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Périgueux : le soleil de Waterloo

« La Semaine Sainte » d’Aragon raconte cette France toujours partagée en deux, celle qui fuit Louis XVIII, la France du passé, et celle de Napoléon, celle du présent, avec ses aspirations, ses espoirs. C’est le tableau de tout un peuple à un tournant de son destin. C’est l’immense poème épique d’une société saisie au milieu des convulsions les plus caractéristiques de l’âme humaine. Une âme humaine donc nécessairement fragile, inconstante et soumise aux  fausses sympathies nées de l’intérêt. 

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Un soir d’élection est une sorte de clôture d’une Semaine Sainte où se mêlent les émotions les plus dignes mais aussi les plus utilitaires. Nous le savons, la victoire comme la défaite quoique le vernis du moment les tapisse imprime dans les acteurs principaux, César ou Vercingétorix d’une soirée, une solitude à la fois différente, singulière et commune.

Si la victoire à la Pyrrhus annoncée tant pour Michel Moyrand que Antoine Audi n’est pas franchement de mise. Quand au sondage… Il y a une synthèse historique et météorologique qui survient : le soleil de Waterloo. Mais là, point de chiffres,  point de vaincu et vainqueur, seulement un exercice qui se veut décent et caressant. Chacun son rôle.

 La défaite ramène toujours à l’essentiel tandis que le succès ne fait que nous en éloigner 

La défaite ramène toujours à l’essentiel tandis que le succès ne fait que nous en éloigner. C’est là, une épreuve intime qui se dévoile qu’avec le temps et la réflexion. Dimanche soir, à l’heure où sonnaient les résultats de l’élection municipale de Périgueux, le sublime était dans les émotions des désormais anciens adversaires, dans leurs troupes aussi. Emotions de surprise, de tristesse et d’accablement chez Michel Moyrand ; explosion de joie qui faisait suite à une longue tension chez Antoine Audi.

Fallait-il chercher la faute, les fautes, celles qui avaient condamné Michel Moyrand à un exil municipal ?  Fallait-il, aussi, s’embraser sur les qualités du vainqueur, Antoine Audi, en oubliant l’angoisse que pouvait ouvrir chez lui cette porte désormais ouverte sur ce pouvoir que l’on dit si dévastateur et destructeur pour celui qui le détient ? Fallait-il encore s’écarter de la splendeur du combat mené par les deux acteurs de cette pièce de théâtre dont le rideau avait du mal à se refermer ?

Les deux héros de cette geste démocratique ne pouvaient quitter l’arène de laquelle la lumière du jour s’échappait sans ressentir une puissante et si différente émotion.

 Toute la pièce est dans une sorte de lévitation d’où éclosent quelques sanglots 

moyrand-01JPGMême si  chacun s’est tenu au rituel profane du moment on devait écouter battre chaque cœur et deviner dans chaque renfoncement du visage, de chaque geste, dans ceux des spectateurs transis ou enflammés aussi, l’esprit du moment.

Dés la fin de l’après-midi, dans son « atelier » de l’angle des rues des Mobiles et Louis-Blanc, quelques dizaines de « Moyrandistes » étaient là. « Michel » arrivera vers 19 heures sous les acclamations et les visages sont encore ravis. Michel Moyrand s’enfermera avec son épouse et de très rares proches dans un bureau. Les minutes s’égrèneront au fil des sonneries et vibrations de téléphones portables. On sent les visages s’assombrir mais encore dépérir. Claude Bérit-Débat, le sénateur, ne desserre ni les dents et encore moins un sourire. Ca sent déjà la déroute. Quelques maires du Grand Périgueux arrivent. Pas aussi nombreux qu’il y a deux jours au grand meeting. Les élus présents semblent tétanisés et on met cette attitude sur l’angoisse de l’attente d’un résultat seulement serré mais encore à portée de main de « Michel ». Les militants et sympathisants croient, veulent croire en la victoire de « leur Michel ». Peu importe les raisons. Ce serait trop vulgaire.

La presse est là. Elle note et photographie froidement cet instant d’égarement. A 19 h 40 Michel Moyrand sort de son bureau, le visage presque hagard et livide, traverse la pièce où les présents attendent la bonne nouvelle. « C’est foutu » lâche-t-il avec un ton mordant et acide puis retourne dans son bureau. Les affidés sont sous le choc et n’y croient pas. Les murmures assourdis par la surprise sont ponctués d’appels téléphoniques ici et là pour tenter de contrarier la situation, faire obstacle au mauvais sort. Un quart d’heure plus tard Michel Moyrand ressort : « On a perdu de 168 voix… » L’émotion l’irrite et il lance rudement : « c’est la démocratie. On peut gagner mais on peu aussi perdre… c’est ainsi.» Toute la pièce est dans une sorte de lévitation d’où éclosent quelques sanglots. Puis les premiers applaudissements se produisent et entourent Michel Moyrand d’une chaleur salutaire lequel tente de reprendre ses esprits : «  c’est un moment difficile… Il y aura de nouveaux combats pour redevenir majoritaire. Nous avons écris une belle page de l’histoire de Périgueux. »

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Puis, c’est le pénible exercice de la déclaration et des questions à la presse. Toujours attentif au détail, Michel Moyrand demande que l’on mette de la lumière sur cette scène tragique. Le politique a repris les manettes et tout en reconnaissant sa défaite rappelle qu’il siège au Conseil régional, qu’il a souffert d’un contexte national défavorable, que les électeurs se sont vraisemblablement trompés d’élection, qu’il va réfléchir sur son avenir à Périgueux. La centaine de présents sont parfois au bord des larmes, certains se demandent encore si c’est vrai. Il est temps de se retirer, par pudeur. 

Le bal masqué des sincérités et opportunités

A moins de deux cents mètres, rue Thiers, à la permanence de l’UMP, Antoine Audi, son épouse et les plus proches prennent les résultats qui parviennent des différents bureaux. Les calculettes et ordinateurs sont en surchauffe. L’ambiance est assez détendue, presque sereine. Il est vrai que les militants et sympathisants ont été envoyé au bar « Le Rive » tout proche afin que rien ne vienne troubler le travail de comptage et d’analyse du encore candidat Antoine Audi. Sur le trottoir quelques irréductibles tapinent les résultats et parient déjà sur la victoire. On leur demande d’aller au « Rive ». Ils s’exécutent.

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Au moment où le verdict tombe et lui assène la victoire Antoine Audi est étreint par son épouse avant que d’embrasser ses enfants. Bernard Laporte, l’ancien ministre, ami du vainqueur, astucieusement informé de la situation lui adresse un texto qu’Antoine Audi relaie avec une évidente joie : « bien joué minot, tu l’as fait ! » 

Il est déjà 20 heures 15. Au bar « Le Rive » on accourt pour s’agenouiller et étreindre la nouvelle icône. Celle-ci arrive à pied avec sa garde rapprochée. C’est l’heure du bal masqué, celui où se juxtaposent les sincérités toujours discrètes et les narcisses opportunistes qui recherchent ici de probables prébendes jusqu’alors en jachère. Il y a obligatoirement une sorte de « voyage au bout de la nuit » qui aurait inspiré le docteur Louis-Ferdinand Céline. 

Un sublime et solitaire destin qui pose chacun bien au-dessus de cette purification solitaire 

audi-02JPGLa nuit est tombée sur la ville, ignorante des rituels humains, ordre immuable de la nature qui a toujours gain de cause et laisse les apparences se perpétuer comme au premier jour. Chez Antoine Audi la fête bat son plein ; chez Michel Moyrand une trentaine de ses amis battent encore la semelle sur le trottoir devant les locaux encore éclairés comme si la victoire restait encore probable. Le match à distance entre les deux esthètes de la politique que sont Antoine Audi et Michel Moyrand se prolonge dans ce sublime et solitaire destin qui pose chacun bien au-dessus de cette purification solitaire.

Michel Moyrand partage-t-il cette phrase de Malaparte «  je perdrai à Austerlitz et je gagnerai à Waterloo » ? Et Antoine Audi, connaît-il cet écrit de Denis Tillinac : « Evidemment, les cérémonies sont le plus souvent ridicules, les réunions inutiles. Des vanités assez misérables y président, planquées derrière le paravent d’une « cause » ; je préférerais ne pas le penser ».

Rentrant à mon domicile, je me rappelle cette conclusion de Denis Tillinac, toujours lui, dans son chef d’œuvre « Spleen en Corrèze », évoquant son métier de journaliste : « La ville dort sous la pluie. Il doit être très tard. Erik Satie berce mon insomnie… » 

Pascal SERRE


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