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Michel Moyrand ou le retour de l’île d’Elbe

 

DSC 0046L’ancien maire de Périgueux, battu six ans plus tôt  de 165 voix, refusait de jouer le rôle de l’opposant qu’il avait dé jà mené avec succès entre 2001 et 2008, et démissionnait sans gloire de son mandat de Conseiller municipal. Sa première adjointe, Delphine Labails reprenait la flamme olympique vacillante d’une opposition en deshérence, privée de son « mentor », celui qui s’honorait d’avoir fait chuter le Ministre et maire sortant, un certain Xavier Darcos. Ce dernier, avait très vite fait ses valises vers Paris où une brillante carrière l’attendait. Michel Moyrand tentait, lui-aussi, une reconversation dans le privé ; directeur général délégué du groupe Sicpa implanté en Suisse, dans le cadre d’un projet d’unité industrielle sur lequel il travaillait déjà quand il était maire mais qui avait été fort judicieusement tenu au secret. La révélation de l’information avait créé la polémique. Il démissionnait pour se consacrer à ses petits-enfants et au jardinage. 

Cet ensemble de positions avait attiré à l’ancien secrétaire du Parti socialiste une vague de soupçons et une houle chez les militants déboussolés. Delphine Labails avait pris ses distances confiante dans son ancien patron. Les interventions et l’active présence de Delphine Labails ne laissaient ausun doute : elle serait tête de liste socialiste en 2020.

Ce n’était pas mesurer le changement de personnalité de Michel Moyrand. « Il avait pris la grosse tête n’a jamais digéré sa défaite » murmure un vieux socialiste. « Je croyais, reprend un de ses anciens électeurs, qu’il avait compris la leçon. Il dit blanc et il fait noir. »  Pour un ancien de sa liste de 2001 : «  Si il voulait repartir, il devait le faire derrière Delphine Labails. La gauche n’en sort pas grandie. »  On attendait meilleur accueil.

Le militant inlassable, laborieux, et formaté par trente années au Parti socialiste, trop souvent humilié par les caciques départementaux qui ne le prenaient pas à la hauteur de ses ambitions secrètes, sa revanche obtenue en 2008, versait progressivement dans le syndrôme du pouvoir.  Il y perdait beaucoup de ses amitiés, de ses militants et de ses électeurs. Il ne vit pas arriver l’homme inconnu qu’était Antoine Audi. Ce dernier cristallisait autour de sa candidature bien des déceptions que Michel Moyrand n’entendait plus. Antoine Audi en tira le meilleur parti.

Mais, le goût du pouvoir est souvent plus fort que tout 

DSC 0037Pourtant Delphine Labails et ses camarades socialistes se sentaient rassurés dans les propos que tenait la main sur le coeur dans le style « La Vérité, si je mens » , Michel Moyrand : « Après les élections municipales de mars 2014, je me suis beaucoup interrogé pour savoir si j’allais siéger au sein de l’opposition ou pas. Je n’en avais pas très envie, car comme je l’ai toujours dit,  je ne serai pas l’homme de 2020. J’ai aujourd’hui 66 ans. Mais à la demande de certains collègues et d’autres personnes qui ont estimé que mon expérience pouvait être utile, j’ai accepté d’accompagner le groupe. Maintenant, je pense qu’il est l’heure de passer la main à une nouvelle génération. Je vois bien que nos concitoyens attendent de nouvelles têtes en politique ».

En s’éloignant à pas de velours du Parti socialiste, Michel Moyrand ne se présente aux élections régionales de 2015. Il vrai qu’on lui avait fait comprendre qu’il ne serait pas investi par le Parti socialiste. En juin 2017, on peut imaginer que la bataille des législatives estimées comme perdue par le Parti Socialiste, ses membres ont laissé la « patate chaude » à Michel Moyrand dont on ne peut contester la détermination et le sens du trava l. 

En vieux routier du terrain politique, Michel Moyrand annoncera la couleur : « Ces élections se gagneront sur le terrain, en allant à la rencontre des gens. Ce qui est important, c’est d’écouter, même ceux qui ne disent rien. Leur silence veut dire quelque chose. Et aujourd’hui, les gens qui ne parlent pas sont de plus en plus nombreux. ». Le résultat est sans appel, sur Périgueux, Michel Moyrand arrivait en quatrième place avec 1 325 voix (14,29%) et 10,28 % sur l’ensemble de la circonsciption. Plus qu’une défaite ce fût un désaveu qui fit dire à quelques uns des ténors socialistes qu’il ne pouvait pas en être autrement et que l’on ne verrait plus Michel Moyrand. Aveu de la stratégie de la « patate chaude ».  Ainsi, on avouait clairement que sa candidature était inscrite dans une chronique de défaite annoncée.

Naïveté ou ambition démesurée, Michel Moyrand ne représentera que l’une des sept listes affichées à gauche

moyrand audiDepuis, Michel Moyrand se faisait taiseux en politique et prolixe en poésie sur sa page Facebook. On le voyait déambuler avec bonheur sur les marchés de Périgueux, saluant et échangeant des mots qui se faisaient de plus en plus clair : il bouillait d’envie de nettoyer la défaite de 2014.

Mais le contexte à gauche n’est plus celui de 2008. Les forces de gauche arrivent en ordre dispersée en sept listes, façon puzzle. Un contexte, pour reprendre la symétrie avec Lionel Jospin, qui avait eu gain de cause de sa candidature, son élimination au premier tour et comme résultat l’arrivée de  Jacques Chirac  à l’Elysée, au second tour.

Naïveté ou ambition démesurée, Michel Moyrand ne représentera que l’une des sept listes affichées à gauche.  C’est véritablement autant de coups de Jarnac en gestation qui ressemblent à ce fameux 21 avril 2002. La gauche devra se partager la moitié des votes exprimés. Périgueux a conservé ses racines bonapartistes, son radicalisme. On a vu que le Parti socialiste, sur périgueux est, après le passage de Michel Moyrand, dans le même état que la France après le passage de François Hollande. Les deux hommes ont de sérieux points communs. Michel Moyrand aura le plus grand mal à faire oublier ses trente ans d’engagement socialiste ainsi que le rôle de traître envers son ancienne Première adjointe Delphine Labails. Les plaies purullentes sont béantes dans l’électorat de gauche et peuvent jouer en faveur de la légétimité de Delphine Labails.

La présence de Thomas Sarlat, aussi pertinent qu’affranchi,  qui anime depuis plusieurs mois le Groupe Périgueux pourquoi pas ? auprès de Michel Moyrand apportera de la fraîcheur et du renouveau. Mais, si Michel Moyrand – comme d’ailleurs tous les candidats - annonçe une armée mexicaine qui phosphore sur l’avenir de Périgueux. On ne manquera pas de lui rappeler qu’il a eu les manettes de Périgueux et que, en dehors de la nouvelle mairie, on ne lui attribut guère de choses. Thomas Sarlat apportera aussi une vision intellectuelle moderne et originale, mais électoralement, l’apport sera marginal sauf improbable surprise en cours de campagne.

Quand aux cinq autres listes d’une gauche plus que plurielle, faute d’expérience électorale, assurées d’un utopique monde, elles ne feront que mordre la poussière au candidat Michel Moyrand. Même un rafistolage de second tour ne serait qu’un aveu de faiblesse pour un électorat lui-aussi pluriel et facilement factieux qui reprendrait pas le chemin des isoloirs mais celui de la rue.

Le face à face des Droites et du Centre

La Droite présente trois listes - Antoine Audi (sortant), Laurent Rouquié et Elisabeth Dartencet, ces deux derniers adjoints durant la mandature d’Antoine Audi. Les trois protagonistes expriment des douleurs et des rancoeurs entre eux. Au petit jeu des petites phrases, d’un bilan qu’il saura faire valoir, d’une personnalité querelleuse où il se révèle d’une certaine façon le meilleur, Antoine Audi ne peut succomber qu’au poids de son autocratie mise sur la place publique et nos marchés ancestraux. Le temps joue pour lui. Il ne peut l’oublier. Ses outsiders doivent aussi connaître ses qualités et ses faiblesses. Ont-ils l’esprit suffisamment ardent et combatif pour souffler la place à leur ancien mentor ?

La première réunion publique d’Elisabeth Darcencet a été très suivie et les observateurs ont noté que cette femme troquait ses éternels talons aiguilles pour de solides chaussures de ville. Si les autres réunions sont sur le même tempo, Elisabeth Dartencet pourrait créer la surprise pour affronter un second tour en arbitre. Créditée par des observateurs de moins de 10 % des suffrages exprimés, elle devrait négocier une fusion avec une autre liste. Celle de Patrick Palem ? En tous les cas, les deux candidats se respectent et veillent à ne pas se contrarier.

Pourtant très connu, Laurent Rouquié, avec sa forte personnalité d’entrepreneur, n’a pas encore véritablement trouvé ses marques et ses électeurs. Il a bien lancé sa campagne dans son QG de l’ancien Mellow ; il manquait un petit supplément d’âme pour parler d’adhésion à sa candidature. En tous les cas, il lui faut plus de 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir ; et ce n’est pas gagné. En-dessous, on entrera dans la cuisine de la fusion. 

Au centre, soutenu par LaREM et le Modem, Patrick Palem a entamé sa campagne avec un score que l’on avait annoncé aux présidentielles de 1995 à un certain Edouard Balladur. On sait ce qu’il en fût…Patrick Palem la encore du chemin à faire. Celui qui est apparu comme un recours pour retrouver une ville apaisée n’a pas encore imposé son empreinte. Sa première réunion publique était faussement essouflée, ou véritablement engagée dans un marathon. Son annonce d’ un tranmway a Périgueux a plutôt porté à sourire. L'homme n'est pas issu du sérail politique, et son authenticité rassurante ne doit pas se transformer en incompétence.

Tout se jouera lors du second tour, dans les arrières-cuisines, entre la poire et le fromage

Le premier tour sera un tour de chauffe pour que chaque liste se trouve dans la meilleure possible afin de négocier le second tour. La liste qui obtiendra plus de 10% pourra se maintenir ; celle qui obtiendra plus de 5% pourra fusionner ; en dessous de ce résultat c'est le retrait pur et simple, avec un mot d'ordre, ou pas.

Si à gauche on se battra sur des questions souvent dogmatiques et quelques rancoeurs envers Michel Moyrand, quitte à tout perdre, la droite devra mettre le mouchoir sur de nombreux mois de bisbilles. 

La gauche, sur Périgueux, comme aux élections présidentielles de 2002 puis  de 2017 pourrait disparaître des écrans radars municipaux.

La Droite bonapartiste représentée par Antoine Audi et la Droite modérée de Elisabeth Dartencet et Laurent Rouquié devra analyser ses résultats du premier tour, et faire ses choix en conséquence. Le maire sortant doit se rappeler cet écrit de Charles de Gaulle dans Au fil de l'épée :" l'homme d'action doit toujours conserver une part de mystère." Faisons lui confiance.

Le centre qu’incarne Patrick Palem devrait presque naturellement se retrouver au second tour. La question est de savoir avec quels alliés. Et face à Antoine Audi ? Probablement.

Dans quelles conditions Patrick Palem pourrait transformer l'essai ? Ceci dépend des fameux ralliements. Soit c’est « tout sauf Audi » et Patrick Palem est élu grâce à une fusion des listes ou un ralliement sous conditions de Laurent Rouquié et Elisabeth Dartencet. Soit, Audi l’enchanteur ravive la flamme de ses anciens adjoints et permet aux âmes perdues de faire leur chemin de Damas, et le résultat se jouera, comme toujours d’ailleurs, à Périgueux, à moins de deux cents voix, dans un mouchoir de poche.

Lorsque Napoléon Bonaparte décida de quitter l’Île d’Elbe pour son vol de retour, il ne concevait pas la défaite de Waterloo et ne connaissait pas l’emplacement de l’Île de Sainte-Hélène où il serait exilé. Michel Moyrand a-t-il réfléchi à cette page d’histoire ?

 

Photos et texte : Pascal SERRE


 

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Les gazouilladesde Pascal Serre

Les larmes de Marianne

MARIANNE copie 2Même si l’automne frappe au carreau, entre le Pont de Beynac et la galerie Montaigne à Périgueux, les élections européennes passées et à six mois des élections municipales, je ne parviens pas à quitter mon hibernage politique. Et finalement, je m’y repose des coups bas, des trahisons et des hypocrisies. La politique, c’est toujours entre vice et vertu. Parfois les deux constituant les deux jambes de l’initié quitte à faire pleurer Marianne.

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