1. Skip to Menu
  2. Skip to Content
  3. Skip to Footer

Michel Moyrand : après la pluie, le beau temps

MAIRIE-PERIGUEUXDe la nouvelle mairie, objet d’une controverse et d’une opposition qui se diluent avec le temps, Michel Moyrand offre une « force tranquille ». Toute ressemblance avec une personne ayant existé s’arrêtant naturellement là.

Dans son complet gris, chemise bleu pastel et cravate à dominante rouge, confortablement installé sur son canapé de réception, je ne reconnais pas l’homme du passé, pas plus que du passif. L’ambiance bleutée et grise du bureau est moelleuse. Je pense à la comédie de Nathalie Schmidt,  - Après la pluie, le beau temps - avec Julie Gayet (!) qui raconte l’histoire d’une chanteuse de variétés légères à l’imaginaire nunuche et coloré qui vit à la colle d’un certain Roger, une brute caractérielle. Elle rencontre un beau garçon qui l’engage pour une tournée… La belle Julie Gayet, petite chanteuse de campagne, fera merveille. Un conte sur le don absolu de soi, aussi. Je ne sais pas franchement pourquoi j’ai eu cette pensée ; sauf, le titre : après le pluie, le beau temps ; ce qui semble être le cas pour mon interlocuteur.

Michel Moyrand a pris les habits de maire

moyrand-02

Sa liste et son programme sont bouclés. La campagne est lancée. Face à l’imbroglio de la droite et des autres prétendants, le maire sortant affiche une sérénité acquise au fil de ces six années de mandature. Celles-ci ont vu l’homme changer. Ses proches le reconnaissent : « Michel, a pris les habits de la fonction ; ce n’est plus le même ; il a pris de la hauteur, de la distance. » D’autres, plus incisifs, parlent de son autocratie, de sa solitude volontaire. Certains de ses opposants le reconnaissent : « il nous a surpris par sa ténacité et son sens du travail. »

Philippe Ducène, membre de l’UMP et maire de Saint-Alvère, en homme averti, déclarait il y a deux ans, que « Michel Moyrand est plus redoutable qu’on le pense ». Son opposant, Philippe Cornet, aujourd’hui disparu et dont l’ombre plane sur la campagne disait : « Il manque d’ambition pour Périgueux mais ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger ses qualités de travailleur… »

Dans les services de la mairie le silence est de rigueur « car le maire nous a interdit de nous exprimer sans son autorisation »… Celui-ci répond sans détour : « Ce n’est pas aux fonctionnaires de prendre position sur la politique menée par la municipalité. »

La garde rapprochée du maire, depuis le début, est des plus réduite. Il y a l’incontournable Jean-Marc Pennetier, directeur de cabinet, une ombre sortie d’un cabinet ministériel de la Troisième République, et Philippe Laporte, technicien reconnu qui fait office de tour de contrôle technique du maire.

Une gestion de bon père de famille 

MOYRAND-03

 

En ville, on ne connaît guère les adjoints que l’on dit anesthésiés par le maire lequel, de son côté, a soigné sa présence sur le terrain tout au long de sa mandature. On parle de « gouvernance personnelle » pour tel technocrate, de « pouvoir personnel » pour un humble citoyen. Un citoyen désorienté et démotivé qui ne sait pas franchement quoi critiquer sur l’action menée par Michel Moyrand mais qui regrette la rigidité de leur maire. « Moyrand ? Il ne me  fait pas franchement rêver… » clame un commerçant du centre ville ; et de reprendre : « questionnez autour du vous ; si les gens sont honnêtes ils vous diront la même chose… » A ceci, il faut dire qu’une grande partie des commerçants du centre ville ne votent pas sur Périgueux…

 Plus largement, le Périgourdin est-il désenchanté face à une politique municipale de proximité qui oublierait de donner du rêve, de la fierté et de l’ambition à ses administrés ? Alors, bien sûr, Michel Moyrand parle du nouvel hôtel de ville, du quartier de la gare, du désenclavement de Périgueux vers Paris, de l'augmentation du nombre d'habitants... Une réponse de gestionnaire en bon père de famille.

Et le maire de Périgueux de rajouter qu’il lui a fallu redresser les finances municipales qui étaient dans le rouge à son arrivée et que son prochain mandat comprendra une plus grande valorisation de l’image de Périgueux. Et de conclure : « Pour rêver il faut avoir les moyens… je pense qu’aujourd’hui nous avons davantage les moyens qu’en 2008. »

Un maire qui est devenu volontaire au risque de paraître autoritaire

Michel Moyrand s’occupe de sa propre communication. Les relations avec la presse locale sont ainsi des plus strictes et laissent celle-ci dans une sorte d’engourdissement qu’elle-même déplore. Et le maire de dire : « La presse ? Elle ne retranscrit pas forcément mes propos, cherche la petite phrase qui va faire vendre. Oui, je suis vigilant envers elle mais je lui reconnaît des qualités. Le politique et le journaliste sont, à leur place respective, des baromètres de la démocratie. »

Depuis son élection, Michel Moyrand n’a guère modifié la politique à partir de laquelle il a été élu en 2008. Quitte à paraître têtu. Il en fut ainsi, plus particulièrement du transfert de la mairie dont il disait : « Peut être que ça me coûtera mon mandat mais j’irai jusqu’au bout. » 

Michel Moyrand, longtemps considéré comme un « apparatchik » du Parti socialiste s’est révélé habile mais aussi dominateur, quitte à s’éloigner de ses amis, témoignant ainsi d’un caractère parfois rude, donnant l'image d'un homme détaché des émotions du commun des mortels.

Mais, il faut aussi reconnaître que son tempérament, sa méthode, ont eu raison des dissensions nées dans l’exercice du pouvoir au sein de son équipe municipale. Lui que l’on disait volontiers faible, sans consistance, s’est révélé à la fois tacticien et ferme. Communistes et écologistes l’ont vécu, à leurs dépens. De la régie de l’eau à l’aéroport pour ne citer que les plus emblématiques, Michel Moyrand semble, à chaque fois, ouvrir le débat avec son idée déjà arrêtée. Il y a chez cet homme le fond et la forme. Le second permet d’assurer le premier. Sur la forme, le débat, tout est possible et sur le fond, la décision, elle, relève d’un pouvoir souverain.

Comme il le rappelle : « Quand on prend une décision le débat est achevé. » Puis reprend : « C’est vrai, je ne suis pas un homme facile… » L’homme politique est bel et bien planté dans sa fonction et l’assume : « Le point d’équilibre n’est jamais au même endroit pour chacun. Je suis comme les autres. Faire de la politique c’est faire des choix. Et ces choix, quels qu’ils soient, ont des partisans et des détracteurs. Si on accepte pas cela il vaut mieux rester chez soi. »

Il est vrai que Michel Moyrand s’est fait tout seul, et bien souvent contre ses propres amis politiques. Il s’en rappelle et en a tiré les leçons.

Les preuves en sont la présentation de la liste qu’il mène aujourd’hui, constituée dans une discrétion sans faille et un résultat certain ainsi que le programme dont l'écho dit qu’il en a assuré même la ponctuation. Un écho qu'il estime totalement faux.

C’est l’homme de « l’anti bling-bling »

Moyrand-campagneSi certains reprochent au maire sortant son manque d’ambition il faut, aussi, lui concéder son souci de répondre aux attentes des Périgourdins sur ce qui touche à leur vie quotidienne. Chaque quartier a bénéficié, durant son premier mandat, d’aménagements, travaux ou améliorations. Une action municipale qui touche le cœur des préoccupations des habitants. Michel Moyrand semble penser qu’un trottoir rénové a plus d’importance que la venue d’un chef étoilé au Salon international du livre gourmand… C’est l’homme de « l’anti bling-bling ». 

Le nouvel hôtel de ville, fer de lance de son opposition qui qualifie celui-ci de « somptuaire » ou encore de « déplacé dans le contexte économique actuel » recueille, au final, des commentaires qui témoignent d’une certaine satisfaction des Périgourdins.

Le dossier d’aménagement du bas Saint-Front cher à Xavier Darcos, abandonné par Michel Moyrand, semble compensé par la réhabilitation et l’embellissement du quartier du greffe. Une décision habile du maire. 

Les couacs des premiers pas d’une municipalité surprise par sa propre élection sur lesquels la nouvelle opposition avait bâti son argumentaire sont oubliés. Le Festival Art et eau, par exemple, qui fit un flop en 2011 et l’objet de sévères critiques du leader de l’opposition, Philippe Cornet est tout autant oublié. Le « Salon International du Livre Gourmand » ? Après l’épisode Bordelais, malgré sa voilure nettement rabaissée, la manifestation poursuit son bonhomme de chemin. Entre Périgourdins il est vrai. Sur le sujet, Michel Moyrand conteste cette appréciation : « oui, on ne mange plus dans les services en porcelaine loués à prix d'or et on ne met plus les hôtesses à disposition avec voitures mais on va quand même accueillir le Quebec et la région de Parme.» La bataille pour le projet de ligne à grande vitesse et l’arrivée du TGV à Périgueux, menée par Michel Moyrand, est certes en panne. Ce que ses adversaires veulent comme une absence d’ambition et de capacité sera-t-elle suffisante pour balayer le maire sortant ? Pas si sûr.

Le maire, comme il s’y était engagé, a mené une politique de proximité dans les quartiers. Un trottoir refait, un parterre aménagé ou une classe rénovée sont visibles et appréciés par les électeurs. Quitte à perdre sur les grands projets qui peuvent être désormais menés en collaboration par une intercommunalité mieux adaptée à des enjeux qui dépassent la simple ville de Périgueux. Michel Moyrand rappelle quand même et entre autre : « Nous avons réalisé deux écoles neuves représentant 10 millions d'euros d'investissement...» 

C’est là une habilité de Michel Moyrand qui ne confond pas les genres et qui est, dans cette campagne, un de ses atouts les plus forts.

La menace de la vague bleue 

HOLLANDE-MOYRAND1Michel Moyrand, le socialiste proche du « Président », ne varie pas : « Oui, François Hollande est mon ami. Je le soutiens et je suis persuadé qu’à terme les français lui donneront raison. Quand je suis arrivé à la mairie on ne donnait pas, non plus, cher de ma peau… » Mais, en même temps, le maire sortant a retiré de sa campagne tout signe distinctif d’appartenance au Parti socialiste. On peut être fidèle mais pas inconséquent.

C’est effectivement dans le rejet actuel que connaît François Hollande que Michel Moyrand peut trouver la première de ses faiblesses pour les rendez-vous des 23 et 30 mars. Il ne lui reste donc que son bilan et son projet pour prétendre à un second mandat.

Sa campagne est millimétrée. Etape après étape, avec une obstination imperturbable, il va à la rencontre des électeurs. Son tempérament et sa formation de militant expliquent son ardeur.

La division de la droite locale est un cadeau que Michel Moyrand ne veut même pas regarder : « Je serai élu sur un bilan et un projet. Le reste, c’est un jeu politicien et d’égos qui ne m’intéresse pas… » Alors il choisit comme slogan de campagne : « Continuons d’écrire Périgueux. » Histoire de dire que ce qui a été fait, avec lui, entre 2008 et aujourd’hui, est bon.

Michel Moyrand et son équipe seront présents au second tour. C’est sûr. Mais avec quel score ? En dessous de 35% au premier tour ce serait allé à la catastrophe au second tour. Michel Moyrand ne veut pas y croire : « Nous serons au dessus des 40%... » L’abstention sera son véritable adversaire. C’est là, et seulement là, au second tour, qu’il puisera son succès. Car cette abstention sera constituée des déçus du « Hollandisme »… Et, ses adversaires ne manqueront pas de le rappeler, «voter Moyrand, c’est voter Hollande ».

Face à la conjoncture nationale, élu de 113 voix en 2008, Michel Moyrand ne devrait être reconduit qu'avec une faible majorité. Ou être battu d’une très courte tête. Sur le « Coderc », lieu de toutes les rumeurs, on pronostique une probable victoire du maire sortant. Même si une victoire – ou une défaite – est le résultat d’une savante cuisine, aux multiples ingrédients souvent contradictoires, Michel Moyrand doit faire face à deux handicaps : sa proximité avec le pouvoir actuel en France et sa personnalité aussi janséniste que désormais ondoyante. Ses atouts sont bel et bien son bilan tout comme ses projets. Ceux-ci peuvent toujours être critiqués. Ils ne sont ni mauvais, ni excellents. Ils sont les signatures d’un choix sur lesquels seuls les Périgourdins devront répondre. Alors, après la pluie, le beau temps ? On va dire que la météo est variable et que le baromètre annonce que les rafales de vent de la campagne. Les politologues le savent, une campagne électorale se gagne désormais les derniers jours et même parfois dans l’isoloir.

Pascal SERRE - Photos : L'esprit Périgord


 

Commentaires  

 
millescamps
#1 millescamps 24-02-2014 14:47
Excellent article. Bravo Pascal.
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Charte des commentaires de lespritperigord.fr

lespritperigord.fr vous ouvre ses pages pour échanger avec la rédaction et les membres de sa communauté. C’est un espace de réaction, de discussion, d'information ouvert aux internautes inscrits. Les intervenants doivent donc répondre aux principes élémentaires du débat :

lespritperigord.fr est seul juge des messages qu’il met en ligne, ou non – y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessous. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant les adresses de contact du site, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

Gardez à l’esprit qu’une attitude posée, polie et respectueuse envers les autres intervenants est toujours préférable pour un échange d’idées.

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n’y ont pas leur place.

Tout contenu contraire à la loi est proscrit : par exemple, l’incitation à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation tout comme la négation des crimes contre l’humanité, ou la justification des actes violents et des attentats. Par ailleurs, les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

Les propos discriminatoires, sous toutes les formes, sont proscrits.

Évitez-le hors-sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations : ils n’apportent rien et peuvent induire en erreur.

Les plaisanteries de mauvais goût et les comparaisons douteuses sont souvent blessantes ou insultantes. Merci de les éviter.

Pour être compris de tous, rédigez des messages lisibles et compréhensibles : pas de langage SMS, de commentaires en majuscules ou en langue étrangère sauf exception.

La répétition d’un même commentaire, assimilée à du spam, n’est pas la bienvenue.

La publicité est également interdite sur lespritperigord.fr. Ne soumettez pas de liens commerciaux.

Il n'est intéressant de proposer aux autres lecteurs des liens que si un commentaire explicite leur contenu. Un lien seul est stérile et peut être assimilé à du spam.

Vous vous engagez à respecter les droits des tiers pour les textes et les images que vous soumettez. Avant de publier un contenu, posez-vous la question: "Ai-je les droits nécessaires pour le proposer ?"

Vous pouvez ne pas être d'accord avec un article de lespritperigord.fr. Expliquez ce qui motive votre commentaire, sans vous montrer agressif. La critique constructive oui ; les insultes non.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, ne lui répondez pas. Utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat. De plus, si le commentaire auquel vous répondez a été modéré, le vôtre peut devenir sans objet et être modéré à son tour.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de lespritperigord.fr moderation@lespritperigord.fr

Toute attitude contrevenant à cette charte peut être passible de bannissement du site.

Vous pouvez poser des questions aux journalistes de la rédaction dans les commentaires. Dans la mesure du possible, la rédaction répond aux interrogations des internautes de lespritperigord.fr

Enfin, souvenez-vous que vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de lespritperigord.fr se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue du débat. Nous sommes seuls juges des messages que nous mettons en ligne ou non.


Code de sécurité
Rafraîchir

Les gazouilladesde Pascal Serre

L’òme politica et le Lébérou

Elections le vote blanc bientot reconnuEn Périgord, depuis des lustres, la politique est une grande cause tribale. Tout y relève d’une science exacte, que pour les indigènes. Pourtant, quitte à explorer les dessous d’un iceberg, sans oublier les ours faussement gentils et les pingouins faussement méchants, la cartographie polaire restant étrangère au réchauffement climatique, risquant de disparaître version expédition Franklin, l’estrangier ne pourra que s’approcher de la calotte glacière ou de la… terre de feu.

Lire la suite...

Mes bonnes adresses

AGEMA

IMPRIMERIE-FANLAC