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Audi-Moyrand : un débat en trompe l’œil

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 Il est presque 18 heures. Antoine Audi est installé et s’impatiente sur la venue de son challenger : « C’est pas la première fois, il est en retard… » Valérie Dejean qui anime le débat avec ses confrères Antoine Balandra – France Bleu Périgord - , Anne-Marie Siméon – Sud-Ouest – et Marie Berthoumieu – Dordogne Libre – fait remarquer : « Il est pas 18 heures monsieur Audi… » Michel Moyrand arrive. Juste à l’heure. Les deux hommes s’évitent et se toisent avant de se retrouver cote à cote pour la photo traditionnelle, pour l’histoire. L’organisation a été minutieusement préparée : minutage et tirage au sort de l’ordre des prises de paroles, questions et jeux de rôles des journalistes. Les six protagonistes de cette pièce de théâtre médiatique sont autour d’une table bardée de micros.  Antoine Audi a déployé ses notes et articles ; Michel Moyrand a déposé une simple chemise rose dans laquelle sont rangés ses pense-bêtes et messages incontournables. Le premier se veut offensif ; le second préfère une stoïque pédagogie. 

18 heures 05. Les visages des candidats se veulent décontractés 

DSC 0022Les rares accompagnateurs sont contenus dans une salle attenante. A la technique, Jean-Dominique Warlop, le directeur de la station est avec ses techniciens. Dans une autre salle qui permet de voir le débat les journalistes de la Dordogne Libre et Sud-Ouest griffonnent leurs premières notes ; il ne faut pas perdre de temps. L’épouse d’Antoine Audi se glisse avec eux, discrètement. Jean-Marc Pennetier, le directeur de cabinet de Michel Moyrand, préfère le local technique. 

18 heures 05. Les visages des candidats se veulent décontractés. Antoine Audi tombe la veste, presque impatient d’en découdre ; Michel Moyrand préfère conserver sa tenue de ville et balade son sourire alentour. L’atmosphère est coagulée et les deux rivaux font contre mauvaise fortune bon cœur. Le matin, Jean-Paul Daudou a vivement critiqué son propre camp désormais représenté par Antoine Audi. Du baume sur la plaie de Michel Moyrand qui peut compter sur cette division pour gagner. Un coup de canif qu’Antoine Audi doit cautériser dans les meilleurs délais. Chacun sait que la victoire est à la portée de lui mais qu’elle sera à l’arrachée. Il faut non seulement faire un sans faute mais être encore plus meilleur. Tout en paraissant serein sur sa victoire. Question de communication. 

Entre retenue et placidité 

DSC 0023En quarante-cinq minutes les deux protagonistes doivent évoquer les parkings, la navette ferroviaire, le TGV et l’eau. Pour le reste il sera trop tard. L’impatient et bouillonnant Antoine Audi se veut mesuré, attentif et courtois. Cela se sent. D’ailleurs il y perd en fougue et son instinct naturel de domination contrarié réduit une intervention que l’on aurait aimée plus pugnace, plus conforme à son « réveillons ensemble Périgueux ». Toutefois, il succombe aux insinuations de son adversaire sur sa méconnaissance des dossiers. Le voici enfin redevenu lui-même !

Michel Moyrand, de son côté, cultive sa placidité croisant rarement le regard de son adversaire. Antoine Audi écoute les bras croisés, le buste légèrement en retrait ; Michel Moyrand préfère une posture figée, les mains réunies et posées sur la table qui lui fait face. En fait, comme son slogan : « il continue d’écrire l’histoire de Périgueux »…

L’un et l’autre, entre deux joutes ou pendant une intervention de leur concurrent, griffonnent des notes dont on ne sait si elles constituent une contenance ou l’esquisse d’une riposte. Les questions convenues et les réponses tout autant finissent par lasser. On voudrait un petit supplément d’âme et il ne vient pas. Un chassé croisé au final sans intérêt. Il fallait, pour l’un et l’autre, tout simplement ne pas déraper. 

On a attendu en vain le petit mot, la petite phrase, l’emphase qui font d’un homme un tribun  

Chacun joue un spectacle en Trompe l’œil, jeu de séduction et de confusion sur l’auditeur ne laissant aucune place à l’émotion, à la surprise, au mot qui va faire tout l’intérêt et même la différence entre les deux acteurs de cette pièce médiatique. On attend en vain le petit mot, la petite phrase, l’emphase qui font d’un homme un tribun ; un petit quelque chose qui élève l’auditeur au dessus de l’ordinaire. Nous avons des professionnels de la politique, celle de notre époque qui a ses règles, ses convenances. Même les journalistes donnent parfois le sentiment de s’ennuyer.

Arrive, comme le souligne Antoine Balandra « la partie politique », c’est à dire celle des abstentionnistes et des reports de voix. Moins de cinq minutes où les rivaux s'adressent à leurs électeurs sans échanger véritablement. Comme depuis le début on en est au monologue, celui qui évite finalement l’incident, celui du risque de louper l’effet voulu. Alors, personne ne veut et ne cherche l’affrontement.  

Le trompe-l’œil porte sur des sujets inanimés ou statiques 

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18 heures 55. L’ambiance se fait plus apaisée. Antoine Audi et Michel Moyrand se lèvent et finissent par échanger quelques mots dans le studio puis regagnent ensemble, en bavardant, sourire aux lèvres, la sortie. Chacun doit penser avoir rempli son rôle : celui d’être digne et efficace.

Oui, au final, on a assisté à un débat en Trompe l’œil. C’est ce qui ressort de ces quarante-cinq minutes de quasi monologue. Chacun a joué son jeu de rôle à la perfection. Cette perfection, qui n’est que celle de la forme, laisse un goût de vacuité sur le fond et l’épaisseur des candidats. On le sait, d’ailleurs, le trompe-l’œil porte sur des sujets inanimés ou statiques. Et ce fut le cas. C’est enfin le prix à payer dans une vie politique dominée par la place accordée à la communication, parfois destructrice de sens et même de fond.

 Pascal SERRE


 

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