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Audi-Moyrand : La piste aux étoiles

C’est jeudi soir, veille de la clôture de la campagne, que les deux gladiateurs qui seront dans l’arène dimanche avaient choisi de réunir leurs troupes.  Pour Michel Moyrand, le spectacle était fixé à 19 heures 30, au centre de la communication ; pour Antoine Audi, une demie heure plus tard, cette fois à l’ancienne filature. Pour le premier, plus de 500 supporters avaient fait le déplacement ; pour le second plus de 800.

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Il ne saurait y avoir de jeux du cirque sans musique. Pour Michel Moyrand c’était « Final Countdown » du groupe de rock Europe ; pour Antoine Audi c’était « Sympathy for the devil » des Rolling stones. Le maire sortant voulait signifier que l’on était au bout du compte à rebours ; pour Antoine Audi c’était donc la « compassion pour le diable ». Michel Moyrand connaissait-il le texte qui s’ouvre ainsi : «  Nous partons ensemble, mais ça reste tout de même des adieux…Et peut-être que nous reviendrons » ? Quand à Antoine Audi, de son côté, savait-il que les premières phrases de la chanson du groupe anglais sont : « S'il-vous-plait permettez-moi de me présenter Je suis un homme de goût et fortuné » ? Bon, d’accord, je suis quelque peu acerbe et là n’est pas le sujet.

Deux étoiles sont nées… pour un soir

L’arrivée de Michel Moyrand au milieu de ses « fidèles » est survoltée. Le candidat descend les marches qui le mènent du balcon au pied de l’estrade en serrant la main des uns et embrassant les autres. Il est emporté par la chaleur de ses supporters qui veulent le toucher, le saisir, emporter un peu de sa victoire au coin du feu. Car, « Michel ne peut que gagner » ! dit l’un deux.  Un autre : « C’est gagné ! ». Les banderoles « je vote Moyrand » s’agitent dans tout les sens. On se croirait au Zénith ou à…Lourdes.

L’arrivée de Antoine Audi est plus directe. L’homme avance prestement entre les deux rangées de ses fans, sans perdre de temps, les yeux concentrés vers la scène sur laquelle dans quelques minutes il va diriger la manœuvre. Les troupes sont vent debout,  leurs mains s’agitent mais sans « toucher » leur icône. Là où passe le candidat la retenue est de mise. Les drapeaux tricolores se dressent. La République est sauvée !

Des deux cotés de l’Isle deux étoiles sont nées, le temps d’un meeting. Ce pourrait être aussi deux aigles bicéphales. Le premier, Antoine Audi, un sentimental bâti sur l’hyperactivité ; Michel Moyrand un émotif qui s’est forgé une ambition. Tous deux vivaient là vraisemblablement un de ces moments qui font qu’une vie peut devenir un destin. Sans filet, avec des fauves calfeutrés chez eux et absents du spectacle, des éléphants qui, une fois de plus, clamaient ne « plus tromper énormément », des jongleurs et équilibristes qui voulaient réussir leur numéro, ce soir-là, mais surtout dimanche.

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Un héros est nécessairement seul, dans la victoire comme dans la défaite

Nicolas Boileau résume ainsi une pièce de théâtre : « Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose : les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ;
 mais il est des objets que l'art judicieux
 doit offrir à l'oreille et reculer des yeux. » Et il sera ainsi, chez l’un et chez l’autre.

Du côté de Antoine Audi, Laurent Mossion, « Monsieur Loyal » - dans un spectacle de cirque il y a toujours ce personnage – lance : « nous sommes prés de 900 dans la salle et nous allons gagner ! ».

Pour Michel Moyrand, point de « Monsieur Loyal » ; le candidat sera tout à la fois. Il se a revêtu l’étoffe d’un héros et cela se voit. Un héros est nécessairement seul, dans la victoire comme dans la défaite. Mais, ce soir-là, il y avait une victoire avec deux vainqueurs, encore un aigle à deux têtes…

Chez Michel Moyrand comme chez Antoine Audi, chaque camp était galvanisé et les candidats euphoriques. Triste de penser que dimanche l’un des deux aura quitté l’éphémère rive de la victoire entretenue par tous ces militants inconditionnels et patentés, ces sympathisants de circonstances, parents et alliés.

Il y avait, de part et d’autre, les orphelins de Jean-Paul Daudou, le candidat malheureux retranché dans sa « Boisserie » de la rue Bodin. La gauche qui avait la volonté de ne pas perdre les regardait avec une équivoque et malaisée concupiscence. 

Chez Antoine Audi, on ovationnait les « enfants égarés » et on rendait un vibrant hommage au gaulliste qu’est Jean-Paul Daudou. C’était aussi noble que tactique. L’un n’empêche pas l’autre.

Chez Michel Moyrand, les notables de la gauche intercommunale étaient au premier rang sous le regard filandreux de Bernard Cazeau, le président du Conseil général contrarié par le scrutin énigmatique de sa ville, Ribérac. Quoique l’on pu penser ou dire, il fallait « sauver le soldat Moyrand ».

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Pour Antoine Audi, c’est une droite frénétique qui veut prendre sa revanche et mettre un terme à cette hégémonie socialiste - la Cazeaucratie - qui sera la rengaine de tous les intervenants. Tous brillants, tous incisifs, mordants et qui voyaient déjà leur étoile brillait sur toutes les villes encore à prendre dans le département.

Vieille et jeune gardes sont au coude à coude, devant et derrière. Paulette Labatut et Michel Lopez ovationnés, tout comme François Roussel, le maire de Neuvic-sur-l’Isle. Ce dernier témoignera d’une grandiloquence à la hauteur de l’enjeu et de la fidélité toute fraîche à Antoine Audi. La fougue impétueuse de Thierry Boidé qui se montre tribun annonce un « grand chelem » qui va de Périgueux à Bergerac en passant par Ribérac. Tonnerre d’applaudissements, les drapeaux tricolores s’agitent dans la salle.

Chez Michel Moyrand,  les amis de circonstances sauront faire ranimer les cœurs effarouchés par le désastre annoncé. Propos par avance attendus et qui donnent du « Michel va gagner» à tout va. La gauche est requinquée ! Pour un soir, une nuit, jusqu’à dimanche au moins.

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Les chevaliers du fiel

Voici venu le temps des ténors. Michel Moyrand entre dans son « one man show ». Il embrase dans un premier temps un auditoire par avance acquis. Il raille, mord, griffe son adversaire. Le voici « Chevalier du fiel » ; et le public adore.

Alors que tous en redemandaient, Michel Moyrand a préféré s’enfoncer dans un long, trop long exposé sur son projet. Le public voulait s’amuser, rire et entendre encore quelques jeux de mots sur le « parachuté ». Le spectacle s’éternise, la lassitude s’installe. 

Quand Antoine Audi prend la parole la salle est chauffée à blanc. Le tribun joue aussi du « Chevalier du fiel » mais a du mal à sortir de ses notes. Le sarcasme et l’ironie sont attendus. Ils viendront mais trop calculés, trop millimétrés, pas assez spontanés, trop statiques. A vouloir apparaître posé Antoine Audi perd un peu de sa fraîcheur et de sa fougue rugbystique. Et puis, la victoire est si proche que Antoine Audi semble avoir peur de la perdre. Il est même hésitant, signe d’une émotivité exacerbée et éprouvante dans une telle nuit étoilée par les fidèles. Mais le public est sous le charme du candidat et surtout de cette victoire qui est sur toutes les lèvres, dans toutes les têtes.

Le spectacle achevé, comme au cirque, de part et d’autre, les artistes se retrouvent, tous ensemble, sur la scène pour saluer une dernière fois les spectateurs. D’un côte les clameurs sont « à dimanche Michel ! » ; de l’autre côté, c’est « dimanche on va gagner ! » avant d’entonner une martiale et républicaine « Marseillaise » à droite ; à gauche il y a longtemps que l'on ne chante plus "l'Internationale" et même le "changer la vie" de 1981 du à Mikis Théodorakis et Herbert Pagani.

C’est derrière les fenêtres closes que se jouait l’élection

La nuit périgourdine est noire quand les supporters s’égaient dans la ville. Sur les parkings l’euphorie baissait et déjà on s’interrogeait sur ce long dimanche de fiançailles dont la fiancée est connue mais pas l’élu de son cœur… et la polygamie est interdite en France.

Si on a décompté, de part et d’autre les fans de toutes sortes venus, personne ne s’inquiètait des fenêtres closes derrière lesquelles, seuls, en famille ou entre amis, des milliers de Périgourdins avaient choisi de passer leur soirée sans se soucier de ces « pistes aux étoiles » nécessairement réussies. Certains réveillés par le brouhaha inhabituel et les moteurs de voitures se demandaient même ce qui se passait près de chez eux. C’est ici et seulement là que la différence entre les deux « aigles » sera faite dimanche. Il ne faut pas s’y tromper.

Pascal SERRE


 

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