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Majorité et opposition : la bataille des mots

Ce samedi voyait s’achever une semaine éprouvante pour Antoine Audi et Michel Moyrand. Le premier, apaisé mais sentant peser déjà le poids des responsabilités face à sa mandature, et le second recherchant dans la solitude un sens nouveau au rôle qu’il pourrait mener dans le futur.

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La salle des mariage était bondée au point de voir de nombreux périgourdins à l’extérieur, le visage collé contre les vitres pour voir et entendre la passation de pouvoir entre les deux hommes, les deux équipes.

Le rituel républicain serait respecté. Avec une émotion gaillarde pour les gagnants et une émotion maussade pour les perdants. Les spectateurs se mêlaient, se tassaient, et constituaient des grappilles de supporters qui regardaient le dernier acte d’un long dimanche de fiançailles. Mais, il n’y aurait pas de mariage. Plutôt une séparation par consentement mutuel. 

Discours d’investiture pour Antoine Audi et discours de renouveau pour Michel Moyrand 

DSC 0186On attendait les discours des deux « ténors ». L’importance du verbe en politique est primordiale. Il est l’acte fondateur d’un temps qui est ainsi annoncé.

Un temps d’exercice du pouvoir et un autre, celui de l’application démocratique à entretenir le nécessaire débat entre les hommes du moment.

Cicéron, dans son " De Orator " et  " Orator ad Brutum ", donne une idée des qualités nécessaires pour faire un bon orateur, maîtrise technique et culture générale et philosophique.

Du plaidoyer au réquisitoire, des mercuriales aux philippiques, les orateurs signent  dans leur discours une rhétorique qui fixe leur rapport avec le peuple. Composition qui exorde, propose, narre, peut autant diviser que réunir. Il y faut autant d’éloquence que de sens. 

Discours d’investiture pour Antoine Audi et discours de renouveau pour Michel Moyrand.

Si le premier avait griffonné personnellement son propos et son manuscrit, le second avait ses fiches préparées sur le clavier de son ordinateur.

Michel Moyrand se voulait combatif comme il l’a toujours été, en socialiste qui marche en bon ordre avec son parti et ne dérive jamais

Michel Moyrand apparemment remis de sa défaite et ayant finalement accepté son rôle de leader de la nouvelle opposition municipale devait se lancer dans une intervention qui masquait difficilement son amertume tout en imprimant à son action un élan d’impétueux contradicteur.

D’emblée il signifiait l’étroitesse de la victoire de son rival : « pour quelques voix… » Cette première saillie entraînait des huées que tentait d’apaiser Antoine Audi : « s’il vous plait… s’il vous plait… » Il n’ira pas jusqu’à la désormais fameuse injonction d’Edouard Balladur au soir de la proclamation des résultats du premier tour des élections présidentielles, en 1995 : « Je vous demande de vous arrêter… » Mais le tempo était donné et Michel Moyrand poursuivait sa harangue : « Il y a des vagues qui vous portent, d’autres qui vous emportent, à un moment ou à un autre » et poursuivre « en politique, rien n’est jamais définitivement acquis, tout est toujours possible. »

DSC 0151Entre le message d’espérance portée et l’aigreur sublimée on ne savait comment prendre les choses. Comment pouvait-il y avoir autre chose qu’un mélange des choses ?

Michel Moyrand se voulait combatif comme il l’a toujours été, en socialiste qui marche en bon ordre avec son parti et ne dérive jamais. Le fédérateur de la campagne a cédé devant les exigences d’un rôle enchâssé dans la pratique militante. S’était-il trompé de cible ou était-il atteint de cécité sur l’attente constatée dans l’abstention qui ne veut plus de ses bisbilles vite qualifiées de postures politiciennes ? Mais, la politique c’est faire des choix, prendre des risques, assumer les conséquences. En dehors de ce choix nécessairement imparfait car humain il n’y a pas de politique.

Il fallait qu’il se place au-dessus des vulgaires et médiocres divisions ; il choisissait de s’adresser à ses troupes en oubliant que celles-ci attendaient, aussi, autre chose. Alors que l’on aurait souhaité un air frais, l’air était presque aigre. Antoine Audi semblait, de son côté, étranger à ces propos circonstanciés et révélateurs d’une opposition dogmatique, tenace et sans réelle concession.

Michel Moyrand, par courtoisie républicaine félicitait le nouveau maire tout en rappelant que « les fonctions de maire sont complexes et exigeantes pour être menées à bien, dans l’intérêt de la ville et de sa population, un investissement personnel et collectif particulièrement soutenu sur la durée du mandat. » 

« Je ne manquerai pas de suivre avec attention les dossiers en cours ainsi que ceux qui sont dans votre programme. »  

DSC 0081Pour Michel Moyrand « la rigueur dans l’acte municipal au quotidien ne peut souffrir d’aucune faiblesse au risque de voir apparaître rapidement de graves dérapages dans la politiques des affaires municipales… » Nouvelles huées dans la salle. Antoine Audi se voulait médiateur et demandait, une fois de plus : « S’il vous plait… s’il vous plait… » Le calme républicain reprenait  ses droits. Antoine Audi ne voulait pas, non plus, entacher cet instant de canailleries de ses partisans.

Michel Moyrand rappelait que « les fonctions de maire sont complexes et exigeantes pour être menées à bien, dans l’intérêt de la ville et de sa population, un investissement personnel et collectif particulièrement soutenu sur la durée du mandat. »

« A la tête de la ville, poursuivait Michel Moyrand vous allez trouver, monsieur le maire, une situation qui est très saine, une capacité d’autofinancement plus élevée, un niveau d’endettement moins élevée (…) un vrai confort de gestion » Les huées reprenaient. Antoine Audi en appelait au calme, une fois encore, la seconde. Il ne voulait pas de ces manifestations boueuses.

Michel Moyrand poursuivait imperturbable et étranger à la cacophonie qui ponctuait son intervention : « Cette situation vous offre un vrai confort de gestion  c’est pour vous mais aussi et surtout pour la ville un atout indéniable. » Le brouhaha se réinstallait, pour la troisième fois, sans troubler en aucune façon Michel Moyrand qui se tournait vers Antoine Audi : «  je fais le vœu que vous fassiez bon usage de ses ratios vertueux. »

Concluant son exercice, Michel Moyrand lançait gravement et fièrement : « je ne manquerai pas de suivre avec attention les dossiers en cours ainsi que ceux qui sont dans votre programme. » 

4 minutes 21 venaient de s’écouler. Michel Moyrand se retournait vers Antoine Audi et lui serrait une poignée de mains qui n’avait rien d’une « paix des braves » mais plutôt d’un simple armistice. Michel Moyrand retournait sur son siège, désormais et officiellement celui de leader de l’opposition. 

Votre présence me fait chaud au cœur et nous place au cœur de nos responsabilités 

DSC 0100Antoine Audi visiblement ému, le visage cicatrisé, le regard désormais apprivoisé par sa victoire, la voix nuancée par la sûreté de sa condition, entamait par un « Cher tous, chères toutes… Votre présence me fait chaud au cœur et nous place au cœur de nos responsabilités. »

Antoine Audi avait, dés lors, choisi l’angle de l’union et de la « paix des braves ». Lui, l’inconnu, celui que l’on présentait pour un « étranger » s’employait à retenir l’Histoire, celle de Périgueux, pour parachever son entrée en scène.

Le nouveau maire poursuivait : « Être maire, c’est s’inscrire dans une tradition ininterrompue depuis 1188 date depuis laquelle notre ville s’administre municipalement.  Plus de 700 maires se sont succédés ; depuis 1789, 57 se sont succédés. » Le public écoutait car il apprenait et se trouvait éloigné du temps présent, de celui de la campagne électorale. Antoine Audi gagnait définitivement son écharpe.

Il insistait sur sa dissertation : « Sous l’ancien régime, les maires étaient élus le dimanche suivant la Saint Martin d’hiver… » Ses colistiers sont aux anges ; l’opposition paraissait désarçonnée, Michel Moyrand dodelinait de la tête. 

« Le temps des élections est terminé ; voici venu le temps des servitudes » 

DSC 0101L’homme pressé que peut être Antoine Audi se révélait aussi serein que tacticien et se rapprochait de la « chose » politique avec bienveillance et assurance : «  J’ai relevé que quatre maires avaient le même prénom que moi… » Sourire chez les uns, étonnement chez les autres. « Le temps des élections est terminé ; voici venu le temps des servitudes » patrocinait le nouveau maire.

 Et de poursuivre : « Dans cette élection, tous les candidats, tous les élus comme les battus, les gagnants comme les éliminés sont tous animés par la volonté de servir notre ville. » Michel Moyrand, pianotait sur son téléphone portable. Il était déjà ailleurs. L’auditoire se faisait attentif.

« Je veux vous convaincre, expose Antoine Audi, que sur bien des sujets nous pourrons travailler ensemble. » Michel Moyrand levait la tête sans montrer le moindre signe. L’opposant retrouvait les marques du militant qu’il n’a jamais cessé d’être et à partir desquelles il avait bâti son parcours. Il sait la valeur des mots et que seuls les actes du futur sont à préparer, donc à prendre en compte.

Même si Antoine Audi exprimait « à ceux qui sont dans la minorité je souhaite les respecter les entendre » qu’il « veut une relation faite d’opposition et de proposition » les battus savaient que ce vœu était avant tout de circonstance et que les lendemains ne seraient pas aussi paisibles. 

Entre les réalités et les rêves 

DSC 0118Frémissement dans la salle quand Antoine Audi, sans citer qui que ce soit évoquait : « J’ai une pensée émue pour celles et ceux qui disparus veillent sur nous et nous guident. » On pensait naturellement à Philippe Cornet disparu il n’y a pas une année et qui était l’opposant de Michel Moyrand. Sur ce point, l’émotion était générale, partagée. Antoine Audi confortait son charme aussi politique que sincèrement humain. Il emploiera à quatre reprises le mot « cœur » ; ce qui dans la tourmente actuelle ne pouvait qu’attiser les unions autour de lui. Il évoquera aussi le besoin d’associer les réalités aux rêves. Le rêve, un mot qui manquait peut être dans la campagne de son adversaire.  Un mot facile à introduire dans l’art oratoire mais qui se trouve le plus souvent contrarié dans l’exercice du pouvoir. Un mot qui peut entrainer bien des mésententes, des désillusions lorsqu’il s’évapore au fil du temps. Coluche, l’humoriste disait : « On croit que les rêves c’est fait pour se réaliser. C’est ça le problème des rêves : c’est que c’est fait pour être rêvé. »

2 minutes 51 se sont écoulées. Les supporters d’Antoine Audi se dressaient et applaudissaient leur « chef » ; Michel Moyrand et ses amis restaient ostensiblement assis. Le rêve commençait à prendre fin et la réalité s’imposait. 

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De Cicéron à Machiavel 

Incontestablement, au terme de ces prises de parole, les deux orateurs ont marqué des territoires, des postures et des intentions qui traduisent la bipolarisation future de la vie politique municipale. Celles-ci sont, tant sur le fond que sur la forme. Tout d’abord, celle d’une opposition imposée par Michel Moyrand qui a prouvé dans le passé ses talents, sa pugnacité et son labeur acharné et qui retrouve toute sa dimension de militant ; ensuite, celle d’une majorité qui par tactique et coutume républicaine ou démocratique se présente, la victoire proposée modeste, avec des mots qui ne peuvent s’inscrire que dans une pratique qui relève au final de l’impossible. Un Michel Moyrand redevenu farouche opposant et un Antoine Audi en quête d'un nouveau mode de gouvernance municipale.

De l’art oratoire aucun Démosthène ne s’est imposé. Ce n’est pas dans l’air du temps. Les initiés se plongeront, peut être, mais sans excès, dans Les Discours sur la première décade de Tite-Live  œuvre de philosophie et d'histoire politique de Nicolas Machiavel, rédigée au début du XVIème siècle et qui constituent une réflexion sur la république. Machiavel y reprend, notamment, les paroles de Tite-Live : « Le peuple, ou la noblesse témoignait d'autant plus d'orgueil que son adversaire montrait plus de modération. Le peuple jouissait-il tranquillement de ses droits, la jeune noblesse commençait à l'insulter. »

De tout ceci il nous reste à découvrir si nous avons vécu une révolution de palais ou si la majorité silencieuse, celle qui n’a pas fait le « Voyage vers les urnes », ceux aussi absents de ce passage ont été entendu et que ce rituel du discours qui ne soit pas un simple changement de concierge. De la bataille des mots nous sommes entrés dans la bataille des actes.

Texte et photos : Pascal SERRE


 

 

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