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L’écho ne doit pas mourir

06 Mercredi 6 novembre 2019 1Après une lente agonie, être entré en soins palliatifs, le journal l’Echo s’est vu débranché ce mercredi 6 novembre par la tribunal de commerce de Limoges. Une page noire pour la presse d’opinion. Comment on en est arrivé là ?

L’Echo de la Dordogne plonge son encre dans la Résistance et les valeurs portées par le Parti communiste tout au long de 76 années d’existence, et ce n’est pas rien. Tout comme le Parti communiste, L’Echo du Centre, s’est appuyé sur une période politique faste pour le Parti communiste et sur un terroir électoralement favorable. Les passerelles de l’Echo du centre étaient nombreuses et solides avec l’ensemble de la galaxie communiste. Les plumes de Léon Lichtenberg ou Serge Berbineau, l’oeil de Maxou, le photographe, étaient avant tout engagés et appréciés. Aujourd’hui, les regards cultivés de Philippe Jolivet et les envolées rebelles d’Isabelle Vitté vont nous manquer. Tout comme l’accueil chaleureux des communiqués des combattants d’une certaine conception de la société. A l’angoisse de perdre leur emploi, il y a aussi le désespoir de l’engagement pour des idées.

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Plus que jamais, la phrase d’Alfred Sauvy « La liberté de la presse est entière ; il suffit d’avoir des milliards nécesssaires »prend dans cette affaire un sens aussi vrai que cynique.

Mais, à partir des années quatre-vingt, le Parti communiste et son corrolaire L’Echo du Centre ont été confronté à un long, le lent et inexorable déclin de l’idéologie communiste. Après la chute symbolique du mur de Berlin, d’élection en élection, l’érosion s’est accélérée au point de ne plus avoir de candidat aux dernières élections présidentielles. Même si l’Echo du Centre avait pris ses distances, la consanguinité entre la galaxie communiste et l’Echo du Centre restait fondamentalement la même. Ce ne sont pas les plans de restructuration et de licenciements qui ont fait entrer le marketing éditorial dans les formules mises en place. L’Echo du Centre avec ses cinq édition, dont celles de la Dordogne, avait conservé son Adn communiste. Il est vrai que nous sommes dans une région où la gauche et plus particulièrement le Parti communiste possédaient des bastions historiques. Mais, ces derniers se sont transformés en donjon sans grand appui populaire et les prochaines élections municipales risquent de balayer ces ultimes remparts au Libéralisme. Depuis longtemps, les militants rendaient leurs cartes et ne renouvelaient pas leur abonnement à l’Echo. Les derniers résistants, même remplacés par le devoir de mémoire, furent un ultime dernier carré de la culture communiste issue de la Résistance. Et ils disparaissent chaque jour davantage.

On peut dire que L’Echo a été axphixié par le monde de l’argent. C’est en grande partie vrai, mais c’est aussi la faute aux dirigeants qui n’ont pas su anticipé qu’ils allaient dans le mur à cause de leur gestion utopique et en contradiction avec la mutation de lectorat et les attentes des annonceurs.

La lente agonie de la presse Périgourdine

Il est vrai que, depuis le début des années soixante, la presse d’opinion, était supplantée par de nouveaux modèles éditoriaux et, surtout, économiques. Chaque grand mouvement politique possédait au moins un hebdomadaire dans le département. Ils ont progressivement disparu. L’Echo en était le dernier.

Déjà en 1975, le journal Centre Presse proche des gaullistes, puis en 1982 Le Populaire du Centre de tendance socialiste, disparaissaient du paysage médiatique Périgordin. En 1983, c’est la reprise par le Groupe Sud-Ouest qui a sauvé La Dordogne Libre d’une mort certaine. Il est vrai que cette dernière a subi de profondes mutations structurelles, éditoriales et technologiques qui en ont fait un des rares viables quotidiens de ville en France.

Il y a eu, en 2010, après 21 ans d’existence, la liquidation judiciaire du mensuel Le Journal du Périgord. Quelques titres périodiques parviennent à se maintenir la tête hors de l’eau : l’heddomadaire Réussir le Périgord et son magazine Famosa, l’hebdomadaire chrétien Le Courrier Français et L’Essor Sarladais. A part l’Essor Sarladais qui frise les 8 000 exemplaires, Réussir le Périgord soutenu par de solides actionnaires, les autres titres jouent les équilibristes.

A chaque fois, la pluralité de la presse est réduite pour se restreindre à la suprématie absolue du Groupe Sud-Ouest qui, de son côté, s’est constamment adapté à un lectorat et un marché publicitaire constamment en retrait.

Ayant dirigé plusieurs titres de presse – Le Journal du Périgord, Direlot, La Semaine du Lot – je sais combien une entreprise de presse n’est pas comme les autres. Et, elle ne peut être traitée comme les autres. Ayant aussi connu le couperet des tribunaux de commerce, je ne peux que partager la colère et le désespoir qui éclatent dans de tels moments.

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Un nouveau modèle économique est possible

L’Echo, avec ses cinq éditions, dont celle de la Dordogne s’est accroché à des dogmes et une idéologie qui, depuis les années quatre-vingt sont en déroute . Le comité éditorial était avant tout un comité politique et les organisations représentatives ancrées dans la défense des droits acquis. C’était fermer les yeux sur la terrible réalité que représente le marché. L’histoire et la culture de l’Echo ont fait oublier les mutations sociologique et économique. Le lectorat militant disparaissait progressivement pour atteindre quelques cinq cents lecteurs en Dordogne. Les dépositaires de presse le savent bien, les ventes n’ont pas cessé de baisser depuis vingt ans. Quant à la publicité, hormis quelques derniers soutiens militants et le Conseil départemental, on n’a pas conçu des produits porteurs pour les annonceurs qui ne partagent pas totalement les idées trop marquées du journal. Dès-lors, le modèle économique de l’Echo était condamné.

De plan de restructuration en licenciements, l’Echo ne changeait pas fondamentalement son état d’esprit d’entreprise. Pas d’édition le dimanche, pas d’édition les jours de fête alors que ses concurrents maintenaient le plus souvent leur parution. Le marketing rédactionnel apparu dans les années soixante-dix n’était pas le bienvenu dans les réunions. Il fallait maintenir coûte que coûte la ligne politique héritée dés années cinquante. Une pratique de gestion suicidaire.

Bien entendu, mon propos peut paraître dur, je comprends la colère de mes confrères et je la partage. Sans être communiste, par soutien et intérêt intellectuel, je suis un de ces abonnés qui voient s’éteindre, provisoirement j’espère, des voix dissonnantes, différentes, donc indispensables au débat démocratique.

L'Echo peut reprendre sa place dans l'information locale avec ses multiples regards humanistes

En fait, L’Echo n’a pas su s’adapter aux marchés au travers d’une profonde mutation tant sur le fond que la forme. Pourrait-il renaître sous la forme d’un hebdomadaire papier et d’un site internet d’information quotidienne ? Je le crois. C’est à ce prix, celui d’une stratégie de marché et d’un marketing éditorial lucide et pragmatique que, l’Echo peut reprendre sa place dans l’information locale avec ses multiples regards humanistes. Je pense à cette citation de Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrappe les souris. » Et, pour conclure ce que je ne veux que comme un épisode, je citerais François Mitterrand : « La liberté de la presse a des inconvénients . Mais moins que l’absence de liberté. »

Pascal SERRE

Interview journal Sud-OuesUnknownt

 


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