerac, Carmel Fontana – UMP -  accueillait Fatahi Kuye du Nouveau Centre. A Sarlat, un membre de l’UDI serait présent sur la liste de Jean-Jacques de Peretti, UMP aussi. Quelques sympathisants se présenteraient ici où là. « Plus des sympathisants que des militants que nous soutenons ; nous avons l’habitude… nous sommes un parti de sympathisants… » soupire Jean-Michel Faure.

Selon Jean-François Cros, à la mi-octobre les relations entre l’UDI et Antoine Audy se seraient faites plus distantes, voir inexistantes.  «  En aucune façon, explique Jean-François Cros, Antoine Audy nous a associé à l’élaboration du programme et il a fait sa liste sans aucune concertation avec l’UDI départementale. Alors que je devais figurer sur la liste j’ai appris par la bande que ce ne serait pas le cas. »

fatahiJean-Michel Faure poursuit : « A Périgueux, c’est Marie-Hélène Boras,Thierry Cipierre et Valentin Auro qui ont été retenus par Antoine Audy au titre de l’UDI, sans aucune discussion… » Le Président départemental  de l’UDI s’empresse de dire le plus grand bien des « lauréats » tout en indiquant que « Valentin Auro n'est pas à jour de sa cotisation » et se dit « amer sur la méthode »« Nous voulions au moins quatre candidats dont deux en position éligible en cas de score inférieur à la majorité...» La soixantaine d’adhérents du mouvement seraient perplexes et même divisés sur la situation de Périgueux. Mais Jean-Michel Faure et Jean-François Cros jouent totalement mais désormais avec des « états d’âme » l’union entre l’UDI et l’UMP décidée à Paris .

Des "états d'âme" à la déprime

Face à Antoine Audy, comme l’expliquent les dirigeants locaux de l’UDI : « nous n’étions pas prêts pour riposter à ces pratiques qui relèvent du caporalisme ». Une réunion, à la dernière minute, chez Jean-François Cros, aurait pu se conclure par un retrait pur et simple de l’UDI de la liste menée par Antoine Audy en laissant aux candidats pressentis de se présenter à « titre personnel ».

Selon Jean-François Cros : « Nous ne l’avons pas voulu car rien de bon sort de la division, et encore plus des foucades avec des lendemains qui déchantent toujours. » Florence Martial, secrétaire générale du Parti Radical Valoisien en Dordogne complétant : « et puis personne aurait compris… c’était trop tard, suicidaire, et cela servait le maire sortant qui reste notre adversaire. » Est-ce un aveu de faiblesse ou de lucidité ?

« Nous regardons devant et tenons compte des attitudes de tous. L’UDI, en Dordogne, se structure et saura se faire respecter sans pour autant s’écarter de la plus élémentaire courtoisie » reprend Jean-Michel Faure.

AUDI-BOYERLors de la présentation de la liste de Antoine Audi, c’est justement un UDI, Jean-Pierre Boyer qui jouait le rôle de « Monsieur Loyal ». Le candidat Antoine Audi le rappelait : « C’est avec une liste qui unit l’UMP à l’UDI et au MODEM que je me présente devant vous ce soir. » Une liste complète et en bon ordre qui semblait toute réjouie. On croisait même des adhérents de… l’UDI. Il y a de quoi transformer les « états d’âme » de l’UDI en déprime.

Pascal SERRE - Photos : L'Esprit Périgord 


 

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